La Côte d’Ivoire veut franchir une nouvelle étape dans le développement de son industrie palmier à huile. Le programme annoncé à Grand-Béréby place désormais l’accent sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production agricole à la transformation industrielle. Le montant de 1 077 milliards de FCFA est présenté comme l’enveloppe destinée à accompagner cette ambition, parallèlement à un programme de développement de la filière coco.
L’enjeu est important pour une agriculture ivoirienne déjà fortement structurée autour des cultures de rente. Selon le Ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, les cultures de rente ont représenté 5,56 millions de tonnes en 2024, dont 1,53 million de tonnes pour le palmier à huile. Le palmier à huile arrivait ainsi derrière le cacao, mais devant l’hévéa en volume de production parmi les principales cultures de rente recensées.
Une filière qui dispose déjà d’une base industrielle importante
La stratégie annoncée ne part pas d’un secteur à construire. La Côte d’Ivoire dispose déjà d’un important appareil de production et de transformation du palmier à huile.
Les statistiques publiées par le Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco, organisme de régulation placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, montrent qu’en 2023, la production d’huile de palme brute a atteint 562 465,67 tonnes, contre 541 530,35 tonnes en 2022, soit une progression de 3,72 %. La production de régimes de palmier est passée, dans le même temps, de 2,53 millions de tonnes à 2,61 millions de tonnes, en hausse de 2,78 %.
La même source fait état d’une superficie de palmier à huile de 352 918 hectares en 2023. Le prix moyen de l’huile de palme brute était alors de 585 964,50 FCFA la tonne, tandis que le prix moyen du régime de palme s’établissait à 73,81 FCFA le kilogramme.
Ces données permettent de mesurer l’importance économique de la filière et le potentiel que représente l’amélioration de ses rendements.
Les 1 077 milliards FCFA ciblent toute la chaîne de valeur
Le programme annoncé ne porte pas uniquement sur l’extension des plantations. Les mesures présentées concernent notamment l’accès aux engrais, la mise à disposition de plants certifiés, la réhabilitation des pistes de desserte agricole, l’accès au crédit pour les producteurs et la modernisation des unités industrielles.
Cette orientation place le financement agricole au centre du dispositif. Pour les exploitants, l’accès au crédit conditionne notamment la capacité à renouveler les plantations, utiliser des plants améliorés, acquérir les intrants et maintenir les niveaux de productivité.
Pour l’industrie, l’objectif est de renforcer les capacités de transformation afin que l’augmentation de la production agricole puisse se traduire par une hausse des volumes transformés localement.
Le ministère ivoirien de l’Agriculture a d’ailleurs confirmé en juillet 2026 que l’amélioration de la productivité constituait l’un des principaux enjeux actuels de la filière. Lors d’une rencontre avec des opérateurs du secteur, le ministre Bruno Nabagné Koné a échangé sur la productivité, les difficultés rencontrées par les producteurs ainsi que les préoccupations liées à la première et à la deuxième transformation.
La transformation locale devient le principal enjeu industriel
L’un des objectifs du programme est de renforcer la transformation locale du palmier à huile. Cette orientation répond à une problématique centrale des économies agricoles : augmenter non seulement les volumes produits, mais également la valeur créée après la récolte.
La chaîne du palmier à huile comprend plusieurs niveaux : production des régimes, extraction de l’huile de palme brute, raffinage, production d’huile de consommation et valorisation de différents sous-produits.
Le développement de ces activités permet d’élargir le tissu industriel autour de la production agricole. Il crée également des besoins en transport, stockage, maintenance industrielle, emballage, logistique et commercialisation.
Le ministère ivoirien souligne déjà l’importance du secteur privé dans cette dynamique. En juillet 2026, le ministre de l’Agriculture a notamment reçu la direction de PALMCI pour examiner les projets structurants de l’entreprise. PALMCI intervient sur plusieurs maillons de la chaîne, de l’exploitation des plantations industrielles à la commercialisation de l’huile de palme et de l’huile de palmiste.
Une deuxième filière agricole intégrée au programme : le coco
Le programme ne concerne pas uniquement le palmier à huile. Les autorités ivoiriennes travaillent également sur une stratégie nationale de relance de la filière coco.
L’ambition annoncée porte sur la création de plus de 100 000 hectares de nouveaux vergers de cocotiers sur dix ans. Le Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco est également engagé dans l’encadrement de la filière, notamment à travers les dispositifs d’agrément et de commercialisation.
Cette association entre palmier à huile et coco traduit une volonté de développer plusieurs chaînes de valeur agricoles autour de la transformation et de la commercialisation.
Des prix qui montrent l’importance du revenu des producteurs
La question du revenu des planteurs reste directement liée aux performances économiques de la filière.
Les données du Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco indiquent que le prix du palmier à huile était fixé à 80 FCFA par kilogramme en juin 2026, contre 75 FCFA en janvier 2025 et 80 FCFA pour les autres mois de 2025.
L’évolution de la productivité doit donc être analysée avec celle des revenus des exploitants. Une hausse de la production nationale ne produit pas nécessairement le même effet sur les revenus si les coûts des intrants, du transport ou du renouvellement des plantations progressent également.
C’est précisément l’un des enjeux du volet consacré au financement et à l’amélioration des conditions de production.
Une stratégie qui arrive dans une filière déjà compétitive
Le palmier à huile occupe une place importante dans l’agriculture ivoirienne. Le Plan national de développement 2026-2030, publié par les autorités ivoiriennes, indique que la Côte d’Ivoire dispose d’un verger de l’ordre de 210 000 hectares et maintient une position compétitive à l’échelle continentale.
Les statistiques agricoles du ministère donnent toutefois une superficie de 352 918 hectares en 2023 pour le palmier à huile. Cette différence de périmètre statistique rappelle l’importance de préciser les définitions utilisées selon les documents officiels avant toute comparaison.
L’enjeu du nouveau programme est donc moins de créer une filière inexistante que de renforcer une filière déjà installée, en améliorant ses rendements, ses infrastructures et ses capacités industrielles.
Avec une enveloppe annoncée de 1 077 milliards de FCFA, la Côte d’Ivoire veut accélérer le développement des filières palmier à huile et coco en agissant simultanément sur la production, le financement des exploitants et la transformation industrielle.
Les chiffres officiels montrent déjà le poids du palmier à huile dans l’économie agricole : 1,53 million de tonnes produites en 2024, 352 918 hectares recensés en 2023 et 562 465,67 tonnes d’huile de palme brute produites en 2023.
La prochaine étape sera donc celle de l’exécution : combien de ces investissements seront effectivement mobilisés, quelle part ira aux producteurs, quelles capacités industrielles seront créées ou modernisées et quelle progression de la transformation locale pourra être mesurée dans les prochaines années ? Ce sont ces indicateurs qui permettront d’évaluer concrètement les résultats de cette nouvelle stratégie agricole ivoirienne.


