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Sénégal : une cargaison de 9700 tonnes de fer à béton importé menace l’écoulement de la production locale

L’importateur négocierait avec les autorités publiques la possibilité d’une vente sous douane, facilité lui permettant de différer le paiement des taxes règlementaires.

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Nos sources sont formelles : une cargaison de fer à béton de 9700 tonnes est en cours de déchargement au port de Dakar depuis quelques jours. Ce matériau de construction qu’un importateur local, spécialisé dans le commerce de gros et le transport des produits pétroliers se prépare à verser sur le marché sénégalais, a été livrée par Posco International. Cette entreprise est une filiale du groupe Posco, géant de la sidérurgie basé en Corée du Sud et faisant partie des plus grands producteurs d’acier au monde.

D’après nos sources, l’importateur de cette cargaison de fer à béton aurait enclenché des négociations avec des autorités sénégalaises pour obtenir de vendre sa marchandise sous douane. Cette facilité accordée aux importateurs leur épargne le paiement immédiat des droits de douane et de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à l’importation. Selon le mécanisme, toutes ces taxes ne sont généralement acquittées qu’au moment de la vente de la marchandise jusque-là stockée dans un entrepôt sous contrôle de l’administration douanière.

Cette opération d’importation d’une cargaison de fer à béton de 9700 tonnes depuis la Corée du Sud traduit tout le paradoxe du marché du fer à béton au Sénégal : un pays doté d’unités de production totalisant des capacités qui dépassent la demande nationale, mais qui encourage les importations grâce à des facilités douanières. En effet, d’après des notes d’analyse du marché, Fabrimetal, Someta et Metalsen, qui sont les principaux producteurs du fer à béton au Sénégal, disposent de capacités installées cumulées de 1,1 million de tonnes par an, pour une demande nationale officiellement estimée à environ 600 000 tonnes.

Malgré cette surcapacité de production, le Sénégal continue d’importer le fer à béton, contraignant les producteurs locaux à faire tourner leurs usines au ralenti face à la concurrence des produits importés low cost. En 2024, par exemple, les chiffres disponibles révèlent que ces producteurs n’ont commercialisé que 259 000 tonnes de fer à béton. Ce volume représente 22% de leurs capacités de production, soit un peu plus de 1/3 du taux d’utilisation mondial des usines estimé à 70%.

Le tournant de l’année 2025

La menace que font peser les importations sur l’industrie sidérurgique au Sénégal est devenue encore plus prégnante ces derniers mois. Pour deux raisons principales : la baisse des cours mondiaux de l’acier sous l’effet de l’explosion de l’offre chinoise sur le marché international, et la politique douanière incitative du gouvernement sénégalais. Les effets combinés de ces deux réalités ont conduit au renforcement de la compétitivité du prix du fer à béton importé sur le marché sénégalais, au détriment du produit fabriqué localement.

« Jusqu’en 2024, le prix du fer FE500 produit localement était inférieur au prix du FE500 importé. En 2025, la tendance s’inverse et le produit importé devient plus compétitif. En septembre 2025, l’écart de prix entre le fer à béton local et le fer importé atteint entre 54 323 à 51 254 FCFA par tonne selon la matière première utilisée (ferraille ou lingots de fer), principalement en raison de la baisse des cours internationaux tirée par le marché chinois. Cette évolution a contribué à réduire le coût d’achat des importateurs », explique une note d’analyse du marché sénégalais du fer à béton.

Le marché local a donc connu un véritable tournant en 2025. Pas seulement à cause de la chute des cours mondiaux de l’acier qui ont induit la compétitivité des importations, mais aussi du fait d’une décision plutôt curieuse prise par le gouvernement sénégalais : le remplacement de la valeur de référence par la valeur transactionnelle pour le dédouanement du fer à béton importé.

Sénégal : une cargaison de 9700 tonnes de fer à béton importé menace l’écoulement de la production locale

La nécessité de sauvegarder l’industrie locale

En effet, jusqu’en 2024, la régulation des importations du fer à béton au Sénégal reposait sur des valeurs de référence douanière sensées décourager les importateurs. Mais depuis l’année 2025, les pouvoirs publics sénégalais ont fait sauter le verrou de la valeur de référence au profit de la valeur transactionnelle, dont l’application peut automatiquement réduire le coût d’entrée des importations pour peu que la conjoncture internationale autour des prix soit favorable. Une telle mesure a pour conséquence de pénaliser l’attractivité du fer à béton local, dans un contexte de forte baisse des prix des importations, comme c’est le cas actuellement sur le marché international.

En prenant une telle décision, le Sénégal rame à contre-courant d’autres pays africains et occidentaux, qui ont plutôt mis en œuvre des mesures de sauvegarde de l’industrie sidérurgique locale face à la montée en puissance des exportations chinoises low cost. « L’arrivée massive de produits à bas prix sur le marché mondial a entraîné une réaction rapide des gouvernements : 81 enquêtes antidumping ont été ouvertes par 19 pays en 2024, soit une multiplication par cinq par rapport à 2023. Près de 80% de ces procédures visaient des producteurs asiatiques, dont la Chine représente plus d’un tiers. Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, l’Union européenne, le Canada et l’Afrique du Sud ont adopté des mesures générales pour protéger leur industrie sidérurgique », fait remarquer un analyste des marchés des produits miniers.

Cependant, malgré le retard qu’il accuse dans la protection de son industrie de transformation de l’acier, Dakar dispose encore de marges de manœuvres étendues pour se rattraper. Pour ce faire, plusieurs options s’offrent au pays : l’ajustement de la fiscalité à travers l’instauration de taxes additionnelles et/ou le relèvement du droit de douane et de la TVA sur le fer à béton actuellement fixés à 20% et 18% respectivement, la limitation des importations de ce matériau de construction par l’instauration d’un quota, ou encore l’activation du levier non tarifaire par l’introduction des normes nationales obligatoires et plus rigides sur le fer à béton.

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