Le groupe Afriland accélère sa stratégie de développement en Afrique de l’Ouest. Sa filiale Africa Diamond Invest (ADI), basée à Lomé, a obtenu un accord conditionnel de l’Autorité des marchés financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (AMF-UMOA) pour sa demande d’agrément en qualité de société de gestion et d’intermédiation (SGI). Cette décision constitue une étape vers son entrée sur le marché financier régional, où la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) offre aux entreprises et aux États un mécanisme alternatif de financement.
Selon nos sources, l’approbation a été notifiée à la société à la suite d’une décision prise le 6 octobre 2026 par le comité exécutif du régulateur. L’autorisation reste toutefois soumise à la levée des réserves formulées par l’AMF-UMOA. Il faut préciser que les détails de l’intégralité des réserves ou des conditions techniques et administratives n’ont pas été rendus publics. Cependant, nous pouvons citer, entre autres conditions, la finalisation d’exigences opérationnelles, de conformité ou de gouvernance. Une chose est certaine, ce n’est qu’après cette étape qu’ADI pourra exercer les activités couvertes par son agrément.
Un nouveau relais de croissance au-delà du crédit bancaire
Créée en mai 2025 avec un capital d’un milliard de FCFA, Africa Diamond Invest s’inscrit dans le dispositif régional mis en place par Afriland First Holding (AFH), la structure d’investissement du groupe installée au Togo. Elle doit permettre au groupe de compléter ses activités bancaires traditionnelles par des services liés aux marchés de capitaux. L’ambition est notamment d’accompagner les États et les entreprises dans la structuration de financements, les émissions obligataires et les opérations de levée de fonds. La société prévoit également des activités de conseil en investissement, de placement de titres, de gestion de portefeuilles et d’accompagnement des introductions en Bourse.
Cette diversification répond à un enjeu stratégique pour les groupes bancaires africains : capter une part plus importante de la chaîne de financement. Pour les entreprises de l’UEMOA, le développement de nouveaux intermédiaires peut contribuer à élargir les possibilités de financement, notamment pour celles qui souhaitent mobiliser des ressources à moyen ou long terme sans dépendre exclusivement des crédits bancaires. L’accès à ces instruments reste néanmoins conditionné à la qualité des dossiers, à la capacité de remboursement des émetteurs et à l’intérêt des investisseurs.
La BRVM, un marché à conquérir
En visant le marché financier de l’UEMOA, Afriland se positionne sur un espace couvrant huit pays, où la BRVM constitue une infrastructure commune de négociation des titres. Le groupe entend y développer une expertise déjà mobilisée sur d’autres marchés africains. Afriland First Bank et sa société de bourse Afriland Bourse & Investments SA sont parmi les principaux animateur de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) et du marché des titres publics de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). Cette expérience intervient dans un contexte où le groupe vient de jouer un rôle majeur dans le financement de l’État guinéen.
Le 27 octobre 2026, Afriland First Bank Guinée a contribué à une levée de fonds obligataire de 4 579 milliards de francs guinéens (GNF), soit 304, 5 milliards de Fcfa. L’opération, menée sous la supervision de la Banque centrale de la République de Guinée, porte sur une maturité de cinq ans et un taux d’intérêt de 11 %. Six autres banques ont participé à l’opération aux côtés d’Afriland. Cette mobilisation illustre la capacité du groupe à accompagner les États dans la recherche de ressources sur leurs marchés financiers domestiques
125 adjudications réalisés et 8 610,42 milliards F CFA mobilisés sur le marché des titres publics par l’UEMOA
L’enjeu ne se limite pas à l’obtention d’un agrément. Pour s’imposer, Africa Diamond Invest devra développer un portefeuille de clients, identifier des entreprises susceptibles de recourir au marché financier et convaincre les investisseurs de participer aux opérations proposées. La capacité à structurer des émissions crédibles et à assurer leur placement sera déterminante pour la viabilité commerciale de la filiale. Le marché présente des perspectives, mais aussi des contraintes. Les émissions obligataires souveraines occupent une place importante dans le financement des économies de la région.
En effet, selon la synthèse mensuelle des opérations sur le marché primaire des titres publics publiée par UMOA-Titres, les huit Etats membres l’UEMOA ont réalisé 125 adjudications et mobilisé 8 610,42 milliards F CFA sur ce marché depuis le début de l’année 2026, soit une progression de 4,78 % sur un an. La Côte d’Ivoire reste de loin le premier émetteur de la zone. Avec 7 814,58 milliards F CFA d’encours, le pays représente à lui seul 33 % de la dette régionale sur les titres publics, devant le Sénégal (5 131,96 milliards) et le Burkina Faso (2 989,98 milliards).
À ces opérations sur le marché des titres publics s’ajoutent les emprunts obligataires lancés par les États par appel public à l’épargne et admis à la cote de la BRVM. Le Sénégal en fournit une illustration récente. En 2025, quatre emprunts obligataires de l’État ont permis de mobiliser 416,6 milliards de FCFA après une révision à la hausse du montant initialement recherché.
En 2026, une nouvelle opération structurée en quatre tranches, lancée en février, a enregistré des souscriptions d’un montant total de 305,06 milliards de FCFA, selon les données de la BRVM. Les titres ont été admis à la cote en septembre. Ces opérations montrent que le marché régional ne se limite pas aux adjudications de bons et d’obligations du Trésor : il permet aussi aux États de lever des ressources à travers des emprunts obligataires distribués auprès des investisseurs.
Pour les entreprises privées, l’accès au marché suppose notamment une information financière fiable, une gouvernance solide et une capacité à supporter les coûts liés à la structuration et à la réalisation des opérations.
Lomé, plateforme de l’expansion régionale
Pour piloter cette nouvelle activité, Afriland a choisi Victorin Dagba, ancien directeur juridique et du recouvrement d’Afriland First Bank Guinée, à la tête d’Africa Diamond Invest depuis août 2025. Ce choix traduit la volonté du groupe de s’appuyer sur des cadres ayant déjà une expérience interne de ses opérations.
Au-delà de l’intermédiation boursière, ADI affiche également des ambitions dans la mobilisation de l’épargne de la diaspora africaine et le financement islamique, notamment à travers les sukuks. Ces instruments pourraient élargir les sources de capitaux disponibles pour les entreprises et les États, sous réserve de projets adaptés, d’une structuration conforme aux règles applicables et d’une demande suffisante des investisseurs.
Pour Afriland, l’enjeu est désormais de transformer cette avancée réglementaire en activité rentable. La levée des réserves de l’AMF-UMOA, le démarrage effectif des opérations et la capacité à attirer des émetteurs comme des investisseurs constitueront les premiers indicateurs de réussite de cette stratégie.

