Le Cameroun et le Tchad développent une infrastructure destinée à connecter leurs réseaux électriques et à permettre les échanges d’énergie entre les deux pays. Le Projet d’interconnexion des réseaux électriques du Cameroun et du Tchad (PIRECT) est placé sous la maîtrise d’ouvrage de la SONATREL, la Société nationale de transport d’électricité du Cameroun.
Le projet s’inscrit dans le cadre de l’intégration énergétique de l’Afrique centrale. La Banque mondiale avait approuvé en 2020 un financement de 385 millions de dollars de l’IDA pour soutenir l’interconnexion et l’amélioration de l’accès à l’électricité au Cameroun et au Tchad.
1 024 km de lignes haute tension
Le cœur du projet repose sur la construction d’environ 1 024 km de lignes de transport à 225 kV. La base de données du Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) de l’Union africaine précise que 786 km doivent être construits au Cameroun et 238 km au Tchad.
La Banque africaine de développement confirme cette longueur et prévoit également l’électrification de 478 localités, dont 409 au Cameroun et 69 au Tchad. Le projet comprend par ailleurs des postes de transformation et des réseaux de distribution associés. Cette configuration crée une chaîne de besoins industriels allant des pylônes et câbles haute tension aux transformateurs, postes électriques, systèmes de protection, télécommunications et travaux de génie civil.
8,9 millions de bénéficiaires directs
La Banque africaine de développement estime à environ 8,9 millions le nombre de personnes directement concernées par le projet, dont 6,5 millions au Cameroun et 2,4 millions au Tchad. L’objectif n’est pas uniquement de permettre le transport d’électricité entre les deux capitales ou entre les grands centres urbains. L’électrification des localités situées le long du corridor constitue également une composante du programme.
La BAD indique que les infrastructures doivent contribuer à augmenter l’accès à l’électricité dans les deux pays et à permettre aux activités industrielles et commerciales situées dans les zones concernées de disposer d’un approvisionnement électrique amélioré.
Plusieurs bailleurs financent le projet
Le montage financier du PIRECT associe plusieurs institutions. Selon la SONATREL, la composante d’interconnexion est notamment soutenue par la BAD, tandis que d’autres composantes bénéficient des financements de la Banque mondiale et de la Banque islamique de développement. La SONATREL indique des engagements de 225 millions d’euros pour la BAD, 295 millions de dollars pour la Banque mondiale, 123 millions d’euros pour la BID et 93,5 millions de dollars de contribution gouvernementale.
La Banque mondiale avait, pour sa part, annoncé en juin 2020 un financement IDA de 385 millions de dollars pour le projet d’interconnexion Cameroun-Tchad. Ces chiffres correspondent aux différentes composantes et phases de financement du programme. Ils ne doivent donc pas être additionnés mécaniquement pour reconstituer le coût global annoncé de 557,5 milliards de FCFA.
Un corridor de 478 localités
La dimension rurale représente une partie importante de l’investissement. Les données de la BAD prévoient l’électrification de 478 localités le long des lignes de transport. Le Cameroun concentre 409 localités, contre 69 pour le Tchad.
Cette composante implique des investissements supplémentaires au-delà des lignes haute tension : réseaux de distribution, postes de transformation, raccordements et équipements destinés aux populations et aux activités économiques locales. Pour les entreprises spécialisées dans l’électrification rurale, les équipements électriques et la construction de réseaux, le projet constitue donc un marché qui s’étend sur plusieurs niveaux de tension.
Le projet doit permettre les échanges d’électricité
L’interconnexion a également une fonction commerciale. La Banque mondiale présente le projet comme une infrastructure destinée à permettre les échanges d’électricité entre le Cameroun et le Tchad et à améliorer l’approvisionnement de N’Djamena.
La base PIDA indique une capacité de projet de 200 MW pour l’interconnexion.
Le Pacte national de l’énergie du Tchad, publié en 2026 avec l’appui de la Banque mondiale, indique que les échanges d’électricité à travers cette interconnexion sont prévus à partir de 2027, sous réserve de la mise en œuvre du projet et des dispositions nécessaires au transport transfrontalier.
Un marché pour les équipements et les services spécialisés
La réalisation de 1 024 km de lignes et de plusieurs postes électriques nécessite des fournisseurs capables d’intervenir sur toute la chaîne de construction et d’exploitation. Les besoins portent notamment sur les conducteurs électriques, pylônes, transformateurs, équipements de protection et de contrôle, télécommunications, systèmes de supervision, génie civil, transport des équipements et maintenance.
La BAD prévoit également des emplois liés à l’exécution du projet. Ses indicateurs mentionnent 350 emplois temporaires et 250 emplois permanents, ainsi que des emplois indirects associés aux activités du programme.
Une infrastructure qui dépasse le seul marché camerounais
Le PIRECT s’inscrit dans la stratégie d’interconnexion des réseaux électriques de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). La SONATREL présente le projet comme un instrument destiné à favoriser les échanges transfrontaliers et le développement du marché régional de l’électricité. Pour les entreprises, l’intérêt économique ne se limite donc pas aux marchés de construction. Une fois les infrastructures opérationnelles, elles nécessiteront des services de maintenance, de supervision, de réparation, de fourniture d’équipements et de renouvellement des installations.
Le projet d’interconnexion Cameroun-Tchad repose sur une infrastructure de 1 024 km de lignes à 225 kV, 478 localités à électrifier et environ 8,9 millions de bénéficiaires directs, selon les données de la Banque africaine de développement. Son financement mobilise plusieurs bailleurs, notamment la Banque mondiale, la BAD et la BID, tandis que la SONATREL en assure la maîtrise d’ouvrage côté camerounais.
Pour les capitaux privés, les besoins identifiables se situent dans la fourniture d’équipements, le génie civil, les lignes haute tension, les postes électriques, l’électrification rurale, les télécommunications, la maintenance et les services d’exploitation. À terme, l’interconnexion doit également créer les conditions techniques permettant le développement des échanges commerciaux d’électricité entre le Cameroun et le Tchad.


