Selon le Groupe de la Banque mondiale, l’intelligence artificielle pourrait devenir un puissant moteur de croissance pour l’Afrique subsaharienne. Productivité, agriculture, santé, éducation, finance ou encore énergie, les applications se multiplient et ouvrent de nouvelles perspectives pour les entreprises et les États.
Un potentiel économique de 1 000 milliards de dollars
L’enjeu dépasse désormais la seule transformation numérique. La Banque mondiale estime que, dans un scénario très ambitieux d’exploitation du potentiel de l’IA, cette technologie pourrait contribuer à hauteur de 1 000 milliards de dollars supplémentaires au PIB de l’Afrique d’ici 2035, tout en créant 35 à 40 millions d’emplois numériques et près de 150 milliards de dollars de recettes fiscales par an. Mais ce scénario reste conditionné à une accélération de l’adoption.
Avec le niveau actuel de préparation du continent, l’impact cumulé de l’IA sur le PIB au cours de la prochaine décennie serait beaucoup plus limité, entre 0,2 % et 4 %, selon les estimations citées par la Banque mondiale. Mais derrière cet immense potentiel se cache une réalité moins favorable : l’Afrique reste largement en retard sur les infrastructures indispensables au déploiement de l’IA.
900 millions d’Africains encore privés d’Internet
Le principal obstacle est d’abord infrastructurel. Environ 900 millions d’Africains ne sont toujours pas connectés à Internet. Le continent représente pourtant 18 % de la population mondiale, mais ne dispose que de 0,6 % de la capacité mondiale des centres de données. Plus préoccupant encore, seulement environ 5 % des centres de données africains seraient prêts pour l’IA.
À cela s’ajoute la faiblesse des données africaines utilisées pour entraîner les systèmes d’IA. Le continent ne fournit qu’environ 2 % des données mondiales d’entraînement de l’IA. Cette faiblesse touche particulièrement les langues africaines, encore très peu représentées dans les bases de données numériques.
Développer ou simplement adapter l’IA ?
Pour la Banque mondiale, l’opportunité la plus immédiate n’est pas nécessairement de rivaliser avec les grandes puissances dans la conception de modèles d’IA de pointe. Elle réside davantage dans l’adoption et l’adaptation de solutions existantes, peu coûteuses et capables de répondre à des besoins locaux. Les solutions les plus prometteuses sont celles qui combinent l’IA avec les infrastructures existantes, les langues locales et des données fiables.
Employabilité en Afrique : menace ou opportunité ?
Contrairement aux économies avancées, l’automatisation massive ne devrait pas être le premier effet de l’IA en Afrique. La Banque mondiale estime que seulement 2,6 % des emplois d’Afrique subsaharienne sont exposés à l’automatisation par l’IA à court terme, contre 14,2 % dans les économies à revenu élevé. En revanche, le potentiel de complémentarité est estimé à 15,2 %. L’enjeu serait donc moins de savoir combien d’emplois l’IA va supprimer que de déterminer combien de travailleurs africains pourront utiliser cette technologie pour accroître leur productivité.
Priorité à la consolidation des fondations
Pour transformer l’IA en moteur de développement, les investissements devront porter sur plusieurs piliers . le continent devra investir simultanément dans les infrastructures numériques, l’énergie, les compétences, les données et la gouvernance. Et dans cette course, la coopération régionale pourrait être aussi déterminante. Les Etats africains sont invités à mutualiser les centres de données, les capacités de calcul, les compétences et les investissements ce qui permettrait de réduire les coûts et de créer des marchés suffisamment vastes pour accélérer l’adoption de l’IA.

