Le Cameroun accélère sur ses grands axes routiers. Le 2 octobre 2026, le président de la République a signé deux décrets autorisant la signature d’accords de financement destinés à soutenir deux projets structurants : la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam et l’aménagement du corridor économique Douala-Bangui.
Ces deux opérations interviennent alors que l’état des infrastructures de transport continue de peser sur la circulation des personnes et des marchandises. Elles doivent notamment améliorer les liaisons entre les principaux pôles économiques du pays, faciliter les échanges avec les régions de production et renforcer la connexion du Cameroun avec les pays voisins.
139,2 milliards de FCFA pour Douala-Bafoussam
Le premier décret, n°2026/320, habilite le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à signer avec la Banque islamique de développement un accord de vente à tempérament de 212,35 millions d’euros, soit environ 139,2 milliards de FCFA. Cette enveloppe est destinée au Projet de réhabilitation de la route Douala-Bafoussam.
Le projet porte sur près de 219 km de route principale, auxquels s’ajoutent des interventions sur des voies de desserte. L’objectif est d’améliorer une liaison importante entre Douala, principal pôle économique et portuaire du Cameroun, et Bafoussam, dans la région de l’Ouest.
L’impact attendu concerne directement la circulation des marchandises. Une route réhabilitée doit permettre de réduire les difficultés de déplacement, de faciliter l’acheminement des productions agricoles vers les marchés et d’améliorer les échanges entre le Littoral et l’Ouest.
Le programme prévoit également des interventions sur des routes secondaires et des infrastructures de proximité. Il ne s’agit donc pas uniquement de réhabiliter une chaussée, mais de renforcer progressivement le réseau qui permet aux zones de production et aux populations de rejoindre les grands axes.
Douala-Bangui : renforcer un corridor qui dépasse les frontières
Le second décret, n°2026/321, concerne le corridor économique Douala-Bangui. Le texte autorise la signature d’un accord de crédit avec la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) pour la réalisation du projet.
L’enjeu est cette fois régional. Le corridor relie le port de Douala à Bangui, en République centrafricaine, sur un itinéraire d’environ 1 400 km. La Banque mondiale le présente comme une infrastructure essentielle aux échanges de la République centrafricaine, dont plus de 80 % du commerce extérieur passe par ce corridor.
Le problème reste cependant important : dégradation de certaines routes, coûts élevés du transport, temps de parcours longs et nombreux points de contrôle. La Banque mondiale estime que les coûts de transport peuvent atteindre 270 dollars par tonne et que les trajets peuvent durer 9 à 12 jours dans des conditions normales.
Le programme doit donc agir sur plusieurs maillons à la fois : réhabilitation de routes, amélioration de la sécurité routière, entretien des infrastructures, développement de plateformes logistiques, routes de desserte et facilitation du commerce.
Deux projets qui touchent directement les échanges
La différence entre les deux opérations est leur échelle, mais leur logique économique se rejoint. Avec Douala–Bafoussam, il s’agit principalement d’améliorer une liaison intérieure essentielle entre le Littoral et l’Ouest. Avec Douala-Bangui, l’enjeu est de renforcer un axe commercial qui permet au Cameroun de jouer son rôle de porte d’entrée vers la République centrafricaine et, plus largement, vers l’espace de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Ces infrastructures peuvent avoir un effet sur les coûts et les délais de transport. Pour les producteurs, l’amélioration des routes facilite l’accès aux marchés. Pour les transporteurs, elle peut réduire les temps d’immobilisation et l’usure des véhicules. Pour les commerçants, elle permet une circulation plus régulière des marchandises.
Le programme Douala-Bangui prévoit également de renforcer les chaînes de valeur et les infrastructures logistiques. La Banque mondiale estime que sa première phase pourrait générer 2 000 à 4 000 emplois directs et indirects pendant la durée du projet, auxquels pourraient s’ajouter 150 à 250 emplois par an liés aux activités d’entretien routier.
Une série de grands chantiers routiers
Ces deux décrets arrivent dans un contexte où plusieurs grands projets routiers sont déjà engagés ou en préparation. Pour le corridor Douala-Bangui, le volet camerounais représente une enveloppe annoncée de 362,9 millions d’euros, soit environ 238 milliards de FCFA, destinée notamment à financer les travaux et prestations prévus au Cameroun. Le principal chantier porte sur la reconstruction de la RN3 entre Yaoundé et Édéa, sur environ 164 km.
La Banque mondiale a approuvé en juin 2026 un programme régional de 1,12 milliard de dollars, soit environ 646 milliards de FCFA, consacré à la modernisation du corridor Douala-Bangui. La première phase représente 525 millions de dollars, avec une importante composante destinée au Cameroun. Les financements du 2 octobre viennent donc s’inscrire dans un mouvement plus large de modernisation des infrastructures de transport.
Au-delà des montants annoncés, ces deux opérations dessinent une même priorité : rendre les échanges plus fluides à partir de Douala et mieux connecter les territoires camerounais aux marchés régionaux.
La route Douala-Bafoussam doit renforcer les échanges entre le Littoral et l’Ouest. Le corridor Douala-Bangui doit, lui, consolider la position du Cameroun comme principale porte d’accès de la République centrafricaine aux marchés internationaux.
Le défi sera désormais de transformer les financements en infrastructures effectivement livrées et entretenues. Car leur impact se mesurera moins au montant des crédits mobilisés qu’à leur capacité à faire circuler plus rapidement les marchandises, réduire les coûts logistiques et rapprocher les bassins de production des marchés.

