L’Afrique est engagée dans une profonde mutation économique. Face à une population qui devrait dépasser 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, les besoins en énergie, en infrastructures, en transport, en numérique et en capacités industrielles augmentent rapidement.
Selon la Banque africaine de développement (BAD), le continent fait face à un déficit annuel de financement des infrastructures compris entre 130 et 170 milliards de dollars. Pour réduire cet écart, les gouvernements africains, les banques de développement et les investisseurs privés accélèrent la réalisation de projets structurants dont l’impact dépasse largement les frontières nationales. En Afrique centrale, plusieurs investissements illustrent cette dynamique, qu’il s’agisse de l’énergie, de la sidérurgie, du numérique ou des infrastructures logistiques.
Afrique centrale : une sous-région qui mise sur l’énergie, l’industrie et le numérique.
Grand Inga, le barrage appelé à alimenter une partie du continent
En République démocratique du Congo, le projet Grand Inga est considéré comme le plus ambitieux programme hydroélectrique d’Afrique. Piloté par le gouvernement congolais, il prévoit le développement progressif du complexe d’Inga sur le fleuve Congo. Selon les autorités congolaises, le site possède un potentiel de 42 000 MW, soit près de deux fois la capacité électrique installée de l’Afrique du Sud.
Le projet bénéficie de l’appui de plusieurs partenaires internationaux selon les différentes phases de développement, parmi lesquels la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), Africa50 et plusieurs investisseurs privés. Son coût global est estimé à plus de 80 milliards de dollars si l’ensemble des phases est réalisé.
Au-delà de l’approvisionnement de la RDC, Grand Inga est destiné à alimenter plusieurs pays d’Afrique australe, d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Est grâce aux réseaux d’interconnexion électrique. Le projet constitue ainsi un levier majeur pour le développement des industries minières, métallurgiques et manufacturières du continent.
Si l’énergie demeure le socle de cette transformation, la compétitivité de l’Afrique centrale repose également sur l’amélioration de ses infrastructures numériques.
2Africa, le câble sous-marin qui prépare l’économie numérique africaine
L’Afrique centrale participe aujourd’hui à l’un des plus grands projets mondiaux de télécommunications avec 2Africa, un câble sous-marin de près de 45 000 kilomètres reliant 33 pays et 46 stations d’atterrissement entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient.
Le projet est porté par un consortium international composé notamment de Meta, Orange, Vodafone, Bayobab (MTN), China Mobile International, Telecom Egypt et WIOCC. Le Cameroun, le Gabon et la République démocratique du Congo figurent parmi les pays desservis.
Cette infrastructure doit multiplier les capacités de transmission de données, réduire la latence et soutenir le développement des centres de données, du cloud, du commerce électronique et des applications liées à l’intelligence artificielle. Elle constitue un maillon essentiel de la transformation numérique africaine.
Le renforcement des infrastructures numériques s’accompagne d’une volonté croissante de transformer localement les matières premières produites dans la sous-région.
Prometal Gabon, un investissement de 38 milliards FCFA pour accélérer la transformation industrielle.
Au Gabon, le groupe Prometal poursuit son expansion avec la construction d’une nouvelle usine dans la Zone d’investissement spéciale (ZIS) de Nkok. Le projet est développé en partenariat avec les autorités gabonaises dans le cadre de la stratégie nationale d’industrialisation.
L’investissement s’élève à 38 milliards FCFA. L’usine est implantée sur 16 hectares et prévoit une capacité annuelle de 120 000 tonnes de fer à béton et 12 000 tonnes de tubes métalliques.
Selon les annonces officielles, cette implantation devrait créer 350 emplois directs et environ 1 000 emplois indirects. Au-delà du marché gabonais, l’usine ambitionne d’approvisionner plusieurs pays d’Afrique centrale en matériaux destinés aux secteurs du bâtiment, des travaux publics et des infrastructures.
L’industrialisation ne peut toutefois produire tous ses effets sans des corridors logistiques performants capables de faciliter les échanges commerciaux régionaux.
Le corridor Douala-Bangui-N’Djamena, une infrastructure essentielle pour l’intégration régionale
Le corridor reliant le Port autonome de Douala au Cameroun à la République centrafricaine et au Tchad constitue l’une des principales artères commerciales d’Afrique centrale.
Plusieurs programmes de modernisation sont financés par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne ainsi que les gouvernements concernés. Ces investissements portent sur la réhabilitation des routes, la modernisation des postes-frontières et la digitalisation des procédures douanières.
Cet axe logistique assure l’acheminement d’une grande partie des importations destinées au Tchad et à la République centrafricaine. Son amélioration devrait réduire les délais de transport, diminuer les coûts logistiques et renforcer les échanges au sein de la CEEAC. En parallèle des infrastructures terrestres, plusieurs États de la sous-région investissent dans la valorisation de leurs ressources énergétiques afin de conquérir de nouveaux marchés internationaux.
Congo LNG, le pari gazier de la République du Congo.
La République du Congo développe le projet Congo LNG, conduit par le groupe italien Eni en partenariat avec la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC).
Le projet comprend plusieurs unités flottantes de liquéfaction destinées à produire du gaz naturel liquéfié (GNL) pour les marchés internationaux. La première phase prévoit une capacité d’environ 0,6 million de tonnes de GNL par an, avant une montée en puissance à 3 millions de tonnes par an avec les phases suivantes. Grâce à ce projet, le Congo ambitionne de rejoindre le cercle des exportateurs africains de gaz naturel liquéfié, dans un contexte de forte demande mondiale en énergie.
Si l’Afrique centrale mise sur l’énergie, l’industrie et le numérique, l’Afrique de l’Ouest concentre des mégaprojets miniers, pétroliers, gaziers et technologiques dont les investissements se chiffrent en dizaines de milliards de dollars. Parmi eux figurent notamment Simandou, la raffinerie Dangote, le gazoduc Nigeria-Maroc et plusieurs infrastructures numériques destinées à accompagner le développement de l’intelligence artificielle.
Afrique de l’Ouest : des mégaprojets qui accélèrent l’industrialisation et l’intégration régionale.
Avec ses importantes réserves de pétrole, de gaz, de bauxite, d’or et de minerai de fer, l’Afrique de l’Ouest concentre certains des plus grands investissements du continent. Ces projets associent les gouvernements, les multinationales, les banques de développement et les investisseurs privés, avec l’objectif de transformer davantage les ressources sur place et de renforcer les échanges régionaux.
Simandou, le projet minier qui repositionne la Guinée sur l’échiquier mondial.
En Guinée, le projet Simandou est considéré comme l’un des plus importants investissements miniers au monde. Porté par l’État guinéen en partenariat avec les consortiums Rio Tinto Simfer, Winning Consortium Simandou (WCS) et Baowu Steel Group, il vise à exploiter l’un des plus grands gisements de minerai de fer à haute teneur de la planète.
Selon les autorités guinéennes, le projet mobilise plus de 15 milliards de dollars d’investissements. Il comprend l’exploitation des mines, la construction d’un chemin de fer de plus de 600 kilomètres reliant Simandou au littoral ainsi qu’un port en eau profonde à Morébaya destiné à l’exportation du minerai. Les réserves sont estimées à plus de 2 milliards de tonnes et la production pourrait atteindre 120 millions de tonnes de minerai de fer par an à pleine capacité.
Au-delà de la Guinée, Simandou devrait renforcer l’approvisionnement de l’industrie sidérurgique mondiale tout en transformant les infrastructures de transport du pays. Si la Guinée mise sur le minerai de fer, le Nigeria cherche pour sa part à transformer localement son pétrole afin de réduire sa dépendance aux importations de carburants.
Dangote Refinery, la plus grande raffinerie à train unique au monde.
À Lekki, près de Lagos, le groupe Dangote Industries Limited, fondé par l’homme d’affaires Aliko Dangote, a construit la plus grande raffinerie à train unique du monde.
Estimé à environ 20 milliards de dollars, le complexe affiche une capacité de 650 000 barils de pétrole brut par jour. Il comprend également une unité pétrochimique pouvant produire plus d’un million de tonnes de polypropylène par an ainsi qu’une usine d’engrais d’une capacité de 3 millions de tonnes par an.
Le projet doit permettre au Nigeria de réduire fortement ses importations de carburants, d’alimenter plusieurs marchés africains et de soutenir la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Au-delà du raffinage, plusieurs pays ouest-africains travaillent également sur des infrastructures destinées à renforcer la sécurité énergétique de toute la région.
Le gazoduc Nigeria-Maroc, un corridor énergétique pour 13 pays africains.
Piloté conjointement par la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) et l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc, le projet de gazoduc Nigeria-Maroc figure parmi les infrastructures énergétiques les plus ambitieuses du continent.
Long de près de 6 000 kilomètres, il doit traverser 13 pays côtiers d’Afrique de l’Ouest avant de rejoindre le Maroc et, à terme, le réseau gazier européen. Le projet bénéficie du soutien de la CEDEAO, de la Banque islamique de développement et d’autres partenaires financiers.
Outre l’exportation de gaz, cette infrastructure doit améliorer l’accès à l’énergie dans plusieurs pays, soutenir l’industrialisation régionale et renforcer les échanges économiques. L’industrialisation passe également par une meilleure disponibilité de l’électricité. La Côte d’Ivoire investit ainsi dans de nouvelles capacités de production pour répondre à la demande régionale.
Le complexe gazier Baleine, un nouveau pôle énergétique pour la Côte d’Ivoire.
Découvert en 2021 et développé par Eni en partenariat avec Petroci Holding, le projet offshore Baleine est le plus important gisement d’hydrocarbures jamais découvert en Côte d’Ivoire.
Selon les estimations officielles, il renferme environ 2,5 milliards de barils de pétrole et 3 300 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Les différentes phases de développement doivent permettre d’accroître fortement la production ivoirienne de pétrole et de gaz, tout en alimentant les centrales électriques nationales et en soutenant les exportations.
Ce projet renforce la position de la Côte d’Ivoire comme acteur énergétique majeur en Afrique de l’Ouest. La transformation économique de la région ne repose toutefois pas uniquement sur les ressources naturelles. Elle s’appuie également sur le développement de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle.
Le West Africa Regional Digital Integration Program, les fondations de l’économie numérique.
Plusieurs pays de la CEDEAO participent au West Africa Regional Digital Integration Program (WARDIP), soutenu par la Banque mondiale. Ce programme finance le déploiement de réseaux à haut débit, l’interconnexion des infrastructures numériques, le développement de centres de données et l’amélioration des services numériques.
Ces investissements créent les conditions nécessaires au développement des plateformes d’intelligence artificielle, du cloud computing, des services financiers numériques et de l’administration électronique. Ils doivent également renforcer l’attractivité de la région pour les entreprises technologiques internationales.
Après les investissements miniers, pétroliers et numériques de l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est s’impose comme un laboratoire des grands projets énergétiques, logistiques et de transport, avec des infrastructures qui relient désormais plusieurs pays de la région.
Afrique de l’Est : les infrastructures qui renforcent l’intégration régionale et la transition énergétique.
L’Afrique de l’Est s’impose progressivement comme l’une des régions les plus dynamiques du continent en matière d’infrastructures. Barrages hydroélectriques, oléoducs, corridors de transport et ports en eau profonde mobilisent plusieurs dizaines de milliards de dollars. Ces projets sont conçus pour renforcer les échanges commerciaux, améliorer la sécurité énergétique et soutenir l’industrialisation de la région.
GERD, le barrage qui fait de l’Éthiopie une puissance énergétique.
Le Grand Ethiopian Renaissance Dam (GERD) est le plus grand projet hydroélectrique jamais réalisé en Afrique. Construit sur le Nil Bleu par le gouvernement éthiopien à travers Ethiopian Electric Power (EEP), il représente un investissement estimé à 4,2 milliards de dollars.
L’ouvrage dispose d’une capacité installée de 5 150 MW et d’un réservoir pouvant contenir environ 74 milliards de mètres cubes d’eau. Son financement a été assuré principalement par l’État éthiopien, avec une forte contribution nationale à travers des obligations publiques.
Le barrage doit permettre à l’Éthiopie de devenir l’un des principaux exportateurs d’électricité en Afrique. Des accords d’interconnexion électrique existent déjà avec le Soudan, Djibouti et le Kenya, tandis que d’autres pays de la région pourraient également bénéficier de cette énergie. Au-delà de la production électrique, le GERD renforce la position stratégique de l’Éthiopie dans le secteur énergétique africain.
L’amélioration de l’offre énergétique s’accompagne d’investissements destinés à faciliter le transport des ressources naturelles vers les marchés internationaux.
EACOP, l’oléoduc géant entre l’Ouganda et la Tanzanie.
Le East African Crude Oil Pipeline (EACOP) constitue l’un des plus importants projets pétroliers en développement sur le continent. Long de 1 443 kilomètres, il reliera les champs pétroliers du lac Albert, en Ouganda, au port de Tanga, en Tanzanie.
Le projet est porté par un consortium composé de TotalEnergies (62 %), China National Offshore Oil Corporation – CNOOC (8 %), Uganda National Oil Company (15 %) et Tanzania Petroleum Development Corporation (15 %).
L’investissement global dépasse 5 milliards de dollars. Une fois opérationnel, l’oléoduc permettra de transporter jusqu’à 246 000 barils de pétrole brut par jour, ouvrant à l’Ouganda l’accès aux marchés internationaux. Au-delà du secteur pétrolier, les États de la région investissent également dans des infrastructures destinées à transformer durablement les échanges commerciaux.
LAPSSET, le corridor qui ouvre une nouvelle porte commerciale à l’Afrique de l’Est.
Le programme LAPSSET (Lamu Port-South Sudan-Ethiopia Transport Corridor) est l’un des plus vastes projets d’infrastructures africains. Piloté par le gouvernement kényan, il associe également l’Éthiopie et le Soudan du Sud. Le projet comprend la construction d’un port en eau profonde à Lamu, de plus de 1 700 kilomètres de routes, de lignes ferroviaires, d’un oléoduc, d’aéroports et de zones économiques spéciales.
Estimé à plus de 24 milliards de dollars, LAPSSET doit réduire les coûts logistiques, désenclaver plusieurs régions et renforcer les échanges entre l’Afrique de l’Est et les marchés internationaux. Le développement des infrastructures portuaires est également au cœur des stratégies nationales de plusieurs pays de la région.
Le port de Bagamoyo, la nouvelle ambition maritime de la Tanzanie.
En Tanzanie, le projet du port en eau profonde de Bagamoyo ambitionne de faire du pays une plateforme logistique majeure sur la côte orientale africaine.
Développé avec l’appui de partenaires internationaux, notamment de Chine et d’Oman lors de son lancement, ce projet comprend un port moderne, une zone économique spéciale et des infrastructures ferroviaires et routières destinées à connecter plusieurs pays enclavés de la région. À terme, Bagamoyo devrait renforcer les capacités portuaires de l’Afrique de l’Est et accompagner la croissance des échanges commerciaux. Parallèlement aux infrastructures physiques, la région accélère également sa transition numérique pour attirer les investissements technologiques.
Les centres de données et l’intelligence artificielle, un nouveau moteur de croissance régionale.
L’Afrique de l’Est investit progressivement dans les infrastructures numériques afin d’accompagner le développement de l’intelligence artificielle. Le Kenya, considéré comme l’un des principaux hubs technologiques du continent, accueille des investissements de groupes internationaux tels que Microsoft, G42, Google et Equinix dans les centres de données, les services cloud et les plateformes d’IA.
Ces infrastructures doivent répondre à la demande croissante en capacité de calcul, en stockage des données et en services numériques pour les entreprises, les administrations et les start-up africaines. Elles renforcent également la position de Nairobi comme pôle régional de l’innovation.
Si l’Afrique de l’Est accélère sa transformation grâce aux infrastructures énergétiques, pétrolières et numériques, l’Afrique du Nord mise sur les énergies renouvelables, le nucléaire, l’hydrogène vert et les technologies de pointe pour consolider son rôle de passerelle entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient
Afrique du Nord : l’énergie propre, le nucléaire, l’hydrogène vert et l’intelligence artificielle au cœur d’une nouvelle stratégie industrielle.
Située à la croisée de l’Afrique, de l’Europe et du Moyen-Orient, l’Afrique du Nord concentre plusieurs projets d’envergure internationale dans les domaines de l’énergie, des infrastructures, du numérique et de l’intelligence artificielle. Portés par les gouvernements, des investisseurs internationaux et des institutions financières, ces projets visent à faire de la région un hub énergétique et technologique.
Noor Ouarzazate, le plus grand complexe solaire à concentration d’Afrique.
Au Maroc, le complexe solaire Noor Ouarzazate constitue l’un des plus grands projets d’énergie renouvelable du continent. Développé par l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN), il bénéficie du soutien financier de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement (BAD), de la Banque européenne d’investissement (BEI), de KfW (Allemagne), de l’Agence française de développement (AFD) et de plusieurs autres bailleurs internationaux.
Le complexe représente un investissement de plus de 2,5 milliards de dollars. Il est composé de quatre centrales (Noor I, II, III et IV) totalisant une capacité installée d’environ 580 MW. Grâce à son système de stockage thermique, il peut continuer à produire de l’électricité plusieurs heures après le coucher du soleil.
Selon les autorités marocaines, ce projet contribue à la stratégie nationale visant à porter la part des énergies renouvelables à plus de 52 % de la capacité électrique installée. Il permet également de réduire les émissions de CO₂ de plusieurs centaines de milliers de tonnes par an. En complément des énergies renouvelables, l’Égypte investit dans le nucléaire afin de sécuriser son approvisionnement énergétique à long terme.
El Dabaa, la première centrale nucléaire d’Égypte.
Le projet El Dabaa, situé sur la côte méditerranéenne, constitue la première centrale nucléaire égyptienne. Il est développé par l’Autorité des centrales nucléaires d’Égypte (NPPA) avec le groupe russe Rosatom, principal maître d’œuvre du projet.
Le financement repose sur un prêt russe couvrant environ 85 % du coût estimé à 30 milliards de dollars, tandis que le gouvernement égyptien finance le reste. La centrale comprendra quatre réacteurs nucléaires VVER-1200 d’une puissance de 1 200 MW chacun, soit une capacité totale de 4 800 MW.
Selon les autorités égyptiennes, ce projet permettra de diversifier le mix énergétique national, de réduire la dépendance aux hydrocarbures et de soutenir le développement industriel du pays. Au-delà de l’électricité, l’Afrique du Nord ambitionne également de devenir un fournisseur mondial d’hydrogène vert.
L’hydrogène vert, un nouveau marché stratégique pour le Maroc et l’Égypte.
Le Maroc et l’Égypte figurent parmi les pays africains les plus avancés dans le développement de la filière de l’hydrogène vert.
Au Maroc, plusieurs accords ont été signés entre le gouvernement, MASEN, l’OCP Group et des investisseurs internationaux pour développer des projets destinés à produire de l’hydrogène et de l’ammoniac verts à partir de l’énergie solaire et éolienne.
En Égypte, la Zone économique du Canal de Suez (SCZone) a conclu des accords représentant plus de 40 milliards de dollars d’investissements potentiels avec plusieurs entreprises internationales, dont Scatec, Fortescue Future Industries, EDF Renewables, Masdar et Globeleq. Ces projets visent principalement les marchés européens à la recherche d’énergies décarbonées. La transition énergétique s’accompagne également d’une accélération des investissements dans les infrastructures numériques et l’intelligence artificielle.
Les centres de données et l’intelligence artificielle, une nouvelle priorité régionale
L’Afrique du Nord accélère ses investissements dans les infrastructures numériques afin d’accompagner le développement de l’intelligence artificielle. Au Maroc, le gouvernement développe la stratégie Maroc Digital 2030, tandis que plusieurs opérateurs investissent dans de nouveaux centres de données.
En Égypte, Microsoft, Google, Oracle, Amazon Web Services (AWS), Huawei et Telecom Egypt renforcent leurs infrastructures cloud et leurs plateformes numériques pour accompagner les administrations, les entreprises et les start-up spécialisées dans l’IA.
Ces investissements visent à faire de l’Afrique du Nord une plateforme régionale pour les services numériques, le cloud computing, le calcul intensif et l’intelligence artificielle. Au-delà du numérique, les infrastructures de transport restent un levier essentiel pour renforcer les échanges entre l’Afrique et les marchés internationaux.
Le port de Tanger Med, la porte d’entrée commerciale de l’Afrique
Au Maroc, Tanger Med est devenu le premier port à conteneurs d’Afrique et de Méditerranée. Développé par Tanger Med Port Authority, avec l’appui de partenaires financiers internationaux, le complexe dispose d’une capacité de traitement de plus de 9 millions de conteneurs EVP par an.
Le port accueille plus de 1 400 entreprises installées dans les zones industrielles environnantes, représentant des investissements de plusieurs milliards de dollars dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, de la logistique et du textile.
Grâce à ses connexions avec plus de 180 ports dans le monde, Tanger Med constitue aujourd’hui l’une des principales plateformes logistiques reliant l’Afrique aux marchés européens, américains et asiatiques. Après l’Afrique du Nord, le dossier se poursuivra avec l’Afrique australe, où les grands projets miniers, gaziers, logistiques et numériques confirment la place stratégique de cette sous-région dans les chaînes de valeur mondiales.
Afrique australe : les grands projets qui renforcent la place de la sous-région dans les chaînes de valeur mondiales.
Riche en ressources minières, gazières et énergétiques, l’Afrique australe poursuit sa transformation économique à travers plusieurs projets de dimension internationale. Des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars sont engagés dans le gaz naturel liquéfié (GNL), les corridors logistiques, les mines, l’hydrogène vert et les infrastructures énergétiques. Portés par les gouvernements, les grandes multinationales et les institutions financières, ces projets devraient renforcer la compétitivité de la sous-région et accroître son intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
Mozambique LNG, l’un des plus grands projets gaziers du continent
Au Mozambique, le projet Mozambique LNG, développé sur le site d’Afungi dans la province de Cabo Delgado, constitue l’un des plus importants investissements énergétiques jamais réalisés en Afrique. Le projet est porté par TotalEnergies, opérateur principal, en partenariat avec Mitsui & Co., Mozambique Rovuma Venture, Bharat Petroleum, PTTEP, ONGC Videsh, Oil India Limited et la compagnie nationale Empresa Nacional de Hidrocarbonetos (ENH).
L’investissement est estimé à plus de 20 milliards de dollars. Le complexe prévoit une capacité de production d’environ 13,1 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an.
Le financement mobilise plusieurs institutions internationales, dont Afreximbank, la Banque africaine de développement (BAD), la Japan Bank for International Cooperation (JBIC), UK Export Finance, SACE (Italie), Export Finance Australia, NEXI (Japon) ainsi que plusieurs banques commerciales internationales.
Une fois pleinement opérationnel, le projet devrait générer des milliers d’emplois, accroître fortement les recettes d’exportation du Mozambique et faire du pays l’un des principaux exportateurs africains de GNL. Au-delà du gaz, l’Afrique australe demeure l’une des principales régions minières du monde.
Venetia Underground, l’avenir de la production diamantifère sud-africaine
En Afrique du Sud, De Beers, filiale du groupe Anglo American, développe le projet Venetia Underground, destiné à prolonger l’exploitation de la plus importante mine de diamants du pays. L’investissement dépasse 2 milliards de dollars. Le projet consiste à transformer une exploitation à ciel ouvert en mine souterraine de haute technologie afin de maintenir la production pendant plusieurs décennies.
Selon De Beers, Venetia représente près de 40 % de la production sud-africaine de diamants. Le projet garantit plusieurs milliers d’emplois directs et indirects tout en consolidant la position de l’Afrique du Sud parmi les principaux producteurs mondiaux de diamants. L’exploitation minière nécessite toutefois des infrastructures logistiques performantes afin d’acheminer les minerais vers les marchés internationaux.
Le corridor Sishen-Saldanha, une artère stratégique pour les exportations minières
Le corridor ferroviaire reliant les mines de Sishen au port de Saldanha Bay, en Afrique du Sud, constitue l’un des principaux axes logistiques du continent. L’infrastructure est exploitée par Transnet Freight Rail, tandis que les principaux utilisateurs sont Kumba Iron Ore, filiale d’Anglo American, ainsi que plusieurs sociétés minières sud-africaines.
Long d’environ 860 kilomètres, ce corridor permet l’exportation de dizaines de millions de tonnes de minerai de fer chaque année vers l’Europe, la Chine et d’autres marchés internationaux. Le gouvernement sud-africain poursuit les investissements destinés à moderniser les infrastructures ferroviaires, améliorer les capacités portuaires et renforcer la compétitivité des exportations minières. Parallèlement aux ressources minières, plusieurs pays de la sous-région investissent désormais dans les énergies propres.
Hyphen Hydrogen Energy, la Namibie veut devenir un leader mondial de l’hydrogène vert
La Namibie développe l’un des projets d’hydrogène vert les plus ambitieux du continent avec Hyphen Hydrogen Energy. Le projet est porté par Hyphen Hydrogen Energy, coentreprise réunissant Nicholas Holdings et ENERTRAG, en partenariat avec le gouvernement namibien.
Prévu dans la région du parc national de Tsau //Khaeb, il représente un investissement pouvant dépasser 10 milliards de dollars sur plusieurs phases. Le projet prévoit la construction de centrales solaires et éoliennes, d’unités de dessalement, d’électrolyseurs destinés à produire de l’hydrogène vert ainsi que des installations portuaires pour l’exportation vers l’Europe et l’Asie.
Selon les autorités namibiennes, cette initiative devrait créer plusieurs milliers d’emplois, attirer de nouveaux investisseurs industriels et positionner le pays parmi les futurs leaders mondiaux des énergies décarbonées. La transition énergétique s’accompagne également d’investissements destinés à renforcer la sécurité énergétique régionale.
Mmamabula Energy Project, le Botswana renforce sa capacité énergétique
Au Botswana, le Mmamabula Energy Project figure parmi les principaux investissements destinés à accroître la production d’électricité du pays. Développé par Jindal Africa en partenariat avec le gouvernement botswanais, le projet repose sur la valorisation des importantes réserves nationales de charbon afin d’alimenter le réseau électrique domestique et les marchés régionaux.
Le programme prévoit la construction d’une centrale électrique de grande capacité, associée au développement des infrastructures minières nécessaires à son approvisionnement. Au-delà de la satisfaction de la demande intérieure, le Botswana ambitionne d’exporter une partie de sa production vers les pays membres de la Southern African Power Pool (SAPP), contribuant ainsi à renforcer la sécurité énergétique de l’Afrique australe.
Des barrages géants aux corridors logistiques, des mines de classe mondiale aux complexes industriels, des infrastructures numériques aux projets d’hydrogène vert, les 25 projets présentés dans ce dossier illustrent l’accélération de la transformation économique du continent africain.
Leur point commun réside dans leur capacité à dépasser les frontières nationales. Ils favorisent l’intégration régionale, soutiennent la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), stimulent l’industrialisation locale, renforcent les capacités énergétiques et accélèrent la transition numérique.
Portés par les États africains, les institutions financières internationales, les banques de développement et les grands groupes privés, ces investissements représentent plusieurs centaines de milliards de dollars. Ils témoignent de l’émergence d’une Afrique qui ne se limite plus à l’exportation de matières premières, mais qui cherche désormais à créer davantage de valeur ajoutée sur son territoire, à développer ses infrastructures stratégiques et à s’imposer comme un acteur incontournable de l’économie mondiale.

