La diversification économique reste un défi majeur pour les pays d’Afrique centrale, dont plusieurs économies demeurent exposées aux fluctuations des marchés internationaux et à une forte dépendance aux importations. La 42e session du Comité intergouvernemental de hauts fonctionnaires et d’experts pour l’Afrique centrale s’inscrit dans cette dynamique, avec pour objectif de formuler des recommandations en faveur d’économies plus diversifiées, résilientes et compétitives.
Au Cameroun, l’économie bleue figure parmi les secteurs susceptibles de soutenir cette transformation. Les ressources maritimes, fluviales et souterraines offrent des possibilités dans la pêche, le tourisme, l’énergie et d’autres activités liées à l’eau. Toutefois, le défi consiste à convertir ce potentiel en investissements, en emplois et en nouvelles sources de revenus.
22 000 milliards de FCFA de potentiel à mieux valoriser
L’économie bleue représente une opportunité économique importante pour le Cameroun. Selon Paul Tasong, ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, chargé de la Planification, le potentiel de ce secteur est estimé à 22 000 milliards de FCFA. Pourtant, seule une faible part de ces ressources serait actuellement valorisée, selon les chiffres présentés par le ministre.
Le rapport d’évaluation du potentiel de l’économie bleue du Cameroun révèle que cette économie renferme un potentiel d’à peu près 22 000 milliards de francs CFA. Là, nous parlons de presque 90 % de notre PIB. Et jusqu’à ce jour, nous n’arrivons à exploiter que 5,8 % de ce potentiel,
a déclaré Paul Tasong.Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de déterminer comment mobiliser ce potentiel au profit du développement national. À cet effet, le Cameroun prépare, avec la Commission économique pour l’Afrique (CEA), un atelier de présentation des conclusions du rapport. Cette rencontre devrait réunir les acteurs du secteur privé et du monde de la finance afin d’identifier des possibilités d’investissement et des projets susceptibles d’obtenir des financements.
Cet atelier nous permettra ensemble de voir comment nous pouvons profiter de ce potentiel afin de développer le Cameroun,
a indiqué le ministre.
Douala ou Kribi sont envisagées pour accueillir les travaux, avec l’ambition d’encourager les entreprises à investir davantage dans les ressources maritimes, fluviales et autres ressources en eau.
La CEA insiste sur les réformes et les investissements
Pour le directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, Jean Luc Mastaki Namegabe, les ressources en eau peuvent soutenir plusieurs activités économiques, à condition que les États mettent en place des politiques adaptées et des réformes favorables à leur exploitation.
Nous avons là des secteurs portés par nos ressources en eau, qui sont généralement transfrontalières et très importantes et qui peuvent propulser des secteurs, non seulement de la pêche, de l’écotourisme, de l’énergie, ainsi de suite, et qui, selon nos études, peuvent être un moteur pour notre croissance économique inclusive,
a-t-il expliqué.La valorisation de l’économie bleue nécessite donc des investissements, des infrastructures adaptées et une meilleure implication du secteur privé. Pour le responsable de la CEA, les pays d’Afrique centrale doivent poursuivre les réformes permettant aux secteurs identifiés de produire les résultats économiques attendus.
Au-delà de l’économie bleue, la CEA met également en avant le potentiel de la transformation locale du bois et du secteur minier. Dans la filière forestière, une transformation accrue sur place pourrait favoriser la création d’emplois et augmenter les exportations de produits transformés. Dans le secteur minier, la mise en œuvre de réformes adaptées doit permettre de mieux convertir les ressources naturelles en retombées économiques.
La diversification économique au cœur des travaux régionaux
La rencontre de Yaoundé vise également à accélérer la mise en œuvre de la Décennie de la diversification économique en Afrique centrale. Les experts et responsables techniques doivent formuler des recommandations à l’intention des décideurs politiques afin de renforcer le secteur privé, d’améliorer le climat des affaires et de développer les chaînes de valeur régionales.
Paul Tasong souligne l’intérêt d’une approche concertée entre les États. La coopération régionale peut permettre aux pays de tirer parti de leurs complémentarités économiques, d’élargir leurs débouchés et de mieux exploiter leurs ressources respectives.
Parmi les leviers évoqués figurent l’harmonisation des législations, la facilitation des échanges commerciaux, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et l’amélioration des infrastructures de transport et de connexion entre les marchés. Pour le Cameroun, les progrès réalisés dans l’agriculture, l’industrialisation et l’amélioration du climat des affaires doivent être accompagnés d’un renforcement des capacités productives et d’une meilleure intégration aux chaînes de valeur régionales et continentales.
Avec un potentiel de l’économie bleue estimé à 22 000 milliards de FCFA, le Cameroun dispose d’une marge de développement considérable dans les activités liées à l’eau. Mais la transformation de cette richesse en croissance économique dépendra de la capacité des pouvoirs publics à créer un environnement favorable aux investissements, à mobiliser les financements et à encourager la participation du secteur privé. Les recommandations de la 42e session devront contribuer à faire de la diversification un levier concret de création d’emplois, de développement industriel et de renforcement des économies d’Afrique centrale.

