Gaz offshore à Kribi : après le départ du Hilli Episeyo avec 853 milliards FCFA générés, cap sur le projet Yoyo-Yolanda à 4 milliards $

Entre 2018 et 2026, l'exploitation du navire-usine Hilli Episeyo au large de Kribi a généré plus de 853 milliards de FCFA de flux financiers au bénéfice d'intérêts liés à l'État camerounais, selon Golar LNG. À ce bilan s'ajoutent 45,5 milliards de FCFA d'achats auprès de fournisseurs locaux et plusieurs millions de tonnes de gaz naturel liquéfié exportées. Après le départ de l'installation en août 2026, l'enjeu porte désormais sur le renouvellement des investissements, la disponibilité des ressources gazières et les possibilités de développement de nouveaux débouchés industriels.

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Le retrait du Hilli Episeyo marque la fin d’un cycle d’exploitation du gaz naturel au large de Kribi. Mis en service en 2018, ce navire-usine appartenant à Golar LNG a assuré pendant huit ans la liquéfaction du gaz naturel extrait des ressources offshore camerounaises, avant son départ vers Singapour pour des travaux de modernisation.

Le bilan financier présenté par son exploitant donne une indication de l’activité économique générée autour de cette installation. Dans son rapport ESG (environnement, social et gouvernance) 2025, publié le 23 octobre 2026, Golar LNG revendique plus de 1,5 milliard de dollars, soit environ 853 milliards de FCFA, de flux financiers générés au bénéfice d’intérêts liés à l’État camerounais entre 2018 et 2026.

1,5 milliard de dollars de flux financiers : ce que représentent réellement les 853 milliards de FCFA

Le montant revendiqué par Golar LNG constitue le principal indicateur financier du bilan au camerouna. À environ 568,7 FCFA pour un dollar, les 1,5 milliard de dollars annoncés correspondent à près de 853,05 milliards de FCFA sur la période 2018-2026.

Les comptes financiers de Golar LNG permettent néanmoins d’identifier une autre catégorie de revenus. Dans son rapport annuel 2025, déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité américaine de régulation des marchés financiers, le groupe déclare 226,794 millions de dollars de revenus issus des services de liquéfaction liés au contrat avec Perenco Cameroon et la SNH. Ce montant équivaut à environ 128,96 milliards de FCFA.

En 2024, ces mêmes revenus s’élevaient à 224,959 millions de dollars, soit près de 127,94 milliards de FCFA. En 2023, ils avaient atteint 245,418 millions de dollars, représentant environ 139,56 milliards de FCFA.

Ces chiffres correspondent au chiffre d’affaires comptabilisé par Golar LNG pour ses prestations de liquéfaction. Ils ne constituent ni les bénéfices nets de l’entreprise ni les recettes fiscales et pétrolières du Cameroun.

Cette distinction permet de mieux comprendre la structure économique du projet : Golar LNG est rémunéré pour ses services industriels, tandis que les autres acteurs de la chaîne gazière interviennent dans l’exploitation des ressources, la commercialisation et la gestion des intérêts nationaux.

45,5 milliards de FCFA d’achats locaux : un marché pour les entreprises camerounaises

L’exploitation du Hilli Episeyo a également généré une activité commerciale au bénéfice des prestataires nationaux. Golar LNG indique avoir consacré plus de 80 millions de dollars, soit environ 45,5 milliards de FCFA, à l’achat de biens et de services auprès de fournisseurs camerounais pendant la durée du projet.

Pour la seule année 2025, ces achats locaux ont représenté 12 millions de dollars, soit près de 6,82 milliards de FCFA. Cette enveloppe exclut les rémunérations salariales.

Plus de 70 entreprises et prestataires locaux auraient participé aux différentes opérations. Le rapport de Golar LNG ne détaille cependant pas la répartition des marchés entre ces entreprises, les catégories de prestations concernées ou les montants attribués à chaque fournisseur.

Sur le volet de l’emploi, le groupe indique avoir recruté plus de 100 Camerounais au cours du projet. Le personnel national représentait plus de 40 % des effectifs embarqués à bord du navire. L’entreprise mentionne également 400 formations organisées, plus de 30 promotions professionnelles accordées à des employés camerounais et 70 bénéficiaires de programmes de soutien éducatif.

Pour les entreprises locales, cette expérience représente un marché de sous-traitance dans un secteur qui mobilise des compétences techniques particulières. Les prestations d’approvisionnement, de maintenance, de logistique maritime, de sécurité et de services industriels constituent notamment des activités nécessaires au fonctionnement des installations offshore.

La question économique porte désormais sur la continuité de ces débouchés. Avec le départ du navire, les fournisseurs concernés doivent pouvoir accéder à d’autres contrats auprès des opérateurs pétroliers, gaziers et industriels présents au Cameroun.

10,79 millions de tonnes de GNL : le bilan industriel de huit années d’exploitation

Entre juin 2018 et juillet 2026, le Hilli Episeyo a produit 10,79 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL), selon les données communiquées par Golar LNG. Au total, 156 cargaisons ont été chargées à bord de l’installation pour être acheminées vers les marchés internationaux.

La dernière cargaison a été chargée le 27 juillet 2026. Le 4 août suivant, le navire a quitté les eaux camerounaises pour Singapour, où des travaux de modernisation et de prolongation de sa durée d’exploitation sont prévus.

Golar LNG envisage ensuite son redéploiement en Argentine, dans le cadre d’un contrat de vingt ans conclu avec Southern Energy SA. Le démarrage des opérations est prévu au second semestre 2027.

Ce redéploiement illustre le modèle économique des installations flottantes de liquéfaction : contrairement à certaines infrastructures fixes, elles peuvent être déplacées vers d’autres zones de production lorsque les conditions techniques et commerciales le permettent.

Pour Golar LNG, cette mobilité permet de valoriser un même actif sur plusieurs marchés successifs. Pour les pays producteurs, elle implique de disposer de réserves suffisantes, de contrats d’approvisionnement et d’infrastructures adaptées afin de maintenir l’exploitation sur la durée.

Après le Hilli Episeyo, la question des nouvelles ressources et des débouchés

Dans une note publiée le 5 juillet 2026, la SNH avait expliqué la fin des opérations du Hilli Episeyo par le déclin naturel du gisement qui alimentait l’installation et la diminution de sa rentabilité sur ce champ.

L’entreprise publique rappelait que les réserves récupérables initiales du gisement étaient estimées à environ 600 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Après huit années d’exploitation, les conditions de production ne permettaient plus de maintenir le même dispositif économique.

La SNH avait toutefois précisé que les champs encore en production continueraient à approvisionner la centrale thermique de Kribi, exploitée par Kribi Power Development Company (KPDC), pour la production d’électricité. Elle évoquait également des négociations concernant de nouveaux contrats d’approvisionnement en gaz avec de grandes entreprises.

Cette orientation met en évidence deux débouchés économiques pour la ressource gazière : l’exportation sous forme de GNL et la consommation locale, notamment dans la production d’électricité et les activités industrielles. Le renouvellement des capacités de production dépendra donc de la disponibilité de nouveaux gisements, des investissements nécessaires à leur développement et de l’existence de contrats permettant de sécuriser les débouchés commerciaux.

À cet égard, la SNH a également présenté le projet gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda, partagé avec la Guinée équatoriale. Les ressources géologiques de cette zone sont estimées à environ 2 500 milliards de pieds cubes, pour un investissement global annoncé d’environ 4 milliards de dollars, soit près de 2 275 milliards de FCFA.

Ce projet constitue une autre perspective de développement pour le secteur gazier camerounais. Son potentiel économique reste toutefois lié à la progression des travaux techniques, à la structuration du financement et aux décisions nécessaires à sa mise en exploitation.

Le cycle du Hilli Episeyo montre que la valorisation du gaz naturel repose autant sur les ressources disponibles que sur les capitaux, les infrastructures et les débouchés commerciaux. Pour le Cameroun, la prochaine étape consiste à transformer les perspectives gazières identifiées en projets suffisamment structurés pour attirer des financements et soutenir une activité industrielle durable.

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