Selon les données de la Banque mondiale issues des statistiques de l’Institut de statistique de l’UNESCO, les dépenses publiques d’éducation représentaient, en 2023, 22,5 % des dépenses publiques totales au Sénégal, 20,3 % au Burkina Faso et 19,1 % au Mali. En Afrique centrale, la proportion s’établissait à 16,5 % au Tchad, 14,7 % en République du Congo, 13,6 % au Gabon et 13,1 % au Cameroun. La République centrafricaine affichait, quant à elle, 10 %. Des chiffres qui mesurent la part du budget public consacrée à l’éducation, et non le montant directement versé aux enseignants. Ils ne suffisent donc pas à déterminer quel pays rémunère le mieux ses personnels éducatifs. Ils témoignent néanmoins de différences dans les arbitrages budgétaires des gouvernements.
La question des salaires : au-delà des montants affichés
Au Cameroun, le décret n° 2023/158 du 6 mars 2023 a prévu une revalorisation moyenne de 5,2 % de la rémunération mensuelle de base des personnels civils et militaires. Cette mesure s’inscrit dans la politique générale de rémunération de la fonction publique. Le salaire effectivement perçu par un enseignant dépend toutefois de son indice, de son grade, de son ancienneté et des indemnités auxquelles il peut prétendre. Au Ghana, la question se pose également en termes de soutenabilité budgétaire.
Dans sa Ghana Public Finance Review, publiée en décembre 2024, la Banque mondiale fait état d’un salaire mensuel médian des enseignants de 656 dollars en parité de pouvoir d’achat. Le rapport souligne aussi le poids des dépenses de personnel, qui représentaient plus de 70 % du budget de l’éducation en 2020 et 2021. Même si ces données ne peuvent pas être comparées directement elles illustrent néanmoins la nécessité d’examiner simultanément les salaires, le coût de la vie et les capacités financières des États. De ce fait les données ne permettent pas d’affirmer que les enseignants d’Afrique de l’Ouest sont systématiquement mieux rémunérés que ceux d’Afrique centrale, ou inversement.
Quand les salaires absorbent l’essentiel du budget
La question ne se limite pas au niveau de rémunération. Elle concerne aussi la capacité des États à financer les autres besoins du système éducatif. Dans une revue des dépenses publiques du Cameroun publiée en 2018, la Banque mondiale estimait que les salaires des enseignants représentaient entre 80 % et 85 % des dépenses totales d’éducation. Le rapport indiquait également que, durant l’année scolaire 2015-2016, 38 % des enseignants du primaire étaient rémunérés par les parents, contre 25 % en 2009.
Pour les gouvernements, l’équation est délicate. Il faut rémunérer les enseignants, recruter des personnels supplémentaires, améliorer les conditions de travail et financer les manuels, les équipements ainsi que la construction ou la réhabilitation des écoles. La question centrale devient alors celle de l’efficacité de la dépense publique : comment garantir une rémunération attractive tout en améliorant les conditions d’apprentissage ?
L’urgence éducative, un défi pour le capital humain
Dans son analyse consacrée à l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique centrale, la Banque mondiale souligne la persistance d’importantes difficultés d’apprentissage et de scolarisation. Selon la publication From School to Jobs, 80 % des enfants de dix ans dans la région étudiée ne sont pas capables de lire et de comprendre un texte simple, tandis que plus de 32 millions d’enfants ne sont pas scolarisés.
Ces indicateurs rappellent que la présence d’enseignants dans les salles de classe ne suffit pas. Leur formation, leur accompagnement professionnel, la disponibilité du matériel pédagogique et la qualité de l’encadrement influencent également les apprentissages. Cela dit, un système éducatif plus performant peut contribuer à améliorer la productivité, soutenir l’entrepreneuriat et renforcer l’attractivité des pays auprès des investisseurs.
Pour les investisseurs, le potentiel existe
Dans les pays d’Afrique Centrale et de l’Ouest, les besoins de financement des systèmes éducatifs ouvrent des perspectives pour les entreprises et les investisseurs privés. La formation professionnelle et technique constitue un premier axe. Les entreprises ont besoin de compétences dans l’agro-industrie, l’énergie, la maintenance industrielle, la construction et le numérique. Des centres de formation adaptés aux besoins des employeurs peuvent contribuer à combler ces déficits, à condition de proposer des formations reconnues et des débouchés professionnels crédibles.
Les technologies éducatives représentent un autre marché potentiel. Plateformes d’apprentissage, contenus pédagogiques locaux, outils d’évaluation et solutions de formation à distance peuvent élargir l’accès aux ressources. Les infrastructures scolaires constituent également un champ d’activité pour les entreprises du bâtiment, les fournisseurs de mobilier, les fabricants de matériels pédagogiques et les prestataires de solutions énergétiques. Enfin, la formation continue des enseignants et les partenariats public-privé peuvent contribuer au développement de nouvelles offres. Leur réussite repose toutefois sur des contrats transparents, un cadre réglementaire clair, une répartition maîtrisée des risques et des mécanismes de financement soutenables.

