Le temps de la préparation institutionnelle doit désormais laisser place à celui de l’action. C’est le principal enjeu du Séminaire régional de renforcement des capacités des Comités nationaux de mise en œuvre de la ZLECAf, organisé par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) du 4 au 7 août 2026 à Yaoundé. La rencontre est intervenue alors que la Zone de libre-échange continentale africaine entre dans une phase où la question centrale n’est plus celle de l’adhésion ou de la ratification, mais de la capacité des États à appliquer effectivement les dispositions de l’Accord.
Avec plus de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB combiné estimé à près de 3 400 milliards de dollars, la ZLECAf représente l’un des plus importants marchés intégrés au monde en nombre de pays participants. Pour les économies africaines, elle doit favoriser la réduction des barrières commerciales, l’augmentation des échanges intra-africains et le développement de chaînes de valeur régionales. Mais le potentiel reste encore largement inexploité, particulièrement en Afrique centrale où les échanges intra-régionaux demeurent faibles.
Le Cameroun face au défi de l’exportation
Les chiffres du commerce extérieur illustrent l’ampleur du défi pour le Cameroun. En 2023, les exportations camerounaises vers les autres pays africains se sont établies à 379 milliards de FCFA, soit seulement 12,7 % des recettes d’exportation du pays. Dans le même temps, les importations en provenance du continent atteignaient 476,2 milliards de FCFA. Le Cameroun enregistrait ainsi un déficit commercial de 97,2 milliards de FCFA avec ses partenaires africains.
Le marché continental constitue donc une marge de progression importante pour les entreprises camerounaises. L’objectif est notamment d’augmenter les exportations de produits transformés et de permettre aux entreprises locales de s’insérer davantage dans les chaînes de valeur régionales.
En 2023, le pétrole brut représentait encore 19,2 % des exportations camerounaises vers l’Afrique. Mais d’autres produits témoignent déjà d’un potentiel de diversification : le savon de ménage représentait 14,5 %, les bois sciés 5,3 %, les préparations alimentaires 4,5 % et le riz semi-blanchi 3,3 %. Cette structure met en évidence les secteurs dans lesquels la ZLECAf pourrait constituer un accélérateur : agro-industrie, transformation alimentaire, industrie manufacturière, bois transformé et services.
Pour le Cameroun, l’enjeu est particulièrement important dans un contexte de déficit commercial élevé. Selon les données de l’Institut national de la statistique, le déficit commercial global du pays a atteint 2 145,2 milliards de FCFA en 2025, contre 1 747,3 milliards de FCFA en 2024.
C’est précisément sur la capacité institutionnelle que la CEA entend agir. Après avoir accompagné les États dans la sensibilisation aux enjeux de la ZLECAf, l’élaboration des stratégies nationales et la création des Comités nationaux de mise en œuvre, l’organisation entend désormais renforcer leur capacité opérationnelle.
Le véritable enjeu : produire, transformer et exporter
La ZLECAf offre au Cameroun l’occasion de dépasser progressivement un modèle commercial reposant largement sur l’exportation de matières premières et l’importation de produits transformés. L’agro-industrie apparaît notamment comme l’un des secteurs les mieux positionnés pour profiter de l’intégration régionale. La transformation du cacao, du café, du coton, des produits agricoles et forestiers pourrait permettre au Cameroun de vendre davantage de produits à valeur ajoutée sur les marchés africains.
L’industrie manufacturière et les services constituent également des relais de croissance. Le développement des services financiers, du numérique, des télécommunications, du transport et de la logistique peut accompagner l’essor du commerce intra-africain.
Controler les échanges transfrontaliers
La question des échanges transfrontaliers est également centrale. En 2024, le commerce transfrontalier informel du Cameroun avec ses voisins affichait un déficit de 50,72 milliards de FCFA. Le pays enregistrait toutefois des excédents avec certains voisins, notamment le Tchad et la République centrafricaine, tandis que le déficit avec le Nigeria atteignait plus de 111 milliards de FCFA. Ces chiffres montrent que les échanges existent déjà, mais qu’une partie d’entre eux reste en dehors des circuits commerciaux formels.
La mise en œuvre de la ZLECAf devra donc aller de pair avec la simplification des procédures douanières, l’amélioration des infrastructures de transport, la réduction des coûts logistiques et la facilitation du commerce transfrontalier.
Une véritable opportunité
À l’échelle continentale, le potentiel est considérable. La Banque mondiale estime que la mise en œuvre approfondie de la ZLECAf pourrait entraîner une forte progression des exportations intra-africaines à l’horizon 2035. Les exportations de produits manufacturés pourraient notamment progresser de 134 %, tandis que celles de l’agriculture et de l’agroalimentaire pourraient augmenter de 80 %. Pour le Cameroun, l’enjeu est donc de se positionner suffisamment tôt sur ces nouvelles chaînes de valeur. Le séminaire de Yaoundé marque à cet égard une étape importante. En renforçant les capacités des institutions nationales, la CEA cherche à faire évoluer la ZLECAf d’un accord porté essentiellement par les administrations vers un véritable outil au service des entreprises et des économies africaines.
Pour le Cameroun, le défi est donc de transformer les 1,4 milliard de consommateurs du marché africain en autant de débouchés potentiels pour les produits et services camerounais. La réussite de cette stratégie dépendra assurément moins de la signature des accords que de la capacité du pays à produire davantage, transformer localement et exporter à des prix compétitifs.

