Les Etats-Unis investissent plus de 320 milliards FCFA dans le secteur de l’électricité au Sénégal

Baptisé Senegal Power Compact, le programme d'investissements financé par le pays de l'Oncle Sam sera clôturé en 2027. Avec à la clé l'amélioration de l'accès à l'électricité pour 12 millions de Sénégalais.

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Lancé dans le cadre du partenariat avec les États-Unis, le Senegal Power Compact constitue l’un des principaux programmes d’investissement consacrés à la modernisation du secteur électrique sénégalais. D’un coût global de 600 millions de dollars, soit 352,5 milliards de FCFA, il bénéficie d’un financement de 550 millions de dollars (323,12 milliards de FCFA) de la Millennium Challenge Corporation (MCC), une agence américaine. Les 50 millions de dollars restants (29,3 milliards de FCFA) représentent la contribution de l’État du Sénégal.

Signé le 10 décembre 2018 et entré en vigueur le 9 septembre 2021, le programme devait initialement s’achever le 9 septembre 2026. Son calendrier a toutefois été prolongé jusqu’au 7 mars 2027, selon le directeur général du Millennium Challenge Account Sénégal II (MCA-Sénégal II), Oumar Diop. Au 22 octobre 2026, son taux d’exécution atteignait 99 %, a-t-il indiqué lors de la quatrième et dernière revue de la Feuille de route Électricité 2035. Ces résultats concernent les trois composantes du Compact : transport, accès et réforme.

Trois projets pour transformer le secteur électrique

Le projet « Transport », qui concentre l’essentiel des investissements, vise à renforcer le réseau de transport haute tension de la Société nationale de l’électricité (Senelec), notamment autour de Dakar. Il prévoit le remplacement de transformateurs et l’augmentation des capacités de transit. D’un coût global annoncé de plus de 220 milliards de FCFA, il a permis la mise en service progressive de nouvelles infrastructures aux postes de Diass, de l’aéroport Léopold-Sédar-Senghor, de Hann et de Kounoune. Ces installations doivent notamment sécuriser l’approvisionnement des zones urbaines, industrielles et aéroportuaires.

Le projet « Accès » cible les zones rurales et périurbaines du centre et du sud du pays. Il repose sur l’extension des réseaux moyenne et basse tension ainsi que sur des mesures destinées à encourager l’utilisation de l’électricité par les ménages et les entreprises. Selon le directeur général du MCA-Sénégal II, tous les villages ciblés ont été électrifiés, même si des raccordements restaient à réaliser dans une vingtaine de villages au 22 octobre 2026. Le programme contribue ainsi à l’objectif national d’accès universel à l’électricité à l’horizon 2029.

Le projet « Réforme » vise à renforcer le cadre juridique, la régulation et les capacités des institutions du secteur. Il s’appuie notamment sur le Code de l’électricité adopté en 2021, le renforcement de la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE) et l’amélioration de la gouvernance de Senelec. De nouveaux textes d’application du Code de l’électricité ont également été signés, selon le MCA-Sénégal II.

Le guichet unique pour simplifier les procédures de demandes de titres

Ce volet comprend également la mise en place d’un guichet unique numérique, dénommé SIGTEN (Système d’information et de gestion des titres d’exercice du secteur de l’énergie). Présenté le 27 octobre 2026 par le ministère de l’Énergie et du Pétrole, avec l’appui du MCA-Sénégal II, cet outil doit centraliser les demandes de titres d’exercice nécessaires aux opérateurs pour mener leurs activités dans le secteur électrique. Il vise à simplifier les procédures administratives, faciliter le suivi des dossiers et améliorer l’accès aux informations réglementaires.

L’initiative remonte à avril 2024, lorsque le MCA-Sénégal II avait organisé un atelier de validation du rapport de démarrage de l’étude consacrée à sa mise en place. Les travaux avaient associé le ministère chargé de l’Énergie, la CRSE et l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), avec l’appui d’un cabinet spécialisé. SIGTEN complète le dispositif du Bureau d’accès au réseau de transport (BART), également engagé dans le cadre du projet Réforme.

Les deux mécanismes répondent à des besoins distincts : le premier concerne les démarches administratives et l’obtention des autorisations d’exercice, tandis que le second porte sur l’accès des opérateurs au réseau de transport d’électricité. Leur complémentarité doit faciliter l’intervention des producteurs indépendants et des investisseurs privés. Toutefois, malgré sa présentation officielle en octobre 2026, le guichet unique n’était pas encore annoncé comme opérationnel. Aucune date précise de mise en service ni aucun taux d’exécution spécifique n’ont été communiqués. Son déploiement effectif reste donc un enjeu de la dernière phase du Compact.

Un levier pour les entreprises et l’investissement privé

Au-delà de l’électrification, le programme répond à une contrainte économique majeure : les insuffisances du réseau et les difficultés d’approvisionnement peuvent peser sur la compétitivité des entreprises et freiner les investissements productifs. Le renforcement du transport doit notamment faciliter l’intégration des capacités de production, y compris celles issues des énergies renouvelables et du gaz. L’extension des réseaux peut, de son côté, favoriser le développement d’activités agricoles, commerciales et industrielles dans les territoires concernés. Selon la secrétaire permanente à l’Énergie, Oumy Khairy Diao Diop, le Compact a contribué à électrifier 300 villages et à améliorer l’accès à l’électricité pour plus de 12 millions de Sénégalais.

Sur le plan des investissements, les réformes réglementaires et la mise en place de SIGTEN doivent également contribuer à rendre le marché plus accessible aux opérateurs privés. La simplification des formalités administratives et l’amélioration des conditions d’accès au réseau constituent des leviers importants pour attirer de nouveaux acteurs dans la production et les autres segments du secteur électrique.

Des défis de clôture et de pérennisation

Malgré le taux d’exécution annoncé de 99 %, plusieurs opérations restent à finaliser. Au 22 octobre 2026, des raccordements dans une vingtaine de villages étaient encore attendus, tandis que les infrastructures du projet « Transport » devaient faire l’objet d’une réception complète. Le MCA-Sénégal II prévoit leur finalisation d’ici à la fin novembre 2026.

L’opérationnalisation de SIGTEN constitue un autre enjeu. Au-delà de sa présentation, son efficacité dépendra de sa capacité à réduire effectivement les délais de traitement des dossiers, à faciliter les échanges entre les administrations et à être adopté par les opérateurs économiques. Son déploiement devra donc se traduire par des améliorations concrètes dans les démarches des investisseurs. La pérennité des infrastructures représente également un défi. Elle dépendra des capacités de Senelec, de l’ASER et de la CRSE à assurer la maintenance des équipements, à préserver la fiabilité du réseau et à poursuivre les réformes engagées.

Avec une clôture prévue en mars 2027, le Sénégal Power Compact entre dans sa dernière phase. Au-delà des investissements réalisés, son véritable bilan dépendra de la capacité du Sénégal à préserver les infrastructures, à transformer l’amélioration de l’accès à l’électricité en activités économiques et à offrir un cadre réglementaire suffisamment attractif pour mobiliser de nouveaux capitaux privés.

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