Cameroon Business Forum 2026 : déficit commercial de 2 145 milliards FCFA, PME sous pression… le Cameroun face à l'urgence des réformes

Réunis à Douala les 22 et 23 octobre 2026, les pouvoirs publics et le secteur privé ont remis au centre du débat la compétitivité des entreprises et la transformation productive. Avec un déficit commercial en hausse de 22,8 % en 2025 et plus de 443 000 PME recensées, le Cameroun dispose d'un tissu entrepreneurial important, mais doit encore lever des obstacles structurels pour transformer la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en moteur d'investissement, d'industrialisation et d'exportation.

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La relance du Cameroon Business Forum (CBF), les 22 et 23 octobre 2026 à Douala, intervient à un moment charnière pour l’économie camerounaise. Six ans après la dernière session plénière organisée en octobre 2020, cette plateforme de dialogue entre le gouvernement et le secteur privé revient avec une question stratégique : comment transformer les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) en investissements productifs, en exportations supplémentaires et en emplois durables ?

Présidée par le Premier ministre, chef du gouvernement, Chief Dr Joseph Dion Ngute, l’ouverture de la 12ᵉ édition s’est tenue sous le thème : « ZLECAf et transformation productive : quelles réformes pour faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique ? » Les travaux ont porté notamment sur la facilitation du commerce, le financement de l’industrialisation, l’innovation et l’accompagnement des entreprises.

Derrière cette ambition, les chiffres soulignent l’ampleur du défi. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le déficit commercial du Cameroun a atteint 2 145,2 milliards de FCFA en 2025, contre 1 747,3 milliards en 2024, soit une aggravation de 22,8 %. Cette détérioration résulte de la baisse des recettes d’exportation de 5,2 %, combinée à une hausse de 4,6 % des dépenses d’importation. Ces données mettent en évidence une contradiction : le Cameroun ambitionne de renforcer sa présence sur les marchés africains, mais ses performances commerciales restent fragiles. La question n’est donc plus seulement de promouvoir les opportunités du pays, mais de renforcer sa capacité à produire localement, à transformer ses matières premières et à exporter des biens à plus forte valeur ajoutée.

La ZLECAf, un marché de 3 400 milliards de dollars à conquérir

La Zone de libre-échange continentale africaine représente une opportunité considérable pour les entreprises camerounaises. Selon la Banque mondiale, cet espace économique rassemble 1,3 milliard de personnes dans 55 pays, avec un produit intérieur brut cumulé estimé à 3 400 milliards de dollars. À terme, une mise en œuvre approfondie de l’accord pourrait favoriser les investissements, la diversification des exportations et la création d’emplois.

Pour le gouvernement, l’intégration commerciale africaine doit permettre au Cameroun de renforcer sa politique d’import-substitution, d’accroître la transformation locale et de tirer parti de sa position géographique en Afrique centrale. À l’ouverture du CBF, Joseph Dion Ngute a appelé les participants à formuler des propositions concrètes pour améliorer le climat des affaires et soutenir cette transformation productive.

L’enjeu est de faire du pays une plateforme de production et de distribution capable de servir les marchés régionaux. L’agro-industrie, la transformation du bois, les matériaux de construction, la métallurgie et certaines activités manufacturières présentent des possibilités de développement, sous réserve d’investissements suffisants et d’une amélioration des infrastructures. La priorité consiste donc à réduire les coûts de production et de circulation des marchandises, tout en renforçant la capacité des entreprises camerounaises à proposer des produits compétitifs.

Un déficit commercial de 2 145 milliards FCFA : le signal d’alarme

Le chiffre publié par l’INS donne une dimension concrète aux discussions de Douala. En 2025, le déficit commercial s’est creusé de 398 milliards de FCFA par rapport à 2024. Cette évolution s’explique par une baisse des recettes d’exportation de 168,1 milliards de FCFA et une augmentation des dépenses d’importation de 229,8 milliards.

En 2024, le déficit s’était pourtant amélioré de 12,8 %, pour s’établir à 1 747,3 milliards de FCFA, grâce à une progression des recettes d’exportation de 8,8 % et à une hausse limitée des importations. Le retournement observé en 2025 rappelle ainsi la fragilité des performances commerciales du pays (Sources : INS, commerce extérieur 2024 et 2025).

Une évolution qui pourrait indiquer que, dans leur ensemble, les recettes générées par les ventes à l’étranger ont diminué alors que la facture des importations progressait. Pour les investisseurs, la question est centrale : quelles productions locales pourraient remplacer une partie des importations sans compromettre la compétitivité des entreprises ? Et quelles filières camerounaises sont capables d’augmenter leurs exportations vers les autres marchés africains ?

Célestin Tawamba : l’exécution des réformes au cœur du débat

Le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba, a placé la question de l’exécution au centre de son intervention. Son message aux pouvoirs publics est clair : le problème ne réside plus uniquement dans le diagnostic des difficultés, mais dans la capacité à appliquer les mesures annoncées. Le patronat a notamment dénoncé les contraintes liées à la dégradation des routes, aux interruptions d’électricité, à la pression fiscale, à l’accès difficile au financement, aux retards de paiement de l’État et à l’insécurité foncière. Autant de facteurs qui augmentent les coûts d’exploitation et compliquent les décisions d’investissement. Le GECAM a notamment défendu trois priorités :

  1. Des recommandations limitées et mesurables : retenir une dizaine de mesures prioritaires, attribuer à chacune un responsable et une échéance, puis publier un bilan d’exécution après six mois.
  2. Une loi de finances 2027 davantage tournée vers l’investissement : le patronat souhaite que les dépenses d’investissement progressent plus rapidement que les dépenses de fonctionnement.
  3. Un calendrier d’apurement des arriérés intérieurs de l’État : il demande également que les crédits de TVA soient remboursés dans les délais légaux.

Ces propositions traduisent une préoccupation de trésorerie et de visibilité. Lorsqu’une entreprise attend un paiement public ou le remboursement d’un crédit de TVA, les ressources immobilisées peuvent réduire sa capacité à payer ses fournisseurs, financer ses stocks, recruter ou investir.

Plus de 443 000 PME : un potentiel économique encore à consolider

Les petites et moyennes entreprises représentent un enjeu majeur de la transformation productive. Selon les statistiques publiées par le ministère des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA), le Cameroun comptait en 2024 environ 443 524 PME en activité, sur un total de 444 302 entreprises recensées dans le périmètre statistique présenté par le ministère. Le nombre de PME créées dans les Centres de formalités de création des entreprises a atteint 21 132 en 2024, contre 19 651 en 2023, soit une progression de 7,5 % ( Source : MINPMEESA, données statistiques 2024).

Ces données témoignent du dynamisme entrepreneurial du pays. Elles ne renseignent toutefois pas, à elles seules, sur le taux de survie des entreprises, leur niveau de productivité, leur accès au crédit ou leur capacité à exporter. La densité du tissu entrepreneurial doit donc être accompagnée d’une montée en gamme de la production.

C’est l’un des enjeux mis en avant par le ministre des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, lors du CBF. Les échanges ont notamment porté sur le développement des unités de transformation locale, l’amélioration de l’accès au financement, la démarche qualité, l’innovation et l’accompagnement des entreprises dirigées par les jeunes et les femmes.

Pour les PME, l’accès au marché continental suppose des investissements parfois importants : modernisation des équipements, amélioration des procédés de production, certification des produits, digitalisation des opérations et maîtrise des procédures commerciales. Au-delà des discours, trois leviers ressortent comme déterminants pour la réussite de la stratégie industrielle camerounaise notamment le financement, la fiscalité et la sécurité juridique ainsi que la logistique et les infrastructures.

Du dialogue aux résultats : quels indicateurs pour évaluer les réformes ?

Le CBF 2026 remet en lumière une question de gouvernance économique : comment s’assurer que les recommandations formulées par les pouvoirs publics et les entreprises débouchent sur des changements mesurables ?

Pour les investisseurs, le suivi devrait notamment porter sur :

  1. le taux d’exécution des recommandations, avec un responsable et une échéance pour chaque mesure ;
  2. les délais et les coûts des formalités administratives, douanières et foncières ;
  3. les montants des arriérés intérieurs effectivement apurés et des crédits de TVA remboursés ;
  4. les financements réellement mobilisés pour les PME et les projets industriels ;
  5. l’évolution des exportations, en particulier celles des produits transformés ;
  6. les investissements productifs effectivement réalisés et les emplois créés.

Ces indicateurs permettraient de distinguer les réformes annoncées de celles qui sont appliquées, les intentions d’investissement des capitaux réellement engagés et les entreprises créées des entreprises qui deviennent durables et productives. Il serait également utile de publier périodiquement un tableau de bord accessible au secteur privé, afin que les entreprises puissent suivre les engagements et identifier les administrations responsables de leur mise en œuvre.

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