Le Zimbabwe veut désormais tirer davantage de valeur de son lithium avant son exportation. À Goromonzi, dans la province du Mashonaland East, une unité industrielle transforme le spodumène et la pétalite extraits localement en sulfate de lithium, un produit chimique intermédiaire utilisé dans la fabrication de matériaux destinés aux batteries lithium-ion.
L’investissement atteint 400 millions de dollars, soit environ 226,8 milliards de FCFA. La capacité annoncée de l’installation atteint 80 000 tonnes de sulfate de lithium par an, même si le ministre zimbabwéen des Mines et du Développement minier, Polite Kambamura, indiquait en juillet que l’usine fonctionnait alors à environ 60 % de sa capacité, avec une capacité de stockage de 50 000 tonnes par an selon les modalités opérationnelles rapportées.
L’enjeu dépasse donc la construction d’une nouvelle usine : il s’agit pour le Zimbabwe de déplacer progressivement ses exportations vers des produits ayant subi davantage de transformation sur son territoire.
Une première étape dans la chaîne de valeur des batteries
Le sulfate de lithium constitue un produit intermédiaire. Il se situe au-dessus du concentré de lithium dans la chaîne de transformation, mais encore en dessous des produits chimiques plus avancés comme le carbonate de lithium et l’hydroxyde de lithium, utilisés directement dans différentes technologies de batteries.
Le gouvernement zimbabwéen a clairement inscrit cette progression dans sa stratégie industrielle. Dans sa National Development Strategy 2 (NDS 2), le ministère des Mines indique que le pays veut poursuivre la transformation des concentrés de lithium en sels, puis progresser vers la production de carbonate et d’hydroxyde de lithium, deux composants importants de la chaîne de fabrication des batteries.
L’objectif affiché est donc de ne plus s’arrêter à l’extraction du minerai. Le gouvernement veut progressivement passer de la mine au traitement chimique, puis aux produits nécessaires à l’industrie des batteries.
Une capacité industrielle qui commence déjà à générer des exportations
Le projet n’est plus uniquement au stade de l’investissement. La production a commencé et le Zimbabwe a expédié en avril 2026 sa première cargaison de sulfate de lithium, présentée comme la première exportation de ce type en Afrique. L’installation de Goromonzi est ainsi devenue opérationnelle au cours du premier semestre 2026. Cette évolution intervient alors que le lithium prend une place croissante dans les exportations minières du pays.
Selon les données communiquées par le Minerals Marketing Corporation of Zimbabwe (MMCZ), les exportations de lithium ont généré 746 millions de dollars au premier semestre 2026. Les concentrés de spodumène représentaient 672,8 millions de dollars, tandis que le sulfate de lithium atteignait déjà 73,2 millions de dollars.
Ces chiffres montrent cependant que le concentré reste encore largement dominant. Le véritable changement consiste donc moins, pour l’instant, à remplacer totalement le concentré qu’à créer progressivement une nouvelle catégorie d’exportations issues de la transformation locale.
Le gouvernement accélère la fermeture du modèle basé sur le minerai brut
La construction de cette infrastructure intervient dans un contexte de durcissement de la politique minière zimbabwéenne. En février 2026, Harare a suspendu les exportations de minerais bruts et de concentrés de lithium, invoquant notamment la nécessité de renforcer la transformation locale, la transparence et la maîtrise des recettes minières. Cette décision a accéléré la pression exercée sur les producteurs pour investir dans des unités de transformation domestiques.
La stratégie était déjà inscrite dans la politique minière nationale. Le document NDS 2 prévoit notamment la sortie progressive des exportations de concentrés de lithium et l’orientation de la production vers les sels de lithium, avant une progression vers le carbonate et l’hydroxyde. Le calendrier est donc clair : le Zimbabwe cherche à réduire la part de valeur qui quitte le pays sous forme de minerai ou de concentré.
Une production de lithium en forte progression
Les données de la Reserve Bank of Zimbabwe, citant le ministère des Mines et la Chamber of Mines, montrent l’importance croissante de cette ressource. Au premier trimestre 2026, la production de lithium a atteint environ 551 050 tonnes, contre 358 468 tonnes au premier trimestre 2025, soit une progression d’environ 53,7 %.
En 2025, le Zimbabwe avait exporté environ 1,128 million de tonnes de concentré de spodumène, contre 1,014 million de tonnes en 2024, soit une hausse de 11 %. Les recettes étaient cependant restées quasiment stables, à environ 513,8 millions de dollars, contre 514,5 millions de dollars en 2024, en raison notamment de la baisse des prix du lithium.
Cette différence entre croissance des volumes et stagnation des recettes illustre précisément l’enjeu de la transformation locale : produire davantage ne garantit pas nécessairement une augmentation proportionnelle des revenus si le pays continue à vendre essentiellement des matières premières ou des concentrés.
D’autres investissements devraient suivre
Goromonzi pourrait donc être le début d’une nouvelle phase industrielle. À Bikita, le groupe Sinomine prépare un investissement de 500 millions de dollars dans une nouvelle unité de sulfate de lithium. La première phase doit produire 60 000 tonnes par an, avant une deuxième phase portant la capacité totale à 125 000 tonnes par an d’ici 2028.
À Goromonzi, Prospect Lithium Zimbabwe travaille également sur une unité de carbonate de lithium, dont l’avancement était annoncé à 90 % en juillet 2026. Le mouvement est donc en train de dépasser une seule usine. Il s’agit progressivement de constituer au Zimbabwe une chaîne industrielle autour des produits chimiques du lithium.
Avec son investissement de 400 millions de dollars, soit environ 226,8 milliards de FCFA, l’installation de Goromonzi matérialise le passage du Zimbabwe d’un modèle principalement fondé sur l’extraction et l’exportation du concentré vers un modèle intégrant davantage de transformation industrielle. Les 746 millions de dollars d’exportations de lithium enregistrés au premier semestre 2026, dont 73,2 millions provenant déjà du sulfate de lithium, montrent que cette mutation commence à produire des résultats commerciaux.
Mais le véritable enjeu se situe désormais au-delà du sulfate. Le gouvernement veut poursuivre la montée en gamme vers le carbonate et l’hydroxyde de lithium, puis, à terme, vers la fabrication de produits liés aux batteries. Le Zimbabwe ne cherche donc plus seulement à être un producteur africain de lithium. Il cherche à devenir un acteur de sa chaîne de valeur industrielle.

