À Douala, Bangui et Brazzaville, la finance est au cœur des échanges ces 5 et 6 octobre 2026. Organisée par la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (COSUMAF), dans le cadre de la Semaine internationale de l’investisseur, l’initiative vise notamment à rapprocher les populations du marché financier et à leur permettre de mieux comprendre les opportunités, mais également les risques liés à l’investissement.
Mobiliser une épargne encore largement dispersée
L’Afrique centrale dispose d’un important potentiel d’épargne. Pourtant, une partie considérable de cette épargne reste encore peu mobilisée pour financer directement les économies de la sous-région.
Pour Salvador Mangue Ayingono, Secrétaire général de la COSUMAF, l’un des principaux défis demeure le renforcement de l’éducation financière des populations.
Nous n’avons pas d’éducation financière dans nos mœurs dans la zone CEMAC. Jusqu’aujourd’hui, les populations préfèrent garder leur argent en banque.
Or, estime-t-il, les marchés financiers pourraient davantage contribuer au financement des économies de la CEMAC en orientant cette épargne vers des projets productifs.
Les défis des marchés financiers d’Afrique centrale aujourd’hui, c’est de pouvoir financer les économies de la CEMAC avec les financements populaires. Nous avons dans notre zone beaucoup d’argent qui dort. Ceux qui n’ont pas confiance à la banque ont de l’argent à la maison. Cet argent peut servir à financer des projets, une route, une école ou n’importe quel autre projet qui va bénéficier aux populations qui financent.
L’enjeu est donc double : faire connaître les mécanismes du marché financier et restaurer la confiance des épargnants, afin que l’épargne puisse davantage participer au financement du développement.
Les PME également concernées par le marché financier
Contrairement à une perception encore répandue, l’accès au marché financier n’est pas exclusivement réservé aux États ou aux grandes entreprises. Les petites et moyennes entreprises peuvent également y rechercher des financements, à condition de maîtriser les mécanismes et le cadre réglementaire qui encadrent leur accès au marché.
Le directeur général de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), Louis BANGA NTOLO souligne d’ailleurs l’évolution du dispositif réglementaire destiné à faciliter l’accès des PME au financement.
La Semaine de l’investisseur s’adresse à ceux qui ont le capital pour investir. Pour investir notamment dans les projets portés aussi bien par le gouvernement, à travers leurs émissions d’emprunt obligataire, que par les grandes entreprises, mais également par les PME,
a-t-il souligné.Pour les entreprises souhaitant accéder au marché, la connaissance du cadre réglementaire constitue toutefois un préalable.
Selon le DG de la BVMAC, certaines conditions ont été assouplies afin de permettre à davantage de PME de recourir au financement par appel public à l’épargne.
Avant, nous demandions d’avoir trois exercices bénéficiaires et d’avoir au moins distribué des dividendes, mais ce sont des conditions que nous avons enlevées,
a-t-il précisé.Cette évolution tient notamment compte de la réalité des entreprises nouvellement créées, qui peuvent disposer d’un projet viable sans pour autant avoir encore un historique financier suffisamment long.
Nous savons que les sociétés qui ont de très bons projets et qui sont à leur première année d’exploitation n’ont pas d’historique ni de bilan. On leur a donc donné aussi la possibilité de venir se faire financer sur la base d’un business plan.
Pour les PME, le marché financier peut ainsi constituer une source alternative de financement, notamment à travers l’ouverture du capital ou la combinaison de plusieurs mécanismes de financement.
Investir, un parcours qui commence par l’information
Dans cet environnement, investir ne devrait pas être perçu comme un simple acte financier, mais comme un véritable parcours nécessitant préparation et vigilance.
Le premier réflexe de l’investisseur doit être l’éducation financière. Comprendre le fonctionnement du marché, identifier les acteurs agréés, connaître les produits proposés et mesurer les risques sont autant d’étapes indispensables avant de placer son argent.
La confiance doit reposer sur la vérification.
Face à la multiplication des informations circulant notamment sur les réseaux sociaux, les investisseurs sont invités à privilégier les sources officielles et fiables. La COSUMAF met notamment à disposition du public des supports d’information destinés à améliorer la connaissance du marché financier et de ses acteurs.
Les arnaques financières, un risque qui évolue avec le numérique
Si le marché financier offre de nouvelles possibilités d’investissement, il constitue également un terrain exploité par les fraudeurs.
Selon l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF), les arnaques financières ont commencé à émerger dès 2009 avant de connaître une forte recrudescence entre 2020 et 2024. D’ailleurs, selon les données disponibles de l’ANIF, le phénomène des opérations financières suspectes prend une ampleur croissante au Cameroun.
L’Agence nationale d’investigation financière a reçu 965 déclarations d’opérations suspectes, contre 869 en 2022, selon les données disponibles en 2023. Ces déclarations ont donné lieu à 447 rapports transmis aux juridictions et autorités compétentes, portant sur des flux financiers suspects estimés à 1 665,4 milliards de FCFA, en hausse de 180 % sur un an. Un cas d’espèce qui illustre la gravité des faits.
Les modes opératoires se diversifient : scamming, faux documents, fraudes au Mobile Money, fraudes aux paiements, fraudes transfrontalières, manipulation de contenus grâce à l’intelligence artificielle ou encore arnaques à la récupération de fonds.
Pour le magistrat et expert en cybersécurité Jean Simplice Eboko, les fraudeurs s’appuient notamment sur des mécanismes de manipulation psychologique et de pression pour pousser leurs victimes à agir rapidement.
Vigilance tous azimuts
Dans ce contexte, la vigilance reste essentielle. L’investisseur doit notamment éviter de céder à la pression, prendre le temps de vérifier les informations communiquées et consulter les sources officielles avant tout engagement financier.
Toute opération suspecte doit également être signalée aux autorités ou organismes compétents.
La protection de l’épargne apparaît ainsi comme l’un des enjeux majeurs du développement du marché financier en Afrique centrale. Elle repose à la fois sur la responsabilité des régulateurs, des intermédiaires financiers, des entreprises à la recherche de capitaux et des investisseurs eux-mêmes.
La protection de l’épargne est une chaîne et chaque maillon compte,
a précisé Patrick DEMENOU, commissaire aux comptes lors de la keynote d’ouverture de l’événement à Douala.
Une logique qui résume l’un des messages forts de cette Semaine de l’investisseur CEMAC 2026, à savoir que l’essor du marché financier ne pourra être durable que si les populations disposent des connaissances nécessaires pour investir de manière éclairée et si les mécanismes de protection sont suffisamment compris et utilisés.
Une initiative inscrite dans la World Investor Week
La Semaine de l’investisseur CEMAC s’inscrit dans le cadre de la World Investor Week, initiative portée par l’Organisation internationale des commissions de valeurs (IOSCO), qui vise à encourager une participation plus éclairée, responsable et sécurisée aux marchés financiers.
Pendant cet événement, les acteurs du marché financier de la CEMAC entendent ainsi placer l’éducation financière et la protection de l’investisseur au centre des échanges, dans un contexte marqué par la digitalisation croissante des services financiers. Car mieux investir commence d’abord par mieux s’informer.

