Les investisseurs continuent de réclamer des rendements élevés pour financer le Sénégal. C’est ce qui ressort des courbes de taux publiées au 17 juillet 2026, lesquelles définissent les conditions auxquelles les États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) peuvent se financer sur le marché régional des titres publics. Pour le Sénégal, la courbe présente une configuration particulière. Les taux augmentent progressivement sur les maturités courtes avant d’atteindre un sommet sur les échéances intermédiaires, puis diminuent sur les maturités longues. Le rendement ressort ainsi à 6,58 % à un mois, franchit 7,22 % à un an, dépasse 8 % entre quatre et cinq ans, avec un pic de 8,31 % à cinq ans, avant de retomber progressivement jusqu’à 5,73 % à 15 ans.
Le rendement ressort ainsi à 6,58 % à un mois, franchit 7,22 % à un an
Cette forme en « cloche » traduit généralement une forte exigence de rémunération des investisseurs sur le moyen terme, période où les incertitudes sont jugées les plus importantes. En revanche, la baisse des taux sur les longues maturités laisse penser que le marché anticipe un retour progressif à une situation plus stable à long terme. Cette courbe reste toutefois marquée par des niveaux de taux élevés comparativement à plusieurs autres signatures de l’Union. Elle reflète la prudence persistante des investisseurs après la réévaluation de la dette publique sénégalaise et la découverte des engagements non retracés sur la période 2019-2024. Malgré les efforts de transparence budgétaire, de réconciliation des données de dette et la reprise du dialogue avec le FMI, la prime de risque appliquée au Sénégal demeure importante.
Le Bénin et la Côte d’Ivoire confortent leur statut de références
La comparaison des huit États de l’Union montre que le Bénin et la Côte d’Ivoire continuent de bénéficier des meilleures conditions de financement. Leurs courbes affichent des rendements globalement plus faibles et plus réguliers, témoignant de la confiance accordée par les investisseurs à ces deux signatures souveraines. À l’opposé, le Mali, le Burkina Faso et, dans une moindre mesure, le Niger présentent des niveaux de rendement plus élevés sur plusieurs maturités, conséquence d’un environnement économique et sécuritaire plus incertain qui pousse les investisseurs à exiger une rémunération supplémentaire. La Guinée-Bissau et le Togo se situent dans une position intermédiaire, avec des courbes relativement stables mais supérieures à celles observées pour le Bénin et la Côte d’Ivoire.
Le Mali, le Burkina Faso et, dans une moindre mesure, le Niger présentent des niveaux de rendement plus élevés sur plusieurs maturité
Il faut préciser que les courbes de taux constituent un véritable baromètre de la confiance des marchés. Plus les investisseurs perçoivent un risque élevé sur un État, plus ils exigent des rendements importants pour lui prêter. À l’inverse, une courbe plus basse traduit une confiance accrue dans la capacité de remboursement de l’émetteur. Dans le cas du Sénégal, les données au 17 juillet montrent que si les investisseurs semblent croire à une amélioration progressive de la situation sur le long terme, ils continuent de demander une rémunération élevée sur les échéances intermédiaires.
Cela signifie que les effets des réformes budgétaires et des mesures de redressement des finances publiques ne sont pas encore pleinement intégrés par le marché. Les prochaines émissions de titres publics permettront de vérifier si cette perception évolue à mesure que le pays poursuit l’assainissement de ses finances publiques et le renforcement de la transparence dans la gestion de la dette.


