Lancée le 30 septembre 2025, la PI-SPI avait installé un principe simple dans l’esprit des utilisateurs : transférer de l’argent instantanément, quel que soit le prestataire financier utilisé, avec une promesse de gratuité pour les particuliers. Un an après son lancement, la BCEAO ajuste pourtant le dispositif.
Dans un communiqué publié le 2 octobre 2026, la banque centrale annonce de nouvelles conditions pour les transferts entre personnes physiques. La mesure entre en vigueur le 2 novembre 2026 pour les opérations nationales et le 1er juin 2027 pour les transferts entre pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Le changement ne signifie pas la fin générale de la gratuité. Il introduit plutôt une distinction entre les petits transferts, qui restent gratuits, et les montants plus élevés, pour lesquels une facturation devient possible.
8 000 FCFA : le nouveau seuil
Le nouveau dispositif fixe à 8 000 FCFA le montant cumulé quotidien donnant obligatoirement droit à la gratuité pour les transferts nationaux. Cette limite est calculée par utilisateur et par participant. Le nombre d’opérations n’est pas limité : plusieurs petits transferts peuvent donc être effectués gratuitement tant que leur montant cumulé ne dépasse pas 8 000 FCFA sur la journée.
Selon la BCEAO, ce seuil permettrait de couvrir 75 % des transactions de monnaie électronique dans l’UEMOA. L’objectif affiché est notamment de mieux cibler la gratuité sur les populations et les usages concernés par l’inclusion financière.
Le changement intervient donc moins sur le principe de la gratuité que sur son périmètre. Pour les opérations dépassant 8 000 FCFA, les prestataires pourront désormais appliquer des frais.
Jusqu’à 0,8 %, mais pas automatiquement
La BCEAO n’impose pas une commission de 0,8 %. Elle autorise les prestataires à appliquer, pour les transferts nationaux supérieurs à 8 000 FCFA, des frais compris entre 0 et 0,8 % du montant hors taxes du transfert. Le tarif effectivement appliqué dépendra donc du prestataire.
À titre d’exemple, sur un transfert de 2,5 millions de FCFA, un taux de 0,8 % correspondrait à 20 000 FCFA hors taxes. Mais ce montant ne constitue pas une commission obligatoire : avec un taux inférieur, les frais seraient moins élevés, et avec un taux de 0 %, le transfert resterait sans frais.
Cette nuance change considérablement la lecture de la mesure. La question n’est donc pas de savoir si chaque transfert important coûtera désormais 0,8 %, mais plutôt de savoir quels tarifs les différents prestataires décideront effectivement d’appliquer dans la limite fixée par la BCEAO.
La réception reste gratuite
Autre élément important : la gratuité est maintenue à la réception. La BCEAO précise que les transferts reçus restent gratuits, sans limite de montant et sans limitation du nombre d’opérations. Le dispositif porte donc principalement sur la tarification possible au moment de l’émission du transfert.
Cette distinction pourrait avoir une incidence sur les habitudes de paiement. Celui qui reçoit les fonds ne supportera pas de frais de réception prévus par cette nouvelle grille. C’est au niveau de l’envoi que le coût pourrait apparaître lorsque le seuil de gratuité est dépassé.
Le passage aux transferts régionaux
La deuxième étape concerne les transferts entre pays de l’UEMOA. À compter du 1er juin 2027, les mêmes conditions tarifaires seront appliquées aux transferts entre les pays de l’Union. La règle sera donc étendue au-delà des transactions effectuées à l’intérieur d’un même pays.
Cette évolution concerne les huit pays de l’UEMOA et renforce la vocation régionale de PI-SPI. La plateforme compte actuellement 175 participants et permet à plus de 38 millions de personnes d’accéder aux services de paiement instantané, selon la BCEAO.
L’enjeu dépasse ainsi la simple question des frais sur un transfert. Il concerne la construction d’une infrastructure de paiement commune à l’échelle régionale, avec des règles harmonisées entre banques, établissements de monnaie électronique, établissements de paiement et institutions de microfinance participantes.
Une gratuité désormais ciblée
La décision de la BCEAO traduit surtout un changement de ciblage. Au lancement de PI-SPI, la communication officielle mettait en avant des transferts instantanés et gratuits pour les particuliers. Le site officiel de la plateforme présente encore PI-SPI comme une infrastructure permettant aux particuliers d’envoyer et de recevoir de l’argent instantanément et gratuitement.
Le nouveau dispositif introduit cependant un seuil pour l’émission des transferts nationaux. La gratuité devient ainsi concentrée sur les opérations représentant, selon la BCEAO, la majorité des transactions de monnaie électronique.
Pour les utilisateurs effectuant régulièrement des transferts de montants plus importants, la question change : le coût éventuel dépendra désormais de la politique tarifaire de leur prestataire.
La nouvelle tarification de PI-SPI ne supprime donc pas la gratuité des transferts. Elle la redéfinit. Dès le 2 novembre 2026, les transferts nationaux jusqu’à 8 000 FCFA cumulés par jour resteront gratuits, tandis que les montants supérieurs pourront être soumis à des frais allant de 0 à 0,8 % hors taxes. La réception, elle, demeure gratuite sans plafond.
Le véritable changement se situe donc dans le passage d’une promesse générale de gratuité à une gratuité davantage ciblée. Pour les petits transferts, le principe reste inchangé. Pour les opérations plus importantes, le prix dépendra désormais des choix des prestataires dans la limite autorisée par la BCEAO.

