La métallurgie camerounaise affiche une augmentation des prix à la production de 4,2 % au deuxième trimestre 2026. Une évolution qui intervient dans un contexte d’investissements industriels, de renchérissement des matières premières et de besoins croissants en matériaux de construction. La filière représente désormais un poids économique important, avec un chiffre d’affaires annuel estimé à 500 milliards de FCFA selon les professionnels du secteur.
Fer à béton, tôles, tubes métalliques, fils machine ou encore profilés en acier : les produits métallurgiques occupent une place essentielle dans l’économie camerounaise. Ils interviennent dans la construction des bâtiments, les travaux publics, les infrastructures routières et les équipements industriels. Au deuxième trimestre 2026, cette branche industrielle enregistre une progression notable de ses prix à la production. Selon la note d’analyse de l’Institut national de la statistique, les prix dans la métallurgie et la fabrication d’ouvrages en métaux progressent de 4,2 % par rapport au premier trimestre. Cette hausse est de 4,3 % en glissement annuel, selon le tableau statistique de la publication.
Les matières premières et les tensions internationales parmi les facteurs explicatifs
Plusieurs facteurs permettent de comprendre cette évolution. Le premier est le renchérissement des matières premières métalliques sur les marchés internationaux. Les perturbations des circuits d’approvisionnement, dans le contexte des tensions au Moyen-Orient et du conflit entre l’Iran et les États-Unis, ont contribué à renchérir les cours de certains métaux. Pour les industriels camerounais, qui dépendent notamment des billettes importées et de la ferraille pour alimenter leurs unités de transformation, ces tensions peuvent se traduire par une augmentation des coûts d’approvisionnement.
À cela s’ajoutent les investissements réalisés dans la filière au cours des dernières années. L’installation et l’extension de nouvelles unités industrielles ont renforcé les capacités nationales de transformation du fer et de l’acier. La demande liée au secteur du bâtiment et des travaux publics constitue également un débouché important pour ces industries. Les besoins en matériaux de construction soutiennent notamment les activités de production de tôles, de fer à béton et de profilés métalliques.
Des capacités industrielles importantes
La filière compte plusieurs acteurs majeurs, notamment Prometal, les Aciéries du Cameroun, Metafrique Steel, Alucam et Proalu. Selon les données communiquées par les professionnels à travers l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux (OCITRAM), le secteur dispose de capacités de transformation estimées à environ 1,2 million de tonnes par an. Dans le segment du fer à béton, les capacités installées sont estimées à 627 000 tonnes annuelles, pour une demande nationale évaluée à environ 180 000 tonnes.
Pour les tôles planes laminées à chaud ou à froid, les capacités annoncées atteignent 43 000 tonnes par an, contre une demande de 21 000 tonnes. La production annuelle de tubes est estimée à 34 000 tonnes de capacité, pour une demande de 14 000 tonnes. Ces données montrent que les investissements industriels ont considérablement renforcé le potentiel de transformation du pays. Meme si les installations ne tournent pas encore à plein régime.
500 milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel
Sur le plan économique, la métallurgie représente un enjeu important pour l’industrie camerounaise. D’après l’OCITRAM, les principales entreprises regroupées au sein de cette organisation représentent environ 95 % du marché national, près de 500 milliards de FCFA de chiffre d’affaires annuel et plus de 4 000 emplois. Ces chiffres traduisent le poids économique de la filière dans la transformation industrielle, la création d’emplois et l’approvisionnement du marché national.
Cependant, derrière ces performances se cachent également des difficultés. Les industriels restent confrontés aux contraintes d’approvisionnement en matières premières, au coût de l’énergie et à la nécessité de trouver des débouchés pour leurs produits. La capacité de transformation installée, largement supérieure à certains segments de la demande intérieure, pose également la question de la commercialisation des excédents et de la conquête des marchés extérieurs.
Un potentiel à consolider
Pour consolider cette dynamique, plusieurs défis restent à relever : sécuriser l’approvisionnement en matières premières, améliorer la compétitivité énergétique, développer la transformation locale et renforcer les exportations vers les marchés de la sous-région.
La progression de 4,2 % des prix à la production au deuxième trimestre 2026 témoigne ainsi des tensions et des évolutions qui traversent la filière. Pour le Cameroun, le défi consiste à faire de la métallurgie un véritable moteur de transformation industrielle et de création de richesse. L’enjeu est désormais de transformer les capacités industrielles installées en production effective, en valeur ajoutée et en revenus durables.

