Sucre : 69,3 milliards de FCFA d’importations, l’équation industrielle du Cameroun

Le Cameroun a importé 208 443 tonnes de sucres raffinés en 2025, pour une valeur de 69,310 milliards de FCFA, selon l’Institut national de la statistique (INS). Un an plus tôt, les importations atteignaient 268 218 tonnes, pour 109,989 milliards de FCFA. Derrière cette baisse se pose une question industrielle : quelles capacités de production et de transformation faut-il développer pour réduire durablement la dépendance aux approvisionnements extérieurs ?

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Les chiffres du commerce extérieur donnent une première mesure de l’enjeu. En 2025, le Cameroun a acheté à l’étranger 208 443 tonnes de sucres raffinés de canne ou de betterave, pour 69,310 milliards de FCFA. En 2024, les volumes importés étaient plus élevés, à 268 218 tonnes, tandis que la facture atteignait 109,989 milliards de FCFA.

Selon l’INS, les importations ont ainsi diminué de 59 775 tonnes en volume, soit 22,3 %, et de 40,679 milliards de FCFA en valeur, soit 37 %.

La baisse est donc nette. Mais le niveau atteint en 2025 montre qu’une partie significative de l’approvisionnement du marché camerounais repose toujours sur des produits importés. Pour la filière locale, le sujet devient celui de la capacité à produire davantage, à transformer suffisamment et à maintenir une offre compétitive.

Un marché extérieur qui représente encore 69,3 milliards de FCFA

Les 69,310 milliards de FCFA enregistrés en 2025 correspondent exclusivement à la catégorie des sucres raffinés de canne ou de betterave, selon la nomenclature présentée par l’INS.

Il faut distinguer cette donnée de la rubrique plus large « sucres et sucreries », qui représente en 2025 222 864 tonnes pour 75,722 milliards de FCFA. Le chiffre de 69,310 milliards de FCFA concerne donc bien les sucres raffinés et non l’ensemble des produits classés dans les sucres et sucreries.

Cette distinction est importante pour mesurer correctement le marché. Elle évite également d’assimiler l’intégralité des importations de la rubrique « sucres et sucreries » à la seule activité sucrière industrielle.

Le problème n’est pas seulement agricole

Réduire les importations ne dépend pas uniquement de la superficie cultivée en canne à sucre. La filière nécessite des capacités sur plusieurs maillons : production agricole, irrigation, mécanisation, récolte, broyage, transformation, stockage et distribution.

Dans ses documents de planification, le le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) identifie la culture et la transformation de la canne à sucre comme une activité agro-industrielle destinée au marché national et sous-régional. Le ministère relève également les enjeux liés aux superficies cultivées, aux capacités industrielles et à la concurrence des produits importés.

L’équation industrielle est donc plus large que la seule augmentation des volumes de canne. Il s’agit de disposer d’un appareil productif capable de transformer cette matière première en sucre commercialisable dans des conditions compétitives.

 Le financement doit suivre toute la chaîne de production

Pour augmenter durablement l’offre locale, les besoins ne se limitent pas à l’usine. Ils concernent également les plantations et leur extension, l’irrigation, les équipements agricoles, la mécanisation de la coupe, les infrastructures de stockage et les moyens de transport.

Le MINEPAT avait notamment relevé, dans son analyse du secteur, les investissements nécessaires à l’irrigation, à la plantation et à la coupe mécanisée de la canne, à l’extension des plantations, à l’amélioration des rendements et à l’augmentation des capacités de production.

Cette configuration donne une lecture différente des 69,3 milliards de FCFA d’importations : ils permettent de mesurer la taille d’un flux commercial existant, mais ils ne constituent pas automatiquement un chiffre d’affaires disponible pour un producteur local.

Pour qu’un projet soit économiquement viable, il faut encore déterminer son coût de production, son besoin d’investissement, sa capacité annuelle, ses coûts logistiques, son prix de vente et sa capacité à concurrencer le sucre importé.

 La production locale doit aussi gagner en capacité

Les données disponibles montrent que la question de la capacité productive ne date pas de 2025. Dans son rapport sur l’état de la compétitivité de l’économie camerounaise en 2023, le MINEPAT relevait, pour plusieurs produits agro-industriels, l’importance de la production locale et des importations dans la satisfaction de la demande. Le ministère souligne plus largement la nécessité d’améliorer la compétitivité de l’offre locale.

Pour le sucre, le développement de nouvelles capacités doit donc être évalué à partir de données concrètes : rendement agricole, capacité de broyage, capacité de raffinage, disponibilité de la matière première, coûts énergétiques, logistique et débouchés commerciaux.

Ce sont ces paramètres qui permettent de déterminer si une nouvelle unité peut effectivement remplacer une partie des volumes importés.

Une baisse des importations, mais pas encore une disparition du besoin

La comparaison avec 2024 montre une évolution favorable du point de vue des importations de sucre raffiné. Le volume est passé de 268 218 tonnes à 208 443 tonnes, soit une diminution de 59 775 tonnes. La valeur est passée de 109,989 milliards à 69,310 milliards de FCFA, soit une baisse de 40,679 milliards de FCFA.

Mais cette baisse ne permet pas, à elle seule, de conclure que la production locale a remplacé l’intégralité des volumes concernés. Les variations des prix internationaux, des besoins du marché, des stocks, des autorisations d’importation et de la production locale peuvent également influencer les volumes importés.

Le chiffre de 2025 doit donc être lu comme un indicateur du niveau des approvisionnements extérieurs, et non comme un montant automatiquement récupérable par les producteurs locaux.

 De l’importation à la création de capacité productive

L’enjeu économique est finalement celui de la transformation d’un flux commercial extérieur en capacité productive intérieure.

Chaque projet destiné à augmenter l’offre locale doit répondre à plusieurs questions : combien de tonnes peut-il produire ? Avec quel investissement ? Sur quelle période ? À quel coût ? Avec quelles infrastructures ? Et pour quel marché ?

Cette approche permet de passer d’une logique de substitution aux importations à une logique de création de capacité industrielle.

Pour le Cameroun, la question ne se limite donc pas à la facture de 69,3 milliards de FCFA enregistrée en 2025. Elle porte sur les investissements nécessaires pour développer une filière capable de produire davantage, de transformer localement la matière première et d’assurer régulièrement l’approvisionnement du marché.

En 2025, le Cameroun a importé 208 443 tonnes de sucres raffinés, pour 69,310 milliards de FCFA, selon l’INS. Ces importations étaient en baisse de 22,3 % en volume et de 37 % en valeur par rapport à 2024.

Ces chiffres établissent un constat : malgré la baisse enregistrée en 2025, les approvisionnements extérieurs représentent encore un flux commercial important.

La réponse industrielle ne consiste donc pas uniquement à produire davantage de canne à sucre. Elle suppose de renforcer l’ensemble de la chaîne : production agricole, irrigation, mécanisation, transformation, stockage et logistique.

Pour les capitaux à la recherche de projets productifs, la donnée des 69,3 milliards de FCFA permet surtout d’identifier un marché approvisionné en partie par l’extérieur. La viabilité d’un projet dépendra ensuite de sa capacité à transformer cette demande en production locale compétitive, avec des investissements, des coûts et des débouchés clairement établis.

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