Acier et aluminium : plus de 30 milliards FCFA de produits stockés au Cameroun à cause de la saturation du marché

De nouvelles usines sont pourtant en gestation avec la bénédiction du gouvernement, qui continue par ailleurs de délivrer des « autorisations exceptionnelles » d’importation.

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Les industries de transformation de l’acier et autres métaux peinent de plus en plus à écouler leur production au Cameroun. Selon les opérateurs de cette filière, les espaces de stockage de leurs usines cumulent en ce mois de septembre 2026, plus de 30 milliards de FCfa de produits en attente de commercialisation. Les produits concernés par cette mévente vont des matériaux et équipements pour les chantiers de construction (fer à béton, tôles, clous, fils d’attache, brouettes et autres charpentes métalliques) au petit outillage agricole (houes, machettes, limes, etc.).

De l’avis des producteurs, cette accumulation des stocks depuis des mois tire son origine dans la saturation du marché. En effet, soutiennent-ils, les investissements réalisés depuis une dizaine d’année dans la filière ont porté les capacités installées dans le pays à 1,2 million de tonnes par an, pour un marché affichant une demande totale d’environ 450 000 tonnes.

Mais alors que des contraintes telles que la limitation de la demande, la rareté de la matière première (les usines ne collectent désormais qu’à peine 40% de leurs besoins en ferraille), la mauvaise qualité du service de l’électricité et la hausse du coût de l’énergie (gaz et électricité) contraignent déjà les usines à ne fonctionner qu’à 50% de leurs capacités, le gouvernement camerounais encourage des « importations spéciales » et des initiatives de création de nouvelles usines.

Au sujet des importations spéciales. Depuis l’année 2016, reconnaissant des efforts consentis par les investisseurs locaux pour garantir l’autosuffisance du pays en fer à béton, le gouvernement camerounais a interdit les importations de ce matériau de construction. Mais, cette mesure de sauvegarde de la filière locale est régulièrement bafouée par certaines entreprises du BTP impliquées dans les grands travaux d’infrastructures, contribuant à plomber la politique d’import-substitution prônée par le gouvernement.

Contournement de l’interdiction d’importer le fer à béton

En effet, avec le concours de certaines autorités publiques, ces entreprises parviennent souvent à obtenir des « autorisations exceptionnelles » d’importation du fer à béton généralement en franchise de droits de douane, alors que le matériau est disponible localement, en quantité et en qualité. Selon les métallurgistes locaux, il n’est pas rare que ces importations effectuées sous le couvert de grands projets se retrouvent en vente libre sur le marché local, rognant davantage les parts de marché des industriels du secteur.

Les mêmes sources révèlent que deux autres stratégies sont souvent mises en œuvre par des opérateurs économiques pour importer le fer à béton subrepticement vendu sur le marché local, dans un contexte d’interdiction : l’obtention par tours de passe-passe de la signature de certificats de carence sur les produits ferreux existants pourtant sur le marché, et l’introduction de certains produits issus de la transformation de l’acier et des métaux dans la liste des équipements exonérés de droits de douane dans le cadre des conventions signés avec l’Agence de promotion des investissements (API).

Attribution tous azimuts des facilités douanières

En plus d’ériger ces barrières sur la voie de la promotion de l’import-substitution, l’Etat du Cameroun manifeste peu d’intérêt pour la rationalisation des investissements dans l’industrie sidérurgique déjà en situation de surproduction. Cette posture se manifeste par l’attribution tous azimuts des incitations fiscalo-douanières aux nouveaux venus et autres porteurs de projets dans le secteur.

Le dernier exemple en date est la convention d’investissement signée le 10 avril 2026 entre l’API et la société Sunsteel Cameroon LTD, porteuse d’un projet de construction d’une usine de produits métalliques de 60 milliards de FCfa. En plus des facilités offertes à cette entreprise relativement à l’ordonnance de 2025 portant incitations à l’investissement privé au Cameroun, la convention avec l’API a été amendée quelques jours plus tard pour introduire une exonération complète des droits de douane sur les matières premières, les intrants et les produits intermédiaires à utiliser en phase d’exploitation de l’usine.

Cette mansuétude incontrôlée du gouvernement, dans un contexte de saturation du marché local, aiguise les appétits d’autres porteurs de projets dans le secteur de la sidérurgie-métallurgie : Sinosteel, Cam Steel, Mira Steel, Bocom, Phoenix, etc.

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