Waspito figure parmi les 25 startups africaines à suivre en 2026 selon Bloomberg. Que représente cette reconnaissance pour Waspito et pour l’écosystème camerounais ?
C’est avant tout une excellente opportunité de visibilité pour Waspito. Cette reconnaissance valide notre rayonnement international et confirme que nous avançons dans la bonne direction, notamment au moment où nous levons notre Série A. Pour l’écosystème camerounais, elle renforce son attractivité et montre aux investisseurs et partenaires internationaux que de grandes entreprises technologiques peuvent émerger du Cameroun.
Cette distinction change-t-elle la perception des investisseurs internationaux vis-à-vis du Cameroun ?
Absolument. Elle crédibilise davantage la capacité du Cameroun à faire émerger de grandes entreprises. Cette reconnaissance attire naturellement l’attention des investisseurs, qui seront désormais curieux de découvrir les autres startups innovantes développées dans le pays.
Votre modèle permet des consultations immédiates avec des médecins certifiés, sans rendez-vous préalable. En quoi cette approche se distingue-t-elle de la télémédecine classique ?
Je ne parlerais pas d’une rupture totale, mais plutôt d’une adaptation aux réalités africaines. En Afrique, lorsqu’une personne cherche un médecin, c’est généralement parce que la situation est urgente. Nous avons donc conçu une solution qui permet d’appeler immédiatement un médecin, sans passer par une prise de rendez-vous, afin de répondre au véritable besoin du terrain.
Les insuffisances des infrastructures de santé constituent un défi majeur en Afrique. Le numérique peut-il réellement combler une partie de ce déficit ?
Oui. Les solutions de santé numérique permettent aux populations d’accéder à un médecin sans parcourir de longues distances. Environ 500 millions d’Africains doivent encore se déplacer pour consulter un professionnel de santé. Des plateformes comme Waspito contribuent à réduire cet écart et constituent une réponse concrète aux limites des infrastructures actuelles.
L’Afrique peut-elle devenir un laboratoire mondial de l’innovation en santé digitale ?
Sans aucun doute. Si une technologie fonctionne dans un contexte africain, malgré les contraintes d’infrastructure, elle pourra fonctionner partout ailleurs. C’est précisément ce qui fait de l’Afrique un environnement idéal pour concevoir, tester et valider des innovations robustes.
Waspito a levé près de 5,7 millions de dollars auprès d’investisseurs internationaux en deux ans. Quels ont été les principaux arguments qui les ont convaincus ?
Deux éléments ont été déterminants : d’abord, une solution pensée spécifiquement pour répondre aux réalités africaines en matière d’accès et de coût des soins, plutôt qu’un simple copier-coller de modèles existants ; ensuite, une équipe capable d’exécuter cette vision, soutenue par des premiers résultats concrets démontrant l’adéquation du produit avec le marché.
Waspito est déjà présent dans plusieurs marchés francophones, notamment en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon. Quels enseignements tirez-vous de cette expansion panafricaine ?
Cette expansion nous permet de mieux comprendre les réalités locales, les cadres réglementaires, les infrastructures et les modes de gestion propres à chaque pays. Elle nous aide également à valider notre modèle sur plusieurs marchés et à construire une méthode solide pour poursuivre notre développement à travers le continent.
Quels sont aujourd’hui les principaux freins au développement de la télémédecine en Afrique ?
Le premier défi reste la mise en place de cadres réglementaires clairs pour encadrer la télésanté. Le second est la sensibilisation des populations afin de renforcer leur confiance dans ces solutions. Une fois ces deux obstacles levés, davantage d’innovations et d’investissements pourront accélérer l’accès aux soins sur le continent.
Si vous deviez résumer la mission de Waspito et adresser un message aux jeunes entrepreneurs africains, quel serait-il ?
L’Afrique regorge d’opportunités. Notre ambition est de faire de Waspito le système d’exploitation de la santé en Afrique, mais nous ne pouvons pas y parvenir seuls. J’encourage les entrepreneurs à construire des solutions autour des défis qu’ils observent. Ensemble, nous créerons un écosystème plus mature, plus dynamique et capable d’améliorer durablement l’accessibilité et l’abordabilité des soins en Afrique.
Propos recueillis par Leonel Douniya


