La Guinée franchit une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources aurifères. Le 1er novembre 2026, le président Mamadi Doumbouya a inauguré la Nimba Gold Refinery (NGR), implantée à la Cité de l’Air, dans la commune de Gbessia, à Conakry. Première raffinerie d’or du pays, cette infrastructure doit permettre de développer localement les activités de raffinage, de certification et de commercialisation du métal précieux.
L’enjeu est économique. Jusqu’ici, la Guinée tirait l’essentiel de ses revenus aurifères de l’extraction et de l’exportation. En développant une capacité nationale de raffinage, les autorités entendent conserver une part plus importante de la valeur générée par cette ressource et structurer une chaîne industrielle en aval de l’exploitation minière.
Selon Bangaly Steve Touré, directeur général adjoint du Fonds d’investissement minier de Guinée, cité par Reuters, le coût de construction de Nimba Gold Refinery est estimé à 30 millions de dollars, soit environ 17,4 milliards de FCFA. Le projet est structuré sous la forme d’un partenariat public-privé (PPP). L’installation doit initialement traiter 530 tonnes d’or par an, avant une montée en puissance à 733 tonnes. Cette capacité annoncée la positionne parmi les importantes infrastructures de raffinage du continent.
Toutefois, le coût de construction ne renseigne pas à lui seul sur la rentabilité de l’investissement. La structure précise du financement, les modalités de rémunération des partenaires, les tarifs de raffinage et les conditions d’exploitation restent des éléments déterminants pour apprécier la viabilité économique du projet.
La Guinée ne se contentera plus d’être un simple fournisseur de matières premières…
Cette raffinerie d’or s’inscrit dans une logique défendue par le président Mamadou Doumbouya: faire de la transformation locale des ressources minières un levier d’industrialisation et de souveraineté économique. Le 19 juin 2026, lors d’une rencontre avec les acteurs des secteurs aurifères industriel, semi-industriel et artisanal, le chef de l’État avait affirmé :
La Guinée ne se contentera plus d’être un simple fournisseur de matières premières destinées aux usines du reste du monde. Désormais, l’or extrait du sous-sol guinéen sera transformé sur le territoire national.
Cette orientation s’accompagne d’un changement dans la politique d’exportation. La Guinée entend désormais renforcer le raffinage local avant la commercialisation de son or sur les marchés internationaux. Pour les autorités, l’objectif est de mieux maîtriser les flux aurifères et de favoriser la création de valeur ajoutée sur le territoire national.
Une capacité de raffinage supérieure à la production nationale
L’un des principaux enjeux économiques de Nimba Gold Refinery réside dans son approvisionnement. Selon Reuters, la Guinée a produit environ 2,32 millions d’onces d’or en 2025, soit près de 72,16 tonnes, pour une valeur estimée à 7 milliards de dollars soit 4079, 5 milliards Fcfa. À pleine capacité, la raffinerie pourrait donc traiter un volume équivalent à plus de dix fois la production nationale de l’année 2025. Ce décalage pose une question centrale : comment assurer un approvisionnement durable à une installation de cette dimension ?
Il faut savoir que l’ambition affichée par Conakry dépasse le seul traitement de l’or guinéen. Les autorités souhaitent positionner le pays comme un centre régional de raffinage, capable d’attirer des volumes provenant d’autres producteurs ouest-africains. Cette perspective ouvre des possibilités commerciales, mais place également la raffinerie face à une concurrence régionale. Le Ghana, le Mali et le Burkina Faso développent eux aussi leurs capacités de transformation locale. La compétitivité de Nimba Gold Refinery dépendra donc de ses coûts, de la qualité de ses services et de sa capacité à sécuriser des contrats d’approvisionnement.
Traçabilité, réserves de change et formalisation de l’or artisanal
Au-delà du raffinage, les autorités guinéennes cherchent à mieux contrôler les circuits de commercialisation de l’or. Lors de l’inauguration, le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, a évoqué la volonté de l’État d’acquérir en francs guinéens jusqu’à 30 % de la production des sociétés aurifères industrielles et semi-industrielles, conformément aux dispositions réglementaires applicables. Ce mécanisme vise notamment à permettre à la Banque centrale de renforcer ses réserves de change et d’améliorer la maîtrise des flux aurifères.
La formalisation de la production artisanale constitue un autre enjeu. Une meilleure traçabilité de l’or, depuis son extraction jusqu’à son exportation, pourrait contribuer à sécuriser les transactions, à limiter les circuits informels et à faciliter l’accès aux marchés internationaux. Pour le secteur minier, les retombées attendues concernent également la création d’emplois qualifiés, le transfert de compétences techniques et le développement de services industriels associés au raffinage. Ces effets restent toutefois à mesurer à travers les volumes effectivement traités, les emplois créés et la part de la valeur ajoutée conservée dans l’économie nationale.
Le véritable test sera économique
L’inauguration de Nimba Gold Refinery constitue une avancée dans la stratégie d’industrialisation de la Guinée. Elle traduit une volonté de ne plus limiter les retombées minières aux seules activités d’extraction. Mais, la présence d’une raffinerie sur le territoire ne garantit pas automatiquement une hausse des revenus publics, des emplois durables ou une meilleure rémunération des producteurs. La rentabilité du projet dépendra notamment de son taux réel d’utilisation, de la disponibilité de l’or à traiter, des coûts énergétiques et logistiques, des conditions d’approvisionnement et de sa capacité à attirer des clients régionaux. La transparence sur la structure de propriété, les contrats d’approvisionnement, les tarifs de raffinage et les volumes effectivement traités permettront également d’évaluer les retombées réelles de l’investissement.
Pour la Guinée, l’enjeu dépasse donc l’inauguration d’un nouvel équipement industriel. Il s’agit de transformer une ambition de souveraineté économique en une chaîne de valeur compétitive, capable de générer durablement des emplois, des compétences et des revenus sur le territoire national. La réussite de Nimba Gold Refinery ne se mesurera pas uniquement à ses 733 tonnes de capacité annoncée, mais à la quantité d’or effectivement raffinée, à la valeur ajoutée conservée en Guinée et aux bénéfices économiques réellement redistribués.

