Le cacao ivoirien entre dans une nouvelle phase après une période exceptionnelle sur les marchés. Pour la campagne principale 2025-2026, le prix minimum garanti avait été fixé à 2 800 FCFA le kilogramme, un niveau historique qui avait ensuite été ramené à 1 200 FCFA/kg pour la campagne intermédiaire face au retournement des cours internationaux. Le 1er septembre 2026, à Abidjan, le gouvernement a reconduit ce niveau pour la campagne principale 2026-2027.
Cette évolution intervient après une forte correction du marché mondial. Le cours du cacao, qui avait atteint près de 13 000 dollars la tonne en décembre 2024, est tombé sous 3 000 dollars au début de 2026, avant de remonter progressivement. Le marché s’est ensuite établi à plus de 6 500 dollars la tonne fin août 2026, restant toutefois loin de son précédent sommet.
La Côte d’Ivoire doit ainsi gérer une filière exposée aux fluctuations des cours mondiaux tout en conservant une production de grande ampleur. Le pays a produit 1 658 145 tonnes de cacao en 2024. Dans le même temps, les autorités veulent augmenter la part de la production transformée localement, avec un objectif de 60 % à l’horizon 2030 contre 41 % actuellement.
La fixation du prix à 1 200 FCFA/kg marque donc non seulement le début d’une nouvelle campagne, mais aussi une étape dans la réorganisation d’une filière appelée à développer davantage ses activités en aval de la production.
Un marché mondial qui impose une nouvelle équation
Le prix bord champ ivoirien est directement lié au système de commercialisation organisé par le Conseil du Café-Cacao. Pour la campagne 2026-2027, l’organisme a confirmé un prix minimum garanti de 1 200 FCFA/kg et publié, pour sa deuxième session du 1er septembre, des prix de mise à marché allant de 3 689 FCFA/kg pour octobre-décembre 2026 à 3 519 FCFA/kg pour octobre-décembre 2027. Ces prix de mise à marché ne doivent pas être confondus avec le prix minimum garanti payé au producteur.
Le mécanisme repose notamment sur les ventes anticipées. La baisse rapide des cours internationaux a réduit les marges de manœuvre pour la fixation du prix bord champ.
Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a expliqué cette situation lors du lancement de la campagne :
« La cause principale de cette difficulté est l’effondrement du prix international du cacao, qui est passé d’environ 13 000 dollars US la tonne à moins de 3 000 dollars, et cela en quelques mois. Et quelle que soit l’industrie, quelle que soit l’économie que vous gérez, un tel effondrement laisse des traces, et nous le comprenons. Il a fallu prendre rapidement des décisions difficiles, et il a fallu notamment fixer le prix de la campagne intermédiaire rapidement à 1 200 francs le kilo. »
Le retournement est important lorsqu’on compare les deux campagnes. Le prix principal de 2 800 FCFA/kg avait été annoncé pour 2025-2026, soit un niveau inédit pour une grande campagne. En mars 2026, le gouvernement avait ensuite fixé le prix de la campagne intermédiaire à 1 200 FCFA/kg. Ce même niveau est désormais maintenu pour la campagne principale 2026-2027.
Plus de valeur à créer autour d’une production de masse
La Côte d’Ivoire dispose d’une base agricole suffisamment importante pour soutenir le développement d’activités industrielles autour du cacao. Le ministère de l’Agriculture indique que le secteur agricole représente 17 % du PIB, 40 % des exportations et 40 % de l’emploi national. La Côte d’Ivoire conserve par ailleurs son rang de premier producteur mondial de cacao.
Le niveau de transformation constitue désormais l’un des principaux indicateurs de la stratégie de la filière. Selon les données du ministère, 41 % du cacao est actuellement transformé localement, avec une cible de 60 % à l’horizon 2030.
Cette progression suppose l’extension des capacités existantes et la création de nouvelles activités : transformation de la fève, production de produits semi-finis, fabrication de chocolat, conditionnement, stockage, équipements industriels et logistique.
Le développement de ces activités constitue également une réponse à la volatilité du marché. Plus la fève est transformée localement, plus la chaîne de valeur comprend des activités industrielles distinctes de la simple commercialisation de la matière première.
Le Conseil du Café-Cacao appelle les jeunes vers la production et la transformation
Le développement de cette chaîne de valeur nécessite également de nouveaux opérateurs. Le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Yves Brahima Koné, insiste sur le potentiel de la filière et sur la nécessité d’attirer les jeunes dans les différents métiers du cacao.
« Le potentiel est énorme dans le secteur du cacao. Nous appelons les jeunes à s’investir massivement dans la production, dans la transformation primaire et dans la chocolaterie. Les jeunes pourront compter sur le soutien du Conseil du Café-Cacao, qui dispose des moyens aussi bien pour la cacaoculture, la transformation primaire et la chocolaterie. »
Cette orientation élargit les possibilités d’activité autour de la filière. La production cacaoyère, la transformation primaire et la fabrication de produits finis constituent trois niveaux distincts de la chaîne de valeur, avec des besoins différents en foncier, équipements, financement, compétences et débouchés commerciaux.
Elle intervient alors que les autorités cherchent à porter la transformation locale à 60 % d’ici 2030. Elle élargit donc les possibilités de développement au-delà de la production de fèves et de leur commercialisation.
Le Conseil du Café-Cacao renforce la traçabilité du marché
L’autre évolution concerne la formalisation de la commercialisation. Le Conseil du Café-Cacao a engagé une nouvelle étape avec le système national de traçabilité. Le dispositif repose notamment sur la carte du producteur, le terminal de paiement électronique et les scellés de traçabilité apposés sur les sacs.
L’objectif est de suivre le produit depuis la parcelle jusqu’au port d’exportation, de sécuriser le paiement et de renforcer la transparence des transactions.
Cette évolution concerne directement les entreprises opérant dans la chaîne de commercialisation. La traçabilité devient une composante du marché au même titre que la collecte, le stockage, le transport et la transformation.
La prochaine bataille se joue dans les équipements et les unités industrielles
La nouvelle campagne ne se résume donc pas à la différence entre 2 800 et 1 200 FCFA/kg. Elle intervient alors que la Côte d’Ivoire cherche à augmenter la part de la valeur captée avant l’exportation.
Le ministère de l’Agriculture a identifié plusieurs priorités pour la transformation du secteur, notamment la compétitivité des filières, le financement agricole, la sécurisation du foncier rural et la durabilité des systèmes de production.
Les besoins concernent les équipements de production, la mécanisation des exploitations, les infrastructures de stockage, les solutions de transport, les technologies de traçabilité, la transformation primaire et les unités capables de convertir la matière première en produits à plus forte valeur ajoutée.
Les JNCC 2026 ont par ailleurs été placées sous le thème « Jeunesse et cacaoculture du futur », avec un appel à une implication accrue des jeunes dans la production, la transformation primaire et la chocolaterie.
Une filière de plus d’un million de tonnes à industrialiser davantage
L’enjeu industriel est proportionnel aux volumes disponibles. La Côte d’Ivoire a produit 1 658 145 tonnes de cacao en 2024, selon les données publiées par le ministère de l’Agriculture.
À cette échelle, une augmentation du taux de transformation locale de 41 % à 60 % d’ici 2030 signifie qu’une part beaucoup plus importante de cette matière première devra être traitée sur le territoire ivoirien.
Le développement des capacités industrielles devient ainsi lié à la capacité de la filière à absorber, transformer et commercialiser cette production. Les segments concernés vont de la transformation primaire à la chocolaterie, en passant par les équipements, le stockage, la logistique et la traçabilité.
Le passage de 2 800 à 1 200 FCFA/kg entre le prix initial de la campagne principale 2025-2026 et celui retenu pour 2026-2027 traduit l’ampleur du retournement du marché international du cacao. Après avoir atteint près de 13 000 dollars la tonne, le cours est tombé sous les 3 000 dollars avant de remonter au-dessus de 6 500 dollars fin août 2026. Cette volatilité reste donc un facteur déterminant pour l’économie de la filière.
Avec une production de 1,658 million de tonnes en 2024, la Côte d’Ivoire dispose néanmoins d’une base importante pour développer les activités situées après la production. L’objectif de porter la transformation locale de 41 % à 60 % d’ici 2030 crée des besoins supplémentaires en capacités industrielles, équipements, mécanisation, stockage, logistique, traçabilité et chocolaterie.
La nouvelle campagne s’inscrit ainsi dans une double évolution : adapter la commercialisation du cacao aux nouvelles conditions internationales et augmenter la part de valeur créée localement. C’est sur cette chaîne de valeur élargie, de la production à la transformation des fèves en produits finis, que se concentrent désormais plusieurs besoins de financement et de développement.

