À Sambangalou, dans la région de Kédougou, le Sénégal porte une infrastructure qui dépasse largement ses frontières. Le barrage hydroélectrique est l’un des projets majeurs de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG), organisation regroupant le Sénégal, la Gambie, la Guinée et la Guinée-Bissau.
Avec une puissance installée de 128 MW et un productible annuel de 394,3 GWh, l’ouvrage doit contribuer à l’intégration énergétique de ces quatre pays. Pourtant, derrière l’ambition régionale se trouve une réalité financière beaucoup plus nationale : le Sénégal a mobilisé le financement de l’ouvrage pour le compte des États membres de l’OMVG. L’OMVG estime le coût de construction à environ 388 millions d’euros, soit environ 254,5 milliards de FCFA, sur la base de la parité fixe de l’euro avec le franc CFA.
Cette situation place Dakar dans une position particulière : le pays supporte aujourd’hui l’effort de mobilisation financière d’un actif dont les bénéfices sont destinés à être partagés à l’échelle régionale.
Un investissement de près de 255 milliards de FCFA
Le barrage de Sambangalou représente l’une des infrastructures énergétiques structurantes de l’OMVG. Selon les données de l’organisation régionale, l’aménagement dispose d’une capacité de 128 MW pour une production annuelle estimée à 394,3 GWh.
Son coût est évalué à environ 388 millions d’euros, soit près de 254,5 milliards de FCFA. Ce montant donne la mesure de l’effort financier nécessaire pour achever l’ouvrage et ses infrastructures associées. Le projet ne se limite toutefois pas à la production d’électricité. Le barrage doit également contribuer à la mobilisation et à la régulation de l’eau ainsi qu’au développement des activités agricoles dans le bassin du fleuve Gambie. Son intérêt économique dépasse donc la seule production électrique.
Le Sénégal, principal porteur de l’effort financier
C’est sur le financement que se situe aujourd’hui le principal enjeu. L’OMVG indique que l’État du Sénégal a entièrement mobilisé le financement de Sambangalou pour le compte des États membres. Autrement dit, Dakar a joué le rôle de principal porteur financier d’un projet qui, dans son principe, relève d’une logique communautaire. Cette configuration permettait de faire avancer un investissement régional malgré les difficultés à mobiliser simultanément les contributions des quatre pays.
Mais cette situation crée également un risque pour les finances publiques sénégalaises si les mécanismes de remboursement ou de rétrocession ne sont pas suffisamment sécurisés. Le gouvernement sénégalais semble désormais vouloir corriger ce déséquilibre. Dans son communiqué du 1er juillet 2026, la présidence sénégalaise indique que le Premier ministre a demandé l’élaboration d’une feuille de route portant notamment sur la renégociation des échéanciers de paiement des prêts, la rétrocession du financement, le paiement des décomptes et la reprise des travaux. Cette feuille de route doit également servir de base aux discussions avec les autres États membres de l’OMVG.
Un projet régional confronté à des retards
Le montage financier n’est pas le seul problème. En juillet 2025, le gouvernement sénégalais indiquait que le projet affichait un taux d’avancement de 38 %, alors que les travaux de génie civil étaient suspendus depuis mars 2024.
Cette situation est particulièrement problématique pour un projet financé sur plusieurs années : plus le chantier prend du retard, plus les coûts financiers et les engagements liés aux prêts peuvent peser sur le porteur du financement. Le gouvernement sénégalais a donc placé Sambangalou parmi les grands projets nécessitant des solutions rapides, notamment en matière de paiement, d’arbitrage budgétaire et de contractualisation. En 2026, le dossier reste ainsi lié à deux impératifs : achever l’infrastructure et rééquilibrer son financement.
Un bénéfice énergétique partagé entre quatre économies
L’enjeu est d’autant plus important que la production de Sambangalou n’a pas vocation à rester exclusivement au Sénégal. Les 128 MW installés doivent alimenter le système énergétique régional et renforcer les échanges d’électricité entre les pays membres de l’OMVG.
Pour la Gambie, la Guinée et la Guinée-Bissau, l’ouvrage représente donc une source supplémentaire d’électricité. Pour le Sénégal, il constitue également un moyen d’accroître son offre énergétique et de consolider son rôle dans l’intégration électrique régionale. Le véritable retour sur investissement doit ainsi être évalué à l’échelle des quatre États, et pas uniquement à partir des recettes directes générées au Sénégal.
Le véritable enjeu : transformer une dette nationale en investissement régional
Le cas de Sambangalou met en évidence une difficulté classique des grands projets d’intégration africaine : les bénéfices sont régionaux, mais les mécanismes de financement restent souvent nationaux. Pour le Sénégal, la priorité consiste désormais à sécuriser la rétrocession du financement aux autres États membres de l’OMVG, afin que la charge financière corresponde davantage au caractère régional du projet.
Cette réorganisation est d’autant plus importante que Dakar évolue dans un contexte d’assainissement des finances publiques et de maîtrise de l’endettement. Le gouvernement sénégalais a d’ailleurs renforcé en 2026 son dispositif de gestion de la dette et cherche à optimiser le profil de ses financements.
Le sujet n’est donc pas seulement de savoir qui finance le barrage. Il s’agit surtout de déterminer qui rembourse, dans quelles conditions et selon quelle clé de répartition, tout en garantissant au Sénégal une juste rémunération de l’effort financier initial.
Sambangalou est à la fois une infrastructure énergétique et un test pour l’intégration économique ouest-africaine. Avec près de 254,5 milliards de FCFA d’investissement, 128 MW de puissance et près de 394 GWh de production annuelle, le projet dispose d’un potentiel important pour les quatre pays de l’OMVG.
Mais le financement révèle une asymétrie : le Sénégal a mobilisé l’intégralité du financement pour le compte des États membres, alors que les retombées sont régionales. La volonté affichée par Dakar de renégocier les échéanciers et d’organiser la rétrocession du financement constitue donc un tournant.
La réussite de Sambangalou ne dépendra pas uniquement de la reprise des travaux. Elle dépendra aussi de la capacité des quatre États à mettre en place un mécanisme financier clair, transparent et équitable. Pour le Sénégal, l’enjeu est désormais de faire en sorte qu’un effort financier national puisse effectivement produire un retour régional à la hauteur de l’investissement consenti.

