Depuis sa création en 2000, l’AGOA constitue l’un des principaux mécanismes américains d’accès préférentiel au marché pour les pays d’Afrique subsaharienne éligibles. Le dispositif permet l’accès en franchise de droits au marché américain pour plus de 1 800 produits, en complément de plus de 5 000 produits couverts par le régime américain de préférences généralisées. L’USTR recensait 32 pays bénéficiaires en 2024.
Le projet H.R. 6500 prévoit de prolonger l’AGOA jusqu’au 31 décembre 2028. Adopté par la Chambre des représentants en janvier 2026, le texte a ensuite été transmis au Sénat. À ce stade, l’extension doit encore être considérée comme une proposition législative tant que son adoption définitive et sa promulgation ne sont pas confirmées.
Un accès préférentiel au marché américain
Les échanges de marchandises entre les États-Unis et l’Afrique ont atteint 83,4 milliards de dollars en 2025. Les exportations américaines vers le continent représentaient 40,4 milliards de dollars, tandis que les importations américaines en provenance d’Afrique atteignaient 43 milliards de dollars. Pour l’Afrique subsaharienne, les échanges de marchandises avec les États-Unis se sont élevés à 56,4 milliards de dollars en 2025. Les importations américaines en provenance de la région ont représenté 33,6 milliards de dollars.
L’AGOA permet ainsi aux entreprises des pays éligibles de bénéficier d’un accès préférentiel au marché américain pour un large éventail de produits. Pour les entreprises exportatrices, la durée du dispositif constitue donc un élément important dans la planification des investissements et des contrats commerciaux.
Une fenêtre pour renforcer les capacités de production
L’accès préférentiel ne suffit toutefois pas à augmenter les exportations. Les entreprises doivent être capables de produire les volumes demandés, de respecter les normes applicables et de maîtriser leurs coûts de production et de transport.
L’enjeu concerne notamment les secteurs de l’agro-industrie, du textile et de l’habillement, ainsi que plusieurs activités manufacturières. Le projet d’extension de l’AGOA prévoit notamment le maintien des préférences commerciales et de certaines dispositions spécifiques concernant les produits textiles et vêtements jusqu’à fin 2028. Pour les entreprises africaines, ces trois années supplémentaires peuvent donc servir à investir dans les équipements, augmenter les capacités de production, améliorer les standards et sécuriser les chaînes d’approvisionnement.
La Chine et l’Afrique commercent déjà à plus grande échelle
L’accès au marché américain intervient dans un environnement commercial où l’Afrique dispose de plusieurs partenaires majeurs. Le commerce de marchandises entre la Chine et l’Afrique a atteint 295,6 milliards de dollars en 2024, selon les données publiées par les autorités chinoises. Le montant est nettement supérieur aux 83,4 milliards de dollars d’échanges de marchandises entre les États-Unis et l’Afrique enregistrés en 2025.
Pour les entreprises africaines, cette situation signifie que l’enjeu ne se limite pas à l’accès au marché américain. Les capacités industrielles développées pour répondre aux exigences d’un marché peuvent également être utilisées pour cibler d’autres débouchés internationaux.
Le marché africain offre également des débouchés
Le commerce intra-africain constitue une autre source de croissance potentielle. Selon Afreximbank, les échanges entre pays africains ont atteint 220,3 milliards de dollars en 2024, en hausse de 12,4 % sur un an. Dans le même temps, le commerce total de marchandises de l’Afrique a atteint environ 1 500 milliards de dollars en 2024.
Ces données montrent l’existence d’un marché continental important pour les entreprises capables de développer des produits adaptés à plusieurs pays. La Zone de libre-échange continentale africaine peut également faciliter progressivement cette expansion en réduisant les obstacles au commerce entre économies africaines.
Trois années pour préparer l’expansion
Si l’extension jusqu’en 2028 est définitivement adoptée, les entreprises bénéficiaires disposeront d’un horizon plus long pour planifier leurs investissements et leurs stratégies commerciales. Pour un investisseur, plusieurs indicateurs permettent d’évaluer le potentiel d’une entreprise exportatrice : capacité de production, évolution du chiffre d’affaires à l’export, carnet de commandes, coûts logistiques, niveau de transformation locale, accès au financement et diversification des marchés.
L’intérêt économique de l’AGOA dépendra donc moins de l’existence du dispositif que de la capacité des entreprises à transformer cet accès préférentiel en volumes supplémentaires, en investissements productifs et en revenus. L’AGOA offre aux entreprises africaines éligibles un accès préférentiel au marché américain et son extension envisagée jusqu’en 2028 pourrait leur apporter trois années supplémentaires pour organiser leur développement à l’export.
Dans un environnement où les échanges sino-africains ont atteint 295,6 milliards de dollars en 2024 et où le commerce intra-africain s’est établi à 220,3 milliards de dollars, les entreprises disposent de plusieurs marchés à développer. Pour les exportateurs africains, l’enjeu des prochaines années sera donc de convertir cet accès au marché américain en investissements, en capacités de production et en diversification commerciale, tout en développant parallèlement leurs débouchés sur le marché africain et auprès d’autres partenaires internationaux.


