4 552 milliards de FCFA pour amortir la dette, contre 2 011,8 milliards pour les dépenses en capital (les investissements réalisés pour l’acquisition, l’entretien ou l’amélioration de biens). Le contraste résume l’un des principaux défis budgétaires du Sénégal en 2027. Dans le projet de loi de finances initiale (PLFI), le remboursement de la dette constitue le premier poste des besoins de financement de l’État, loin devant le déficit budgétaire.
Dans le même temps, les crédits consacrés aux dépenses en capital diminuent par rapport aux prévisions de 2026. Une évolution qui pose une question centrale : quelle marge reste-t-il pour financer l’investissement public lorsque le service de la dette pèse aussi lourdement sur les finances publiques ?
Des variations importantes des dépenses d’investissements entre 2024 et 2027
Les données budgétaires disponibles montrent des variations importantes des dépenses en capital au cours des dernières années. En 2024, elles se sont élevées à 2 267,14 milliards de FCFA, selon le rapport d’exécution budgétaire du quatrième trimestre. En 2025, elles ont atteint 1 471,8 milliards, soit 78,4 % des prévisions, d’après le bilan budgétaire publié en avril 2026.
Pour 2026, le projet de loi de finances avait prévu 2 803,9 milliards de FCFA de dépenses en capital, en hausse de 44,8 % par rapport aux prévisions de la loi de finances rectificative de 2025. Cette enveloppe devait notamment être portée par une augmentation des investissements sur ressources internes, programmés à 1 448,9 milliards, tandis que ceux financés sur ressources externes étaient estimés à 1 355 milliards.
Le PLFI 2027 marque un changement de trajectoire. Les dépenses en capital sont programmées à environ 2 011,8 milliards de FCFA, réparties entre 956,8 milliards sur ressources internes et 1 055 milliards sur ressources externes. Par rapport à l’enveloppe prévisionnelle de 2026, cela représente une diminution d’environ 792,1 milliards, soit 28,2 %.
Le remboursement de la dette dépasse de plus de deux fois l’enveloppe des dépenses en capital prévue
Le poids des échéances financières permet de comprendre la contrainte. Pour 2027, les besoins de financement sont évalués à 6 608,7 milliards de FCFA. Sur cette somme, 4 552 milliards correspondent à l’amortissement de la dette. Le déficit budgétaire est, lui, estimé à environ 1 351,7 milliards, soit 4,7 % du produit intérieur brut. Autrement dit, le remboursement de la dette représente près de 69 % des besoins de financement annoncés. Il dépasse de plus de deux fois l’enveloppe des dépenses en capital prévue pour l’année.
La pression devrait également s’accentuer par rapport à 2026. Le projet de budget 2026 évaluait l’amortissement de la dette à 4 307,4 milliards de FCFA. Le montant prévu pour 2027 est donc supérieur de 244,6 milliards, soit environ 5,7 %. Les besoins globaux de financement progressent, eux aussi, de 6 075,2 milliards en 2026 à 6 608,7 milliards en 2027.
Dans ce contexte, l’État doit mobiliser d’importantes ressources sur les marchés financiers, auprès de ses partenaires et à travers les emprunts liés aux projets. Cette mobilisation peut contribuer à assurer la continuité des paiements et à financer les programmes publics. Elle pose néanmoins la question du coût de la dette, de sa soutenabilité et de la place laissée aux investissements productifs.
L’enjeu : rembourser sans sacrifier la croissance future
La priorité donnée au paiement de la dette répond à une contrainte financière concrète : l’État doit honorer ses échéances tout en préservant sa capacité à emprunter et à financer ses politiques publiques. Mais cette priorité peut devenir problématique si elle s’accompagne durablement d’une réduction des investissements essentiels à la croissance.
Le véritable arbitrage pour 2027 se situe donc entre deux impératifs : assurer la crédibilité financière du Sénégal et préserver les dépenses capables d’élargir, à terme, sa base productive et fiscale. Une économie qui investit moins dans ses infrastructures et ses capacités de production risque de limiter les gains de compétitivité dont elle a besoin pour créer de nouvelles richesses et améliorer ses recettes publiques

