Alors que le Sénégal ambitionne de faire du secteur privé un moteur essentiel de sa transformation économique, le poids de la dette publique réduit les marges de manœuvre de l’État et pèse, indirectement, sur les capacités de financement des entreprises. Pour Malick Sané, professeur titulaire en sciences économiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), cette situation s’explique par le déficit d’épargne mobilisée dans le pays, qui demeure confronté à d’importants besoins de financement.
C’est cela qui favorise le recours à la dette et à l’investissement direct étranger afin de réaliser un investissement significatif. Aussi, les marchés financiers (bourses des valeurs mobilières) sont encore embryonnaires dans notre sous-région et contribuent peu au financement de nos économies ,
Explique-t-il.
L’économiste souligne que l’accumulation de la dette publique alourdit progressivement son service, constitué du remboursement du principal et du paiement des intérêts. Cette charge croissante peut contraindre l’État à augmenter la pression fiscale ou à réduire ses dépenses, notamment les achats publics et les investissements étatiques, afin de dégager les ressources nécessaires au paiement de ses engagements financiers.
Le poids de la dette publique peut contribuer à un recul de l’investissement
Par ailleurs, le recours de l’État aux emprunts obligataires sur le marché financier, une pratique à laquelle le Sénégal s’adonne depuis deux ans, peut accentuer la concurrence entre le financement public et celui du secteur privé. Ce phénomène, connu sous le nom d’« effet d’éviction », risque de limiter les ressources disponibles pour les entreprises. Ainsi, à travers ces différents mécanismes économiques, le poids de la dette publique peut contribuer à un recul de l’investissement, aussi bien public que privé, et, par conséquent, à un affaiblissement de l’activité économique.
En effet, lorsque l’État doit mobiliser d’importantes ressources sur le marché financier pour couvrir ses besoins, il entre en concurrence avec les autres emprunteurs, notamment les entreprises. Une forte demande de financement public peut contribuer à maintenir les coûts du crédit à un niveau élevé et rendre plus difficile l’accès des entreprises au financement. Et au Sénégal, cette problématique est particulièrement sensible dans un contexte où les besoins de financement de l’État restent considérables.
Il revient au secteur privé de se battre pour se faire une plus grande place
Par ailleurs, de nombreuses entreprises font les frais des arriérés de paiement de l’Etat. Le gouvernement a reconnu un stock d’arriérés intérieurs évalué à 1 956 milliards de FCFA à fin mars 2025. Leur apurement constitue, d’ailleurs, l’une des priorités affichées des autorités. Mais, une entreprise qui attend plusieurs mois avant d’être payée peut être contrainte de réduire ses investissements, de retarder ses recrutements ou de recourir davantage au crédit bancaire.
Interrogé sur les réformes qui permettraient de faire du secteur privé un véritable moteur de la croissance malgré les contraintes liées à la dette, M. Sané s’est voulu très précis. D’après lui, il revient d’abord au secteur privé de se battre pour se faire une plus grande place dans nos pays. Il y a, selon lui, des mécanismes éprouvés tels que la croissance externe (fusion, absorption, prise de participation), la croissance interne et d’autres modes la mise en place de consortiums, de partenariats publics privés qui peuvent être expérimentés.
« La confiance des investisseurs devrait découler d’une meilleure perception de la capacité de nos États à faire face aux problèmes
Pour lui,
l’Etat doit accompagner, appuyer les entreprises par le biais de différents modes d’intervention en fonction des besoins et des spécificités des entreprises. Mais au cœur de tout cela se trouve le savoir-faire, la prise de risque et le sens entrepreneurial dont doit faire preuve le secteur privé lui-même .
Malick Sané est, en effet convaincu que la confiance des investisseurs devrait découler d’une meilleure perception de la capacité de nos États à faire face aux problèmes qui nous assaillent :
Les compétences doivent être mises en avant et toute forme de comportement mal sain banni ,
estime-t-il.
A cela s’ajoute, d’après lui, les réformes visant la gouvernance politique et économique de nos pays, l’environnement des affaires, la crédibilité de l’Etat, la cohérence et la pertinence des politiques publiques, la confiance en la capacité de nos pays à pouvoir émerger comme les autres régions du monde en faisant face à des phénomènes tels que la corruption et le népotisme.

