« Arrêtons l’exploitation de l’or au Cameroun » : Dr Bareja Youmssi (Interview exclusive 2/3)

Or, bauxite, cobalt, nickel, manganèse... Dans cette deuxième partie de l’interview, le géologue et expert en mines et pétrole, Dr Bareja Youmssi, estime qu’une réforme globale et une forte impulsion politique sont indispensables pour rendre le secteur minier plus attractif.

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Dr Bareja YOUMSSI. Géologue, Expert en mine et pétrole

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D’après vous, sur quoi les autorités doivent-elles se concentrer principalement pour rendre le secteur minier camerounais plus attractif ?

Il faut une réforme globale du secteur minier. Si vous voulez faire du secteur minier la flèche de lance de votre économie, donnez davantage d’attention à ce secteur. Je propose la création d’un ministère des Mines uniquement. Aujourd’hui, nous avons le ministère des Mines, de l’Industrie et de l’Innovation Technologique. C’est trop lourd. Créons un ministère des Mines. Le Gabon a un ministère des Mines. Le Tchad a un ministère des Mines. Le Congo a un ministère des Mines.

Et si on crée un ministère des Mines, il faut également faire une réforme de ce ministère, parce qu’aujourd’hui, il y a toujours des conflits de compétences. La SONAMINES doit s’occuper du côté opérationnel. Le ministère doit s’occuper de la paperasse et des réglementations. Il faut aussi faire l’inventaire de notre potentiel géologique. Il faut regarder les informations dont nous disposons et revoir le Code minier. Tout cela doit être fait ensemble.

Et il faut surtout une impulsion politique. Tout part d’une volonté, d’une forte volonté. Le président donne l’impulsion et les autres suivent.

Près de 44 tonnes d’or ont pu sortir illégalement du Cameroun entre 2021 et 2025. Où se situe précisément la faille : dans l’exploitation, le contrôle, la commercialisation ou l’exportation ?

Le problème de l’or au Cameroun date de longtemps. Moi, j’ai pris ma ligne de référence en 2010. C’est en 2010 que nous avons commencé une exploitation artisanale semi-mécanisée au Cameroun. L’exploitation semi-mécanisée est née notamment avec la construction du barrage de Lom Pangar. Les Chinois qui avaient gagné le marché sont arrivés sur le site. Ils ont compris qu’il y avait de l’or. C’est à ce moment-là qu’on commence à perdre la main sur l’exploitation de l’or.

On pouvait ne serait-ce qu’évaluer notre potentiel. Mais personne n’a jamais pris la peine d’évaluer le potentiel aurifère des flats camerounais, surtout dans la région de l’Est. Quand les gens ont compris qu’il y avait de l’or dans les flats aurifères, c’est devenu comme un terrain : chacun commence à acheter. Une grande partie des autorisations d’exploitation semi-mécanisée dans la région de l’Est sont détenues par des personnes qui ont des connexions avec les autorités et non par de véritables opérateurs privés.

Il y avait cette exploitation et il y avait le CAPAM sur le terrain. Ils étaient là pour encadrer cette filière. Mais l’or n’a jamais été véritablement tracé au Cameroun. L’or a été exploité et nous avons des frontières poreuses. Pour sortir avec de l’or du Cameroun, il n’y a même pas besoin de rencontrer de grandes difficultés. Le réseau est bien établi.

Il y a la Chine, l’Inde, le Liban et beaucoup d’opérateurs d’Afrique de l’Ouest au Cameroun qui exploitent de l’or. Nous avons une production qui tend vers 20 tonnes, et cela concerne seulement l’exploitation artisanale, parce que nous n’avons pas de mines industrielles.

Comment assainir cette filière et mieux contrôler les conséquences environnementales de l’exploitation de l’or ?

Il n’y a pas d’eau. Il n’y a pas d’électricité. Il n’y a rien. Il n’y a pas de plan d’aménagement. Même l’agriculture ne peut pas véritablement se développer. Avec l’exploitation anarchique qui se passe là-bas, les terres sont polluées. Il y a de la pollution partout parce qu’on a autorisé l’utilisation du mercure, du cyanure et de produits chimiques sans aucun contrôle. Mais il n’y a jamais eu de véritable monitoring sur ces produits, sur les produits chimiques qu’on permet aux opérateurs d’utiliser. Surtout les Chinois. Les terres sont souillées, l’écosystème est détruit parce que, quand les Chinois font l’exploitation, ils vous laissent des cratères. J’ai dénombré environ 200 cratères dans la région de Bétaré-Oya.

À l’heure actuelle, le ministère perçoit 63 millions de francs CFA de caution environnementale auprès de chaque exploitant. Que fait-on de cet argent ? Cet argent est supposé servir à la réhabilitation des sites. Si jamais le minier ne fait pas son travail de réhabilitation, on prend cet argent et la SONAMINES doit pouvoir procéder à la réhabilitation. Mais cela ne se passe pas.

Donc, à un moment, il faut dire stop et procéder à l’assainissement de ce secteur. J’ai dit au ministre : « Monsieur le Ministre, on ne peut pas réparer une voiture qui est toujours en train de rouler. » Dans certains pays, quand il y a ce désordre dans un secteur, on arrête tout. On lance un moratoire. Le Congo a fait cela avec le cobalt. Si on arrête l’exploitation de l’or au Cameroun pendant un certain temps, cela va déranger qui ? Arrêtons l’exploitation de l’or au Cameroun. Donnons-nous le temps de mettre les choses en place avant de recommencer. Mais le ministre propose autre chose. Il dit qu’on va plafonner la production. Est-ce que vous pouvez plafonner une production minière ? La rentabilité d’un projet n’a jamais été identique.

Je propose donc une approche scientifique au ministre. Au lieu de plafonner la production, pourquoi ne pas d’abord, en amont, faire les évaluations des flats aurifères ? Quand un opérateur arrive et dit qu’il veut cette zone, après nos évaluations, on lui dit : « Il y a 200 kg d’or. » L’opérateur a le droit de faire son propre audit. Lorsqu’il revient et dit qu’il confirme qu’il y a bien 200 kg, est-ce que vous avez encore besoin de plafonner la production ? En passant par les évaluations, vous savez exactement ce qui se passe là-bas. Il ne peut pas vous tromper.

Le Cameroun dispose de minerais comme le cobalt, le nickel, le manganèse et le rutile, qui peuvent bénéficier de la demande mondiale liée aux technologies et à la transition énergétique. Comment le Cameroun peut-il saisir ces opportunités ?

Moi, j’aime bien être optimiste. On parle beaucoup de minéraux critiques. Il y a toujours des gens qui disent que nous avons des minéraux critiques. Mais qu’est-ce que le Cameroun a fait pour inventorier ces minéraux critiques ? On sait qu’il y en a. Mais ce ne sont pas des devinettes. On ne devine pas. On fait des travaux.

Le projet de Lomié-Nkamouna, avec le nickel et le cobalt, est un gisement polymétallique. Le gisement de manganèse, il ne faut pas se le cacher, c’est comme le fer. C’est une chaîne. Le manganèse est un « by-product », un sous-produit. Ce n’est pas lui qui porte le projet.

Ce qui porte le projet de Lomié-Nkamouna, c’est le nickel. Et le nickel qu’il y a là-bas est de type latéritique. C’est un très mauvais nickel. C’est ce que les gens ne veulent pas entendre. Les procédés métallurgiques sont compliqués, extrêmement compliqués. C’est même pour cela que l’ancien opérateur, pendant 23 ans, n’a pas pu développer le projet. C’était lié à la complexité du gisement.

Quand on dit qu’il y a du cobalt, du nickel, du chrome, du manganèse, cela ne veut pas dire que tous ces minerais portent économiquement le projet. Le manganèse, c’est ce qu’on appelle un « bulk mineral ». C’est un minerai qui s’exploite en quantité, comme le fer ou la bauxite. Vous pouvez avoir un gisement où il y a plusieurs substances, alors que ce n’est pas le manganèse qui porte économiquement le gisement. Les sondages ont testé la présence d’or jusqu’à 140 mètres dans la roche.

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