Après avoir développé une première capacité de production autour du bassin d’Agadem, le Niger cherche désormais à élargir son industrie pétrolière. L’objectif affiché par les autorités est de mobiliser des capitaux, des technologies d’exploration et des compétences pour accélérer la mise en valeur des blocs encore sous-explorés.
Le pays dispose actuellement de 44 blocs pétroliers, dont 35 ouverts aux investisseurs, selon le ministre du Pétrole Hamadou Tini. Plus de 430 puits et un important volume de données sismiques sont également disponibles pour les opérateurs intéressés. L’enjeu n’est donc plus uniquement de produire davantage à partir des actifs existants, mais de transformer les données géologiques disponibles en nouveaux projets d’exploration et, à terme, en capacités de production.
35 blocs disponibles pour de nouveaux projets
Le portefeuille présenté aux investisseurs constitue le principal levier de développement de l’amont pétrolier nigérien. Sur les 44 blocs recensés par les autorités, 35 sont ouverts aux investisseurs. Le Niger cherche ainsi à diversifier ses partenaires et à attirer des entreprises disposant de capacités financières et technologiques dans l’exploration pétrolière.
Cette stratégie intervient dans un contexte où le pays dispose déjà d’une production commerciale. Le ministère du Pétrole indique une production actuelle de 110 000 barils par jour, dont environ 20 000 barils destinés au marché intérieur et 90 000 barils exportés.
Un potentiel encore largement sous-exploré
Le potentiel géologique constitue l’un des principaux arguments avancés par Niamey. Selon les données communiquées par le ministère du Pétrole, environ 70 % du territoire nigérien se trouve sur un bassin sédimentaire, mais seulement 6 % de ce bassin a été exploré.
Le ministre du Pétrole a également indiqué que les réserves prouvées actuellement exploitées atteignent environ 853 millions de barils. Les ressources potentielles sont estimées à 2,7 milliards de barils dans le bassin de Kafra et entre 6,8 et 6,9 milliards de barils dans le bassin occidental. Ces chiffres correspondent à des ressources potentielles et ne doivent donc pas être assimilés aux réserves prouvées. Pour les opérateurs, cette différence entre ressources potentielles et réserves prouvées implique un besoin important d’investissements dans l’acquisition de données, l’interprétation sismique, le forage et l’évaluation commerciale des découvertes.
L’objectif de monter vers 400 000 barils par jour
Le Niger vise une augmentation significative de sa production. Le ministère du Pétrole a précédemment fixé comme objectif 400 000 barils par jour à l’horizon 2030. Cette trajectoire suppose le développement de nouveaux champs, l’intensification de l’exploration et la mise en place des infrastructures nécessaires à l’évacuation et à la transformation des hydrocarbures.
Le pays dispose déjà d’une raffinerie à Zinder d’une capacité de 20 000 barils par jour. La production supplémentaire destinée à l’exportation nécessite également des infrastructures de transport adaptées. Actuellement, environ 90 000 barils par jour sont exportés via le pipeline reliant les zones de production au marché international.
Les données pétrolières deviennent un actif à valoriser
Au-delà des capitaux et des équipements, le ministère veut renforcer la gestion des données géologiques et pétrolières. Le secrétaire général du ministère du Pétrole, Abdoul Karim Mohamed Ali, a notamment plaidé pour la mise en place d’une banque de données centralisée, capable de numériser, classer et présenter les informations relatives aux différents blocs.
L’objectif est de faciliter la constitution de data rooms permettant aux opérateurs d’évaluer plus rapidement les opportunités avant de prendre des décisions d’exploration. Cette infrastructure de données peut également réduire les délais liés à l’accès à l’information technique et améliorer la présentation des actifs pétroliers aux partenaires internationaux.
« Nous avons un seul bloc pétrolier qui est en production et nous avons neuf autres blocs qui sont en exploration. On ne parle pas des autres 35 blocs pétroliers. »
Sur les perspectives de production, il ajoute :
« Dans cinq blocs pétroliers, très avancés avec des données excellentes, nous souhaiterions réellement continuer l’exploration pour avoisiner le million de barils de production. »
Le secrétaire général insiste également sur le besoin de technologies et de capitaux étrangers : « Nous souhaiterions attirer l’investissement américain et la technologie américaine dans l’exploration de nos blocs. »
Il présente enfin la création d’une banque de données comme un élément de structuration du secteur : « Une cellule qui centralise nos données, qui les numérise, qui les hiérarchise, afin qu’aujourd’hui il y ait plus de facilitation de présenter avec des data room précis. »
De son côté, le représentant de l’ambassade des États-Unis a salué la démarche des autorités nigériennes et indiqué que cette rencontre permettait de mieux identifier les opportunités offertes par le secteur pétrolier et gazier du pays. Il a également évoqué la possibilité d’attirer de nouveaux investisseurs américains au Niger.
« Les États-Unis sont présents aujourd’hui. Nous sommes très heureux de rencontrer le secrétaire général afin d’en savoir davantage sur les opportunités offertes par le Niger. »
Il poursuit : « C’est une excellente occasion pour nous de découvrir précisément les opportunités que le Niger a à offrir. Les États-Unis privilégient une politique de coopération gagnant-gagnant. C’est également une belle opportunité pour nous d’apporter notre contribution et d’attirer davantage d’investisseurs américains au Niger. »
Le Niger dispose aujourd’hui d’un portefeuille de 35 blocs ouverts aux investisseurs, de données issues de plus de 430 puits, de 853 millions de barils de réserves prouvées actuellement exploitées et de ressources potentielles évaluées à plusieurs milliards de barils. La prochaine étape consiste à convertir ce potentiel géologique en projets d’exploration, puis en découvertes commercialement exploitables. Cela nécessitera des capitaux, des technologies de forage et d’analyse sismique, mais aussi des infrastructures de transport, de stockage et de transformation.
La volonté affichée par Niamey de renforcer ses échanges avec les entreprises américaines s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de diversification des partenaires et d’accélération de l’exploration pétrolière. Le véritable enjeu sera désormais de transformer les blocs disponibles et les données géologiques en investissements effectivement engagés sur le terrain.

