Cacao en Afrique : la traçabilité européenne crée un nouveau marché pour les services agricoles

À partir du 30 décembre 2026, le règlement européen sur la déforestation (EUDR) imposera de nouvelles obligations sur les produits concernés, dont le cacao. Les entreprises devront notamment démontrer que leurs marchandises ne proviennent pas de terres déboisées et fournir des informations permettant d’identifier leur origine. En Côte d’Ivoire, première filière agricole d’exportation, le dispositif concerne une chaîne qui regroupe environ 1,2 million de producteurs et fait vivre près de 8 millions de personnes. 

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Le règlement européen sur les produits zéro déforestation couvre notamment le cacao, le café, le palmier à huile, le caoutchouc, le soja, le bois et les bovins. À compter du 30 décembre 2026, les opérateurs concernés devront pouvoir démontrer que les produits commercialisés sur le marché européen sont exempts de déforestation et produits conformément à la législation du pays d’origine. 

Le dispositif prévoit notamment la collecte des données permettant de localiser les parcelles de production et l’établissement de déclarations de diligence raisonnée dans le système électronique de l’Union européenne. Les opérateurs doivent également conserver certaines informations relatives à leurs fournisseurs et acheteurs pendant cinq ans. 

La Côte d’Ivoire constitue un marché important pour les solutions de traçabilité

La Côte d’Ivoire concentre une partie importante de la production mondiale de cacao. Selon les données publiées par le gouvernement ivoirien, la filière compte environ 1,2 million de producteurs et fait vivre près de 8 millions de personnes. 

Le gouvernement indique également que le secteur agricole représente 17 % du PIB, 40 % des exportations et 40 % de l’emploi national. En 2025, l’ensemble des cultures d’exportation a représenté 11,25 millions de tonnes. Cette dimension donne une importance particulière aux systèmes permettant d’identifier les producteurs, de cartographier les parcelles et de suivre les volumes depuis l’exploitation jusqu’à l’exportateur.

La cartographie des exploitations devient un maillon industriel

La mise en conformité ne repose pas uniquement sur les exportateurs. Elle nécessite de disposer de données fiables provenant de l’amont de la chaîne : identité du producteur, localisation géographique de l’exploitation, superficie, historique de l’utilisation des terres et informations relatives aux volumes produits.

Pour les entreprises spécialisées dans les technologies agricoles, la géolocalisation, les systèmes d’information géographique, les applications mobiles, la collecte de données et la gestion documentaire, cette nouvelle obligation crée donc des besoins précis auprès des producteurs, coopératives, négociants et exportateurs. La Commission européenne a d’ailleurs publié en mars 2026 une troisième édition de ses guides consacrés aux chaînes d’approvisionnement du cacao et des autres produits concernés par le règlement. 

Le marché européen reste un débouché majeur pour le cacao ouest-africain

L’enjeu commercial est directement lié au poids du marché européen. La Commission européenne indique que la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigeria représentent ensemble plus de 60 % des importations européennes de cacao et de produits à base de cacao en provenance d’Afrique de l’Ouest.

En 2025, les échanges de biens entre l’Union européenne et l’Afrique de l’Ouest ont atteint 68 milliards d’euros. L’Union européenne est également le principal marché d’exportation des produits transformés ouest-africains, notamment dans l’agroalimentaire.  La conformité aux nouvelles règles devient ainsi un élément directement lié au maintien de l’accès à ce marché.

Des investissements nécessaires au niveau des producteurs

La structure de la filière ivoirienne constitue l’un des principaux paramètres économiques du dispositif. Les producteurs sont nombreux et les exploitations sont réparties sur plusieurs zones rurales. Les données officielles indiquent notamment que la production cacaoyère ivoirienne repose largement sur des exploitations familiales. Le ministère des Finances présente une superficie cultivée d’environ 3 millions d’hectares et près de 600 000 planteurs, avec des exploitations d’environ trois hectares en moyenne. 

La mise en place de systèmes de traçabilité à cette échelle nécessite donc des investissements dans les équipements de collecte, les logiciels, la connectivité, la formation des coopératives et l’interopérabilité des bases de données.

La transformation locale constitue un autre débouché

La traçabilité intervient parallèlement à la transformation du cacao. La Côte d’Ivoire a annoncé une progression du taux de transformation locale à 41 % pour le cacao, selon le bilan agricole 2025 présenté par le gouvernement. 

Cette évolution ajoute des besoins en matière de suivi des matières premières entre les producteurs, les coopératives, les unités de transformation et les exportateurs. Pour les investisseurs, les besoins ne se limitent donc pas à la production de cacao. Ils concernent également les infrastructures numériques, les services de certification et de contrôle, la logistique, le stockage, les équipements de transformation et les solutions permettant de documenter l’origine des produits.

Une échéance fixée au 30 décembre 2026

Le calendrier européen donne aux opérateurs une échéance précise. Les principales obligations de l’EUDR s’appliqueront à partir du 30 décembre 2026 pour les grandes et moyennes entreprises ainsi que pour les opérateurs et commerçants concernés. Les micro et petites entreprises relevant de certaines catégories disposeront d’un délai supplémentaire jusqu’au 30 juin 2027. 

Pour les acteurs africains qui exportent vers l’Europe, cette échéance implique de disposer avant ces dates des données, outils et procédures nécessaires à la conformité. L’application prochaine du règlement européen sur la déforestation transforme la traçabilité en une composante de la chaîne d’exportation du cacao. En Côte d’Ivoire, où la filière regroupe environ 1,2 million de producteurs et fait vivre près de 8 millions de personnes, l’enjeu concerne un nombre important d’acteurs agricoles. 

Pour les capitaux privés, les besoins identifiables se situent dans la cartographie des parcelles, la collecte et la gestion des données, les logiciels de traçabilité, la certification, la formation, la connectivité et les services destinés aux coopératives et exportateurs. L’échéance du 30 décembre 2026 fixe désormais un calendrier aux entreprises concernées. La mise en conformité constitue donc un marché de services qui se développe autour des chaînes d’approvisionnement agricoles destinées à l’Union européenne

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