L’Afrique centrale dispose de stratégies de développement, de plans d’industrialisation et de mécanismes d’intégration régionale. Pourtant, la transformation structurelle de ses économies reste limitée. Les exportations demeurent largement dépendantes des matières premières, tandis que les entreprises rencontrent encore des difficultés d’accès au financement, aux infrastructures et aux marchés.
Selon la CEA, les secteurs extractifs représentent environ 75 % des exportations totales des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Dans la plupart des États membres, la valeur ajoutée manufacturière par habitant reste inférieure à 250 dollars, illustrant les difficultés à développer une industrie locale capable de transformer les ressources disponibles.
C’est dans ce contexte que s’est tenue, à Yaoundé, la 42e session du Comité intergouvernemental des hauts fonctionnaires et experts pour l’Afrique centrale, autour du thème de l’accélération des réformes prioritaires pour dynamiser le secteur privé, à mi-parcours de la Décennie de la diversification 2021-2030.
Industrialisation : réduire la dépendance aux matières premières
Au terme des travaux, les recommandations adoptées mettent l’accent sur l’industrialisation, la transformation locale des matières premières et l’amélioration de l’environnement des affaires. L’objectif est de réduire la dépendance aux exportations de produits bruts et de favoriser la création de valeur ajoutée au sein des économies de la sous-région.
Les États sont notamment appelés à faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au financement, à renforcer les infrastructures économiques et à améliorer les dispositifs d’accompagnement des entreprises. Les participants préconisent également le développement des normes, de la certification et de la traçabilité afin d’accroître la compétitivité des produits locaux.
Ces orientations concernent aussi la gestion des finances publiques, la sécurité juridique des entreprises, la modernisation de l’administration et la transformation numérique. Les recommandations insistent par ailleurs sur la libre circulation des personnes et des marchandises, la réduction des obstacles aux échanges transfrontaliers et la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
le secteur privé au cœur de la transformation économique
Pour Yemene Samuel, secrétaire régional de la CCIMA-Centre, l’Afrique centrale ne manque pas de stratégies de développement. La principale difficulté réside dans leur mise en œuvre et dans la capacité des États à créer les conditions nécessaires à la transformation des économies.
Il estime que le secteur privé doit occuper une place centrale dans ce processus.
Cette dynamique ne peut se faire qu’en mettant au centre le secteur privé.
Il souligne plusieurs contraintes qui freinent le développement des entreprises : l’insuffisance des infrastructures, les difficultés de financement, les problèmes d’approvisionnement en énergie, le manque de compétences adaptées et les obstacles à la circulation des personnes, des marchandises et des capitaux.
Il relève également que les économies de la sous-région continuent d’exporter une partie importante de leurs matières premières sans transformation suffisante sur place. Une situation qui limite les possibilités de création d’emplois industriels et de captation de valeur ajoutée.
Pour Yemene Samuel, la responsabilité des pouvoirs publics est donc déterminante dans la mise en place d’un environnement favorable aux entreprises.
La responsabilité de l’État, c’est justement de mettre en place ces infrastructures de base qui permettent au secteur privé de se déployer et de jouer significativement son rôle.
L’accès à l’énergie, le développement des transports et le renforcement du capital humain apparaissent ainsi comme des conditions essentielles à l’industrialisation et à la compétitivité des entreprises.
Mise en œuvre des réformes : la CEA appelle à un suivi renforcé
Du côté de la CEA, l’accent est mis sur l’exécution des décisions et l’évaluation des résultats. Jean Luc Mastaki, directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, relève que plusieurs réformes adoptées par les États ne sont pas appliquées de manière effective.
Il insiste sur la nécessité de renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation pour mesurer les progrès réalisés et identifier les blocages.
Le responsable de la CEA met également en avant le dialogue entre les pouvoirs publics et le secteur privé. Selon lui, cette concertation doit intervenir dès la conception des réformes et se poursuivre pendant leur mise en œuvre. Une meilleure coordination entre les administrations, les ministères et les institutions chargées du suivi économique est également nécessaire.
L’existence de réformes ne suffit donc pas si les structures chargées de les appliquer ne disposent pas de moyens financiers et humains durables. Sans financement adéquat, les mécanismes de suivi risquent de rester inopérants et les décisions de produire peu d’effets sur les entreprises.
La CEA souligne par ailleurs l’importance de tenir compte des réalités nationales et des priorités propres à chaque économie. Les réformes doivent s’accompagner d’investissements dans les infrastructures, les compétences et l’énergie, mais aussi d’une meilleure coordination des politiques publiques.
Les communautés économiques régionales sont notamment invitées à mieux coordonner les politiques commerciales et industrielles, tout en accordant une attention particulière aux corridors de transport nécessaires aux échanges entre les pays.
Le secteur privé est, pour sa part, appelé à mieux structurer les petites et moyennes entreprises, à développer les réseaux de distribution et à renforcer les capacités de certification afin de faciliter l’accès aux marchés régionaux et internationaux.
Ces mesures doivent permettre aux entreprises de dépasser les marchés nationaux, de participer davantage aux chaînes de valeur régionales et de tirer profit des possibilités offertes par la ZLECAf.
Sur le plan régional, les participants recommandent de faciliter la circulation des personnes et des marchandises, de lever les obstacles non tarifaires et de passer de la ratification de la ZLECAf à sa mise en œuvre effective. Le développement des infrastructures de transport, de connectivité et des corridors régionaux est présenté comme une condition importante pour intensifier les échanges.
Le secteur privé est encouragé à structurer les petites et moyennes entreprises, à renforcer les réseaux de distribution et à améliorer le respect des normes de qualité, de certification et de traçabilité. Les institutions financières et les partenaires au développement sont, quant à eux, appelés à renforcer leurs instruments de financement en faveur des infrastructures, des PME et des chaînes de valeur régionales.
Ces recommandations visent à mieux mobiliser les ressources nationales, à réduire la dépendance aux recettes extractives et à consolider la paix, la stabilité et la sécurité, considérées comme des conditions du développement durable et inclusif.
La 42e session du Comité intergouvernemental des hauts fonctionnaires et experts pour l’Afrique centrale a permis de dégager des priorités communes pour accélérer la diversification économique et renforcer le secteur privé. Mais leur portée dépendra de la capacité des États à financer les réformes, à coordonner leur application et à mesurer les résultats obtenus. Pour la CEA, l’enjeu est désormais de faire de ces recommandations des leviers concrets de transformation des économies d’Afrique centrale.

