Le bunga, également désigné sous les appellations bifaga ou « bunga ou Bifaka », est un poisson transformé par fumage. Le fumage consiste à exposer le poisson à la chaleur et à la fumée afin de réduire son humidité et de prolonger sa durée de conservation.
Cette transformation permet au produit de quitter les zones de débarquement pour rejoindre des marchés situés à plusieurs centaines de kilomètres. La chaîne associe ainsi la pêche, la collecte, le fumage, le stockage, le transport, la vente en gros et la distribution.
Le marché ne se limite donc pas à Yaoundé et Douala. Les zones côtières, notamment autour de Limbé, jouent un rôle dans l’approvisionnement et la transformation. Le MINEPIA dispose à Limbé du LINAFI, établissement consacré notamment à la formation dans les métiers de la pêche, de la technologie halieutique et de l’aquaculture.
La question économique n’est donc pas uniquement celle de la consommation du bunga. Elle concerne aussi la capacité à sécuriser l’approvisionnement, à réduire les pertes, à améliorer la transformation et à organiser la distribution.
Une production de capture passée de 237 270 à 280 186 tonnes
Les données du programme de développement des productions halieutiques du MINEPIA permettent de suivre l’évolution récente de la pêche de capture. La quantité de produits halieutiques débarqués est passée de 237 270 tonnes en 2023 à 274 693 tonnes en 2024. Pour 2025, le MINEPIA retient une estimation de 280 186 tonnes, avant une cible de 299 416 tonnes en 2026 et de 422 650 tonnes en 2027.
Cette progression constitue l’un des éléments déterminants pour l’industrie de transformation. Plus les volumes débarqués augmentent, plus la quantité de matière première potentiellement disponible pour les transformateurs s’accroît. Ces chiffres concernent toutefois l’ensemble des produits issus de la pêche de capture. Ils ne permettent pas d’affirmer qu’une quantité précise de ces volumes est transformée en bunga.
L’aquaculture ajoute une deuxième source d’approvisionnement
L’autre composante de la production nationale est l’aquaculture. Le MINEPIA indique une production de 8 676 tonnes en 2023, 12 645 tonnes en 2024 et une estimation de 10 045 tonnes pour 2025. Les objectifs retenus sont ensuite de 10 949 tonnes en 2026, 15 455 tonnes en 2027 et 20 015 tonnes à l’horizon 2030.
L’aquaculture correspond à l’élevage contrôlé de poissons. Elle constitue une source complémentaire de matière première pour le marché national et fait partie des leviers retenus par le gouvernement pour réduire la dépendance aux importations.
Le MINEPIA indique par ailleurs que sa stratégie vise à porter la production aquacole à 25 000 tonnes entre 2025 et 2027, puis à 50 000 tonnes en 2030, avec la participation du secteur privé et des collectivités territoriales. Pour les activités de transformation, cette progression potentielle signifie qu’une partie de l’offre pourrait progressivement provenir de circuits de production mieux organisés.
480 000 tonnes consommées en 2024
Le marché national reste cependant supérieur aux volumes produits localement. Le MINEPIA estime la consommation camerounaise de poisson à 480 000 tonnes en 2024, dont 116 000 tonnes importées, pour une facture proche de 95 milliards de FCFA.
Le différentiel entre la consommation et la production nationale explique le maintien d’un recours aux importations. Cette situation concerne l’ensemble du marché du poisson et ne permet pas d’isoler le bunga. Elle donne néanmoins une indication sur la profondeur du marché dans lequel évoluent les produits transformés.
2025 : les importations de poissons restent un enjeu majeur
L’année 2025 confirme l’importance des importations dans l’approvisionnement alimentaire du Cameroun. Les données provisoires de l’INS font état d’une hausse importante des importations de poissons et crustacés, qui ont atteint 267 601 tonnes, pour une valeur de 231,3 milliards de FCFA. Ce montant correspond à l’ensemble des poissons et crustacés importés. Il ne doit donc pas être présenté comme la valeur du marché du bunga.
L’intérêt économique de cette donnée est ailleurs : elle mesure les sommes consacrées par le pays à l’approvisionnement extérieur du marché halieutique. Dans le contexte de la politique d’import-substitution, chaque segment capable de renforcer l’offre locale, la transformation et la conservation représente donc un maillon de la chaîne à développer.
Limbé : l’amont du marché ne se trouve pas seulement dans les grandes villes
Limbé occupe une position particulière dans cette chaîne en raison de son implantation sur la façade maritime du Sud-Ouest.
Le MINEPIA y dispose du LINAFI, consacré notamment aux métiers de la pêche, à la technologie halieutique et à l’aquaculture. Cette infrastructure de formation constitue un élément de l’écosystème halieutique de la ville.
Les zones de pêche de la région alimentent les circuits de collecte et de transformation. Le poisson peut ensuite être fumé, stocké puis acheminé vers les marchés de consommation. Cette organisation permet de distinguer plusieurs niveaux économiques : les zones de débarquement et de production, les unités de transformation, les plateformes de stockage, les transporteurs et les grands marchés.
Du débarquement au fumage : là où commence la valeur ajoutée
Le poisson frais est une matière première périssable. Le fumage permet de prolonger sa durée de conservation en réduisant son humidité. Le processus comprend plusieurs opérations : sélection du poisson, préparation, fumage, refroidissement, stockage puis conditionnement éventuel.
Le produit peut alors être transporté vers d’autres villes sans dépendre des mêmes contraintes que le poisson frais. Cette transformation crée une valeur supplémentaire. Le prix final intègre non seulement le coût du poisson, mais également celui de la main-d’œuvre, du combustible, des équipements, du transport, du stockage et de la commercialisation.
Les pertes post-capture réduisent la valeur créée
Entre le débarquement et la consommation, une partie de la production peut être perdue ou subir une dégradation de qualité. Les pertes post-capture désignent les quantités de poisson perdues ou dégradées après la capture, notamment pendant la manutention, le transport, le stockage ou la transformation.
Le MINEPIA fait de la réduction de ces pertes l’un des axes de son programme de développement des productions halieutiques. Le programme prévoit notamment des actions portant sur les infrastructures, la formation des acteurs et l’amélioration des conditions de production et de commercialisation. Pour le bunga, la réduction des pertes signifie conserver une plus grande quantité de matière première jusqu’au moment de la vente.
Le conditionnement peut changer l’échelle de commercialisation
Le bunga est traditionnellement vendu dans des circuits où le produit est souvent présenté sans standardisation systématique des formats. Le conditionnement consiste à emballer le produit selon un poids, un format et des conditions de conservation définis. Cette étape permet de standardiser les unités vendues, de faciliter le stockage et de mieux organiser la distribution.
Elle peut également permettre de séparer différents segments de marché : ménages, restaurants, grossistes, distributeurs et commerces spécialisés. Le passage à des formats standardisés nécessite toutefois des investissements dans les équipements, l’emballage, le stockage et le contrôle de la qualité.
Une filière qui doit encore mesurer son propre marché
L’un des principaux obstacles à une lecture économique précise du bunga reste l’absence de statistiques publiques récentes permettant d’isoler ses volumes et son chiffre d’affaires à l’échelle nationale.
L’INS identifie le produit sous l’appellation « bunga ou Bifaka » dans certaines statistiques de prix. En revanche, les statistiques nationales du commerce extérieur regroupent les importations dans des catégories plus larges de poissons et crustacés. Il n’est donc pas possible, à partir des données disponibles, d’affirmer que le bunga représente une fraction déterminée des 231,3 milliards de FCFA d’importations de poissons et crustacés de 2025.
Cette absence de données spécifiques constitue elle-même un enjeu pour la structuration de la filière : volumes produits, volumes fumés, prix à la sortie des zones de production, coûts de transformation, marges de distribution et consommation par région restent à documenter de manière plus précise.
Une trajectoire de production qui ouvre un marché pour la transformation
Les chiffres du MINEPIA montrent une progression de la production de capture entre 2023 et 2024 et une poursuite attendue de cette progression en 2025 et au-delà.
La pêche de capture passe ainsi de 237 270 tonnes en 2023 à 274 693 tonnes en 2024, avec une estimation de 280 186 tonnes en 2025. La cible est fixée à 299 416 tonnes en 2026 et 422 650 tonnes en 2027.
Dans l’aquaculture, la production est passée de 8 676 tonnes en 2023 à 12 645 tonnes en 2024, avec une estimation de 10 045 tonnes en 2025 et une cible de 20 015 tonnes en 2030 selon le programme du MINEPIA. L’évolution de ces volumes détermine directement la quantité de matière première susceptible d’alimenter les activités de transformation.
La demande reste supérieure à l’offre nationale
Malgré la progression de la production, l’écart entre les besoins et l’offre locale demeure important. Le MINEPIA estime à 480 000 tonnes la consommation de poisson en 2024. La production nationale de capture et d’aquaculture reste inférieure à ce niveau, ce qui explique le recours aux importations. Cette situation donne au marché de la transformation une double contrainte : disposer d’une matière première régulière et compétitive, tout en répondant à une demande nationale importante.
Pour le bunga, la capacité à organiser cette chaîne est déterminante pour passer d’une activité de transformation traditionnelle à une offre mieux standardisée.
Plusieurs maillons peuvent concentrer la valeur
La valeur économique du bunga ne se situe pas uniquement dans le fumage. Elle se répartit entre l’approvisionnement en poisson, la collecte, le transport vers les unités de transformation, le fumage, le stockage, le conditionnement, le transport secondaire, la vente en gros et la distribution au détail.
À Limbé et dans les autres zones côtières, l’enjeu se situe principalement au niveau de l’approvisionnement et de la première transformation. À Douala et Yaoundé, il se situe davantage dans la distribution et la consommation.
Cette complémentarité territoriale constitue l’une des caractéristiques du marché.
Le marché du bunga s’inscrit dans un secteur halieutique dont les volumes sont mesurables, mais dont certains segments restent insuffisamment documentés.
Les données du MINEPIA montrent que les débarquements issus de la pêche de capture sont passés de 237 270 tonnes en 2023 à 274 693 tonnes en 2024, avec une estimation de 280 186 tonnes en 2025. L’aquaculture représentait 12 645 tonnes en 2024, avec une estimation de 10 045 tonnes en 2025.
En face, la consommation nationale de poisson était estimée à 480 000 tonnes en 2024, dont 116 000 tonnes importées, pour près de 95 milliards de FCFA.
Le marché extérieur reste également significatif : les importations de poissons et crustacés ont atteint 267 601 tonnes pour 231,3 milliards de FCFA en 2025. Ce chiffre concerne l’ensemble de la catégorie et non le bunga.
Le potentiel du bunga se situe donc moins dans la seule vente du produit que dans l’organisation de toute sa chaîne : approvisionnement à Limbé et dans les zones de production, transformation, réduction des pertes, stockage, conditionnement, transport et distribution vers les grands bassins de consommation.
Le principal déficit demeure celui de la donnée spécifique. Mesurer les volumes de bunga transformés, leur valeur annuelle, les prix selon les zones de production et de consommation ainsi que les marges des différents intermédiaires permettrait de déterminer avec davantage de précision le poids économique réel de ce produit dans la filière halieutique camerounaise.


