Fer, phosphate, or : le Sénégal veut transformer localement ses ressources minières

Le Sénégal veut changer de paradigme dans son secteur minier. Réuni avec la presse à Diamniadio le 27 juillet 2026, le ministre des Mines et de la Géologie, Cheikh Oumar Seck, a décliné une nouvelle feuille de route qui ambitionne de faire des ressources minières non plus une simple rente d’exportation, mais un véritable levier d’industrialisation, de souveraineté économique et de développement local.

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Cheikh Oumar Seck, Ministre des Mines et de la Géologie

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La stratégie repose sur trois axes : la transformation et la valorisation des ressources, le développement de projets catalytiques et la modernisation de l’administration minière. Une orientation qui traduit la volonté de l’État sénégalais de sortir du modèle extractif pur pour davantage capter la valeur créée par son sous-sol.

Du minerai à l’acier : le pari de l’industrialisation

Le premier chantier concerne la transformation locale des ressources. Le fer occupe une place centrale dans cette nouvelle vision. Dakar veut passer de l’extraction et de l’exportation du minerai à la production d’acier directement sur le territoire national. L’ambition est donc de construire une véritable industrie sidérurgique sénégalaise, capable de transformer la ressource en produits à plus forte valeur ajoutée. Une stratégie qui nécessite toutefois des infrastructures adaptées.

C’est tout l’enjeu du deuxième axe consacré aux projets catalytiques, qui associent exploitation minière, industrie et infrastructures. Le gouvernement prévoit notamment la réhabilitation de la ligne ferroviaire Dakar-Tambacounda, ainsi que la création d’une nouvelle liaison de 240 kilomètres vers Kédougou, région stratégique du Sénégal oriental où se trouvent notamment les gisements de fer. L’idée est de créer un écosystème industriel autour de la ressource : extraire, transporter, transformer et commercialiser au Sénégal.

Le phosphate au service de la souveraineté alimentaire

La même logique doit s’appliquer au phosphate. À Matam, le Sénégal dispose de réserves estimées à 130 millions de tonnes. Plutôt que de privilégier l’exportation de la matière première, le gouvernement veut développer sa transformation locale en engrais. L’objectif dépasse donc le seul secteur minier. En développant une industrie des fertilisants, Dakar entend contribuer à réduire sa dépendance aux importations d’intrants agricoles et renforcer sa souveraineté alimentaire.

À terme, cette stratégie vise même à positionner le Sénégal comme un fournisseur d’engrais pour le marché africain. Le phosphate devient ainsi un maillon potentiel d’une chaîne de valeur reliant mines, industrie chimique et agriculture.

L’État veut reprendre davantage le contrôle de son sous-sol

Autre rupture annoncée : le renforcement de la participation de l’État dans les projets miniers futurs. Dakar estime ne plus vouloir se limiter à une participation de 10 % dans les projets. L’objectif affiché est de pouvoir atteindre 25 %, afin d’accroître les revenus tirés directement de l’exploitation des ressources.

Cette montée en puissance doit notamment s’appuyer sur SOMISEN, la société minière nationale, appelée à détenir ses propres titres d’exploitation. En parallèle, l’État lance une vaste cartographie géologique destinée à mieux connaître le potentiel du sous-sol sénégalais. L’enjeu est stratégique : disposer d’une meilleure connaissance des ressources permettrait de réduire les risques liés à l’exploration et, par conséquent, de renforcer la capacité de négociation de l’État face aux investisseurs et aux compagnies minières.

Une place plus importante pour les entrepreneurs sénégalais

La réforme prévoit également de renforcer le contenu national du secteur minier. L’exploitation semi-mécanisée, la petite mine et l’exploitation artisanale doivent désormais être réservées exclusivement aux Sénégalais. Le gouvernement entend ainsi favoriser l’émergence d’un secteur privé minier national capable de prendre davantage part à la chaîne de valeur.

Pour accompagner ces opérateurs, un partenariat avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC) est en cours de finalisation, tandis que SOMISEN devrait également jouer un rôle dans la structuration de ces acteurs. L’objectif est de faire émerger un tissu entrepreneurial local autour de l’exploitation, mais aussi des services, de la transformation et des activités connexes au secteur minier.

Or : cap sur la traçabilité et la transformation locale

L’or constitue un autre volet majeur de la réforme. Avec une production annoncée à environ 40 tonnes par an, le Sénégal veut mieux contrôler la circulation de cette ressource et réduire les pertes de valeur liées aux circuits informels. Le gouvernement prévoit ainsi la création de comptoirs d’achat nationaux, d’une raffinerie d’or et de couloirs d’orpaillage.

La logique est double : sécuriser et tracer davantage la production, tout en permettant au pays de conserver une plus grande partie de la valeur générée par son or. La mise en place d’une capacité nationale de raffinage permettrait notamment de franchir une étape supplémentaire dans la transformation locale de la ressource.

Nouveau Code minier et administration entièrement digitalisée

Cette transformation économique doit être accompagnée d’une réforme institutionnelle. Un nouveau Code minier doit prochainement être soumis au Parlement. Il devrait notamment intégrer des dispositions relatives à la réhabilitation des sites miniers et aux Fonds de développement local.

Le gouvernement veut également moderniser en profondeur l’administration minière. Les procédures doivent être entièrement digitalisées à travers la création d’un guichet unique, avec des demandes de permis et le paiement des redevances effectués en ligne. L’enjeu est de réduire les délais administratifs, améliorer la transparence et faciliter les relations entre l’administration, les investisseurs et les opérateurs du secteur.

L’environnement et l’acceptabilité sociale au cœur de la réforme

La nouvelle politique minière ne se limite cependant pas aux questions industrielles et financières. Le gouvernement veut également renforcer la dimension environnementale et sociale de l’exploitation. La pollution des cours d’eau constitue notamment un enjeu régional. Dakar prévoit ainsi, avec le Mali et la Guinée, une réglementation commune destinée à harmoniser la surveillance des cours d’eau transfrontaliers. Cette réglementation est annoncée pour le mois d’août.

Mais au-delà de la protection environnementale, le gouvernement insiste sur la nécessité d’obtenir une véritable acceptabilité sociale des projets miniers. Pour le ministre Cheikh Oumar Seck, l’exploitation des ressources doit s’accompagner d’un développement local suffisamment visible pour les populations riveraines. Les retombées économiques, la réhabilitation des sites et le financement du développement local deviennent donc des composantes essentielles du nouveau modèle.

Du sous-sol à la chaîne de valeur

À travers cette feuille de route, le Sénégal cherche finalement à répondre à une problématique qui dépasse son propre territoire : comment transformer une richesse minière en véritable développement économique ? La réponse de Dakar repose désormais sur plusieurs leviers : augmenter la participation publique, favoriser les entrepreneurs nationaux, transformer les matières premières sur place, développer les infrastructures, renforcer la connaissance géologique du territoire et moderniser la gouvernance du secteur.

Le pari est considérable. Passer d’une économie d’extraction à une économie de transformation suppose des investissements industriels importants, des infrastructures adaptées, des compétences techniques et une gouvernance capable d’assurer la transparence et la redistribution des retombées. Mais l’orientation est clairement affichée : le Sénégal ne veut plus seulement exporter son minerai ; il veut produire de l’acier, des engrais, raffiner son or et développer autour de ses ressources une industrie capable de créer davantage de valeur sur son territoire. Une stratégie qui pourrait progressivement repositionner le secteur minier comme l’un des moteurs de l’industrialisation sénégalaise et, plus largement, de son ambition de souveraineté économique.

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