Signé à Kigali le 21 mars 2018, l’accord instituant la ZLECAf est entré en vigueur le 30 mai 2019. Les échanges commerciaux dans le cadre de l’accord ont officiellement commencé le 1er janvier 2021. L’objectif est de créer un marché continental intégré couvrant les 55 États membres de l’Union africaine, avec la suppression progressive des droits de douane et la réduction des obstacles au commerce des biens et services.
Le dispositif prévoit notamment la libéralisation de 97 % des lignes tarifaires, selon des calendriers convenus entre les États parties. En juillet 2025, 49 des 54 États signataires avaient ratifié l’accord, tandis que 48 offres tarifaires avaient été vérifiées et adoptées. Le même rapport de l’Union africaine faisait état de 92,43 % des règles d’origine déjà convenues, avec des négociations encore ouvertes dans certains secteurs, notamment le textile et l’automobile.
Sur le plan commercial, les données disponibles permettent désormais de mesurer les premiers effets de cette architecture continentale.
Le commerce intra-africain atteint 208 milliards de dollars
Selon les données d’Afreximbank reprises dans les publications économiques consacrées au commerce africain, les échanges intra-africains ont atteint environ 208 milliards de dollars en 2024, contre 192,2 milliards de dollars en 2023. Cette progression représente une hausse de 7,7 % sur un an. En 2023, les échanges intra-africains avaient déjà progressé de 3,2 %.
À titre indicatif, sur la base d’un taux arrondi de 600 FCFA pour 1 dollar, les 208 milliards de dollars correspondent à environ 124 800 milliards de FCFA.
La progression en valeur doit toutefois être distinguée de l’évolution de la part du commerce africain réalisée à l’intérieur du continent.
Le rapport annuel 2025 de la Commission de l’Union africaine indique que la part des exportations intra-africaines dans les exportations totales du continent est passée à 14,6 % en 2024. Cette proportion reste proche du niveau observé depuis plusieurs années et traduit le poids toujours important des échanges de l’Afrique avec les marchés extérieurs.
Une progression en valeur, mais une intégration commerciale encore limitée
L’évolution des dernières années montre donc deux phénomènes simultanés.
D’un côté, les échanges entre pays africains augmentent en valeur. De l’autre, leur poids relatif dans les exportations totales du continent reste limité.
En 2023, Afreximbank évaluait le commerce intra-africain à 192,2 milliards de dollars, soit 14,9 % du commerce total africain, contre 13,6 % en 2022. En 2024, les données de la Commission de l’Union africaine situent la part des exportations intra-africaines à 14,6 %.
Cette évolution est importante pour mesurer la trajectoire de la ZLECAf : l’augmentation des échanges ne signifie pas automatiquement une transformation profonde de la structure commerciale du continent.
49 pays ont ratifié l’accord en 2025
Le cadre institutionnel a, lui, enregistré des avancées importantes.
En juillet 2025, l’Union africaine indiquait que 49 des 54 pays ayant signé l’accord avaient déposé leurs instruments de ratification. Cinq pays signataires restaient alors en attente de ratification, tandis que l’Érythrée n’avait toujours pas signé l’accord.
Sur l’accès au marché, 49 offres tarifaires provisoires avaient été soumises et 48 adoptées. Cependant, seulement 17 États parties avaient alors transmis des listes tarifaires complètes couvrant les catégories A, B et C. L’objectif fixé reste une libéralisation de 97 % des lignes tarifaires.
Cette situation montre que la ratification politique de l’accord ne constitue qu’une étape. L’application commerciale nécessite encore l’achèvement des instruments techniques permettant aux entreprises d’utiliser effectivement les préférences tarifaires.
Le commerce ne dépend pas uniquement des droits de douane
Le principal enjeu se situe désormais également au niveau des barrières non tarifaires.
Le FMI souligne que la réduction des droits de douane ne suffit pas à elle seule à produire une forte intégration commerciale. Les infrastructures de transport, les procédures douanières, les systèmes financiers, les normes et les autres obstacles réglementaires déterminent également le coût réel du commerce entre pays africains.
Le FMI estime d’ailleurs que les gains potentiels de la ZLECAf dépendent largement de la capacité des pays à réduire les barrières non tarifaires. Ses travaux montrent que la diminution de ces obstacles, combinée à l’amélioration des infrastructures et de l’environnement commercial, pourrait fortement accroître les échanges intra-africains et favoriser l’émergence de chaînes de valeur régionales.
Les principaux points de friction concernent notamment les infrastructures de transport, les procédures aux frontières, l’harmonisation réglementaire et sanitaire, ainsi que les mécanismes de paiement transfrontaliers.
Le PAPSS cherche à réduire le coût des paiements transfrontaliers
La question financière constitue un autre volet de l’intégration.
Le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), développé par Afreximbank en partenariat avec l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf, permet les paiements transfrontaliers en monnaies locales. Le système vise notamment à réduire la dépendance aux circuits de paiement passant par des monnaies tierces et à faciliter les transactions entre entreprises africaines.
En juillet 2025, Afreximbank indiquait que le Maroc était devenu le 17e pays de présence du PAPSS, avec l’adhésion de Bank Al-Maghrib au réseau.
La mise en place du PAPSS constitue ainsi une composante financière de la ZLECAf, mais son impact dépend de son adoption effective par les banques, les entreprises et les opérateurs économiques.
L’Afrique centrale reste l’un des maillons les moins intégrés
Les données d’Afreximbank montrent également des écarts importants entre les sous-régions.
En 2023, l’Afrique australe représentait 35,4 % du commerce intra-africain, l’Afrique de l’Ouest 25,7 %, l’Afrique de l’Est 14,1 %, l’Afrique du Nord 12,4 % et l’Afrique centrale seulement 6,6 %.
Ces écarts sont liés à la structure des économies, aux infrastructures, aux corridors commerciaux et au niveau d’intégration des chaînes de production.
Pour l’Afrique centrale, la question de la connectivité régionale reste donc directement liée à la capacité des entreprises à accéder au marché continental.
Un marché potentiel de plusieurs milliers de milliards de dollars
L’enjeu économique dépasse les seuls échanges actuels.
Le FMI estimait déjà que la ZLECAf devait couvrir un marché regroupant les 55 pays africains, avec un PIB combiné d’environ 2 200 milliards de dollars dans ses estimations de 2020.
Plus récemment, les estimations de la Banque mondiale reprises par le FMI indiquent qu’une mise en œuvre complète de la ZLECAf pourrait augmenter le revenu de l’Afrique de 450 milliards de dollars d’ici 2035, soit environ 7 %, et accroître les exportations africaines de 560 milliards de dollars, principalement dans le secteur manufacturier.
Ces projections dépendent toutefois de la mise en œuvre effective des réformes commerciales, de la réduction des barrières non tarifaires et de l’amélioration des infrastructures.
Cinq ans après le début des échanges sous le régime de la ZLECAf, les données montrent une progression du commerce intra-africain : 192,2 milliards de dollars en 2023, puis environ 208 milliards de dollars en 2024. Dans le même temps, la part des exportations africaines destinées au marché continental s’est établie à 14,6 % en 2024.
Sur le plan institutionnel, 49 pays avaient ratifié l’accord en 2025, 48 offres tarifaires avaient été adoptées, et 92,43 % des règles d’origine avaient été convenues.
Les prochaines années seront donc déterminées par le passage des engagements juridiques à leur utilisation par les entreprises : circulation des marchandises, infrastructures, procédures douanières, normes communes, paiements transfrontaliers et développement des chaînes de valeur africaines.
La question centrale pour la prochaine phase de la ZLECAf est ainsi mesurable : la hausse des échanges intra-africains sera-t-elle suffisamment rapide pour modifier durablement la place du commerce continental dans les économies africaines ?

