Il y’a des entrepreneurs qui bâtissent leur fortune sur un seul métier. D’autres préfèrent changer de terrain lorsque les opportunités se déplacent. Yérim Habib Sow appartient à cette seconde catégorie. En moins de quinze ans, le fils d’Aliou Sow, fondateur de la Compagnie sahélienne d’entreprise (CSE), un immense groupe de BTP, s’est mué en homme d’affaires touche-à-tout. Mais nulle question d’héritage là-dedans. Même si la réputation de sa famille l’a aidé à lancer sa première société, Access Telecom, détentrice d’une licence de radiomessagerie au Sénégal, il faut dire que c’est la cession de l’opérateur mobile ivoirien Loteny Telecom, au géant sud-africain MTN qui va le propulser vers les cimes du business.
En effet, après des études à l’Université de Montréal puis à Boston University, selon plusieurs portraits qui lui sont consacrés, il se lance dans les affaires. D’après un article de connectionivoirienne publié en 2011, ses premiers pas passent par le commerce de produits achetés à l’étranger et revendus au Sénégal. Une expérience qui précède la création, en 1988, de Direct Access, sa première entreprise d’informatique. C’est le début de l’histoire d’un homme d’affaires qui a appris à reconnaître les marchés naissants et à transformer leurs possibilités en de nouvelles ambitions. Et, loin d’être un simple bâtisseur, Yérim Sow est un investisseur habile, intelligent mais très discret. L’homme ne brille pas par sa transparence vis-à-vis des médias.
Un investisseur habile, intelligent mais très discret
En 1994, il se lance dans les pagers au Sénégal et en Côte d’Ivoire avec le service « Bip Access ». Le succès de cette activité lui ouvre les portes d’un marché autrement plus ambitieux, celui de la téléphonie mobile. Il prend alors une participation dans Loteny Telecom, en Côte d’Ivoire, avant de structurer ses investissements autour de Teylium, créé en 2001. La structure compte entre 1 300 à 1 500 employés à travers ses différentes filiales en Afrique et en Europe. En 2005, MTN rachète 51 % du capital de Loteny. La transaction dégage des dizaines de millions d’euros. Yérim Sow a moins de 40 ans et il a le capital pour construire autre chose.
L’enjeu n’est plus seulement de réussir dans les télécommunications. Ainsi, à partir de 2006, Teylium, avec des fonds propres atteignant les 195 millions de dollars soit 114 milliards de Fcfa, étend ses positions à la banque, avec la création de Bridge Bank Group Côte d’Ivoire et une participation dans African Financial Holding, devenue par la suite BOA Group. D’après Jeune Afrique, 135 millions de dollars, soit plus de 78 milliards de Fcfa avaient été immobilisés dans des investissements à travers le continent. Le groupe s’intéresse également à l’agro-industrie et à l’immobilier. Et dans ce dernier domaine, le groupe possède deux filiales : Teylium Properties Group, qui développe une dizaine de projets immobiliers, de bureaux et de résidences, et Chain Hotels & Resorts pour la construction d’hôtels.
1988, le début de l’histoire d’un homme d’affaires qui a appris à reconnaître les marchés naissants
Au Sénégal, il fait partie des bâtisseurs du pôle urbain de Diamniadio. En 2018, profitant de la visite du chantier de la 2e Sphère Ministérielle, Yérim Sow a présenté au chef de l’Etat d’alors, Macky Sall, son projet de quartier d’affaires dénommé « Epycentre », réservé aux multinationales qui voudraient s’installer dans le pôle urbain. Autres projets présentés par Teylium : des hôtels 4 et 5 étoiles (développés en marque propre Noom et Seen), des logements moyens et haut standing, un parc d’attraction, une école et les plans de la Grande Mosquée de Diamniadio qu’il compte offrir dans le cadre de ses œuvres de bienfaisance.
En 2013, Teylium devient Teyliom. La même année, il lance Mangalis Hotel Group avec l’ambition d’investir 315 millions d’euros, soit 206,6 milliards de Fcfa dans 15 hôtels répartis dans 13 pays africains. A noter que le groupe Teyliom est actif dans 16 pays africains. Et à travers les marques Noom, Seen et Yas, le groupe entend répondre à différentes clientèles et capter la demande liée aux déplacements professionnels et au développement des grandes villes africaines. En 2018, en consortium avec Xavier Niel et Hassanein Hiridjee via Axian, Teyliom acquiert 20 % de Tigo Sénégal, devenu Free Sénégal puis Yas Sénégal en novembre 2024. En effet, avec l’acquisition de 80% de l’actionnariat par Axian Telecom, Free devient Yas le 27 novembre 2024. A noter que c’est à travers un communiqué daté du 24 juillet 2023 que la direction d’Axian Telecom a annoncé la signature d’un accord en vue d’acquérir une participation supplémentaire de 40% au capital de Free.
Il faut préciser que l’entreprise détenait déjà une participation de 40 % dans l’opérateur sénégalais. La direction d’Axian n’a toutefois pas précisé les conditions financières de l’accord proposé aux autres actionnaires. Il s’est simplement contenté de rappeler que la transaction était soumise à l’approbation des autorités compétentes au Sénégal.
La cotation de Bridge Bank Group Côte d’Ivoire à la BRVM, le 24 septembre 2026, illustre une nouvelle dimension de cette stratégie de diversification. L’opération porte sur 20 % du capital détenu par Bridge Group West Africa, la holding financière de Teyliom, pour un montant annoncé de 67,5 milliards de FCFA. Il s’agit du prix des actions cédées par la holding, et non d’une augmentation de capital automatiquement versée à la banque.
Le parcours de Yérim Sow raconte ainsi moins l’histoire d’un entrepreneur attaché à un métier que celle d’un investisseur qui déplace progressivement son centre de gravité. Des pagers aux banques, des télécommunications aux hôtels, le fil conducteur reste le même : repérer un potentiel, y engager des capitaux et chercher à en extraire de nouvelles possibilités de croissance.

