Nkamouna : le projet minier de 85 millions $ toujours suspendu au permis d’exploitation

Le projet de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna-Lomié, dans la région de l’Est du Cameroun, pourrait être relancé grâce à un investissement initial annoncé de 85 millions de dollars par American Renaissance Minerals (ARM). Mais le démarrage industriel reste conditionné à l’obtention d’un nouveau permis minier, à la sécurisation du financement et à l’actualisation des études techniques. Cette proposition marque une rupture avec le projet initial de Geovic, dont l’investissement était estimé à 617,2 millions de dollars dans l’étude de faisabilité de 2011.

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Nkamouna figure parmi les projets miniers les plus anciens et les plus suivis du Cameroun. Son potentiel en cobalt, nickel et manganèse suscite l’intérêt en raison des applications de ces métaux dans plusieurs filières industrielles, notamment la fabrication de batteries, les alliages et la métallurgie. Le dossier a connu un tournant en février 2025, avec le retrait du permis d’exploitation de Geovic Cameroon. Le site a ensuite été rétrocédé à la Société nationale des mines (SONAMINES) le 29 mai 2025.

En janvier 2026, l’entreprise publique a lancé un appel international à manifestation d’intérêt afin d’identifier des partenaires techniques et financiers capables de développer le gisement. Toutefois, le processus n’a pas abouti : le 18 août 2026, la SONAMINES a déclaré infructueux cet appel. Le choix d’un nouveau partenaire et l’attribution d’un titre minier restent donc des étapes déterminantes pour faire passer les annonces à la réalisation d’un projet industriel.

La SONAMINES face à la difficulté de trouver un partenaire

Dans un entretien accordé à Invest-Time le 12 septembre 2026, le géologue et expert des mines et du pétrole Bareja Youmssi a estimé qu’il fallait vérifier les données techniques et reprendre les études avant de rechercher un partenaire.

Lorsqu’on vous transmet un projet, la première chose à faire, c’est de le vérifier. Il faut reprendre les études, vérifier les réserves et apporter une valeur ajoutée,

a-t-il déclaré.

Cette appréciation relève de l’expert et ne constitue pas un audit indépendant des travaux menés par la SONAMINES. Elle met néanmoins en évidence un enjeu central : disposer d’une documentation technique actualisée peut réduire les incertitudes des investisseurs et faciliter la négociation d’un partenariat. Pour le Dr Youmssi, la SONAMINES devrait également jouer un rôle actif dans le développement des projets miniers, et non se limiter à la gestion des actifs publics ou à la recherche de partenaires. La société devra donc démontrer sa capacité à encadrer les études, à sécuriser le projet et à négocier des conditions compatibles avec les intérêts de l’État.

85 millions de dollars contre 617,2 millions : deux modèles de développement

ARM propose une première phase industrielle estimée à 85 millions de dollars, soit environ 49 milliards de FCFA selon le taux de conversion retenu dans les annonces. Le promoteur défend une approche modulaire destinée à limiter les besoins initiaux en capitaux et à permettre une éventuelle montée en puissance progressive. Le montant est nettement inférieur aux 617,2 millions de dollars prévus pour le schéma industriel historique de Geovic.

L’étude de faisabilité annoncée en avril 2011 envisageait une exploitation à ciel ouvert, des installations de concentration et une chaîne de traitement hydrométallurgique. Ces deux budgets ne couvrent donc pas nécessairement les mêmes installations ni le même niveau de transformation.

Selon les informations publiées en septembre 2026 par Investir au Cameroun, ARM vise une première production dans les 18 mois suivant l’entrée en vigueur d’un éventuel nouveau permis minier. Ce délai reste un objectif annoncé par le promoteur, et non un calendrier de production garanti. La réduction du coût initial pourrait faciliter le financement du projet, mais elle ne suffit pas à en établir la rentabilité. Celle-ci dépendra notamment des teneurs du minerai, des rendements de récupération, des coûts énergétiques et logistiques ainsi que des conditions de commercialisation des produits.

Un potentiel géologique de plusieurs centaines de millions de tonnes

Les estimations historiques expliquent l’intérêt porté au gisement. Selon le rapport technique NI 43-101 de Geovic et SRK, les gisements de Nkamouna et Mada totalisaient environ 323,1 millions de tonnes de ressources minérales, sur la base d’une estimation datant de 2009. Ce total se répartissait entre 59,8 millions de tonnes de ressources mesurées, 60,8 millions de tonnes de ressources indiquées et 202,5 millions de tonnes de ressources présumées. Ces ressources ne doivent pas être confondues avec les réserves exploitables. Dans son communiqué du 19 avril 2011, Geovic faisait état de 68,132 millions de tonnes de réserves prouvées et probables, avec des teneurs moyennes de 0,26 % de cobalt, 0,66 % de nickel et 1,48 % de manganèse.

L’ancienne étude de faisabilité prévoyait, pendant les onze premières années de pleine production, une production annuelle moyenne d’environ 6 115 tonnes de cobalt, 3 297 tonnes de nickel et 62 800 tonnes de carbonate de manganèse, pour une durée de vie du projet estimée à 23 ans. Ces volumes étaient des prévisions du schéma de Geovic et non une production effectivement réalisée.

Aeternum et ARM : des engagements financiers à distinguer

Le dossier comporte également une dimension capitalistique. Le 9 septembre 2026, Investir au Cameroun a rapporté qu’Aeternum Resources envisageait un investissement de 10 millions de dollars dans ARM pour obtenir une participation de contrôle de 50,1 %. Selon les informations publiées, 9 millions de dollars devaient financer les études techniques, les essais métallurgiques, l’ingénierie et la conception des installations, tandis qu’un million devait couvrir des dépenses historiques de développement.

Le 25 septembre 2026, Aeternum a annoncé un nouvel accord visant l’acquisition de 100 % d’ARM, en remplacement du dispositif antérieur portant sur une participation de 51 %. La réalisation de l’opération restait soumise aux conditions annoncées par les parties.

Le différend juridique avec Geovic demeure un facteur de risque

La relance de Nkamouna doit également composer avec le différend opposant l’État camerounais à Geovic au sujet du retrait du permis d’exploitation. Geovic a contesté cette décision, tandis que les nouveaux promoteurs travaillent avec les autorités camerounaises en vue de l’obtention d’un nouveau titre.

Dans son communiqué du 7 août 2026, Aeternum indiquait qu’ARM travaillait avec les autorités compétentes pour obtenir un nouveau permis. Les déclarations des différentes parties doivent être distinguées des décisions juridiques définitives. Dès lors, pour les investisseurs, la clarté du titre minier, l’absence d’incertitudes majeures sur les droits d’exploitation et la prévisibilité du cadre réglementaire sont essentielles pour engager des capitaux sur plusieurs décennies.

Infrastructures et transformation locale : des conditions de rentabilité

Le projet de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna-Lomié, dans la région de l’Est du Cameroun, pourrait être relancé grâce à un investissement initial annoncé de 85 millions de dollars par American Renaissance Minerals (ARM). Mais le démarrage industriel reste conditionné à l’obtention d’un nouveau permis minier, à la sécurisation du financement et à l’actualisation des études techniques. Cette proposition marque une rupture avec le projet initial de Geovic, dont l’investissement était estimé à 617,2 millions de dollars dans l’étude de faisabilité de 2011.

La viabilité de Nkamouna dépendra également de l’accès à l’énergie, des voies de transport et des conditions d’évacuation du minerai ou du concentré. Ces infrastructures peuvent peser lourdement sur les coûts d’investissement et d’exploitation. La proposition d’ARM prévoit un concentrateur sur le site minier, destiné à produire un concentré de cobalt, de nickel et de manganèse pour l’exportation. Cette orientation est présentée dans le communiqué d’Aeternum du 7 août 2026.

Le choix entre l’exportation d’un concentré et une transformation plus poussée au Cameroun aura des conséquences sur les investissements nécessaires, les besoins énergétiques, les emplois et la valeur ajoutée locale. Une transformation plus importante pourrait offrir des retombées économiques supplémentaires, mais sa rentabilité devra être démontrée par les études techniques et commerciales.

Les chiffres de 323,1 millions de tonnes de ressources historiques, de 68,132 millions de tonnes de réserves historiques et de 85 millions de dollars d’investissement annoncé éclairent les enjeux du dossier, mais ils ne répondent pas encore à la question décisive : à quelles conditions Nkamouna pourra-t-il effectivement produire, vendre ses métaux et générer des retombées durables pour le Cameroun ? La réponse dépendra certainement des résultats des nouvelles études, des engagements financiers réellement exécutés, de l’obtention du permis et de la capacité des parties à transformer leurs annonces en décisions opérationnelles.

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