Gabon : huit nouveaux projets miniers attendus entre 2026 et 2030 pour diversifier l’économie

Face au recul attendu de sa production pétrolière, le Gabon accélère le développement de ses ressources minières. Le gouvernement prévoit la mise en production de huit nouveaux projets entre 2026 et 2030, principalement dans le fer, mais aussi dans l’or et la potasse. Avec une contribution du secteur actuellement estimée à environ 6 % de l’économie, l’objectif affiché est de porter ce poids à 15 %, voire 20 %. Une ambition qui pourrait modifier en profondeur la structure de l’économie gabonaise, à condition de réussir le pari des infrastructures et surtout de la transformation locale.

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Pendant plusieurs décennies, le pétrole a constitué le principal pilier de l’économie gabonaise. Mais face aux perspectives de ralentissement de la production pétrolière, le pays cherche désormais à accélérer la diversification de ses sources de croissance. Le secteur minier apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers de cette transformation. Avec ces huit nouveaux projets annoncés, Libreville veut accroître significativement la contribution des mines à l’économie nationale. L’enjeu dépasse toutefois l’ouverture de nouveaux gisements : il s’agit surtout de transformer davantage les ressources sur le territoire, de créer des emplois et de faire émerger une véritable chaîne de valeur industrielle gabonaise.

Une nouvelle étape dans la diversification de l’économie

Le Gabon cherche à réduire progressivement sa dépendance aux hydrocarbures. Les projections officielles montrent en effet que la production pétrolière devrait passer de 11,7 millions de tonnes en 2025 à 11,4 millions de tonnes en 2026, soit une baisse de 3 %. Dans le même temps, la production de manganèse est projetée à 8,86 millions de tonnes en 2026, contre 9,15 millions de tonnes en 2025.

Cette évolution renforce l’intérêt stratégique des autres ressources du sous-sol. Le gouvernement gabonais programme ainsi l’entrée en production d’environ huit mines entre 2026 et 2030. Parmi les projets cités figurent notamment Milingui, Baniaka et Mébaga pour le fer, Étéké pour l’or, ainsi qu’un projet de potasse et M’Bilan pour le fer.

L’enjeu n’est donc plus seulement d’extraire davantage de minerais. Il s’agit de faire du secteur minier un véritable relais de croissance. Le ministère des Mines estime actuellement la contribution du secteur à environ 6 % et vise à la porter à 15 %, voire 20 % dans les prochaines années.

Baniaka, symbole de la nouvelle offensive sur le fer

Parmi les projets les plus avancés figure la mine de fer de Baniaka, dans le Haut-Ogooué. Une convention d’exploitation a été signée en mars 2025 entre l’État gabonais et Reminac, filiale du groupe australien Genmin. Selon le ministère gabonais des Mines, le gisement renferme environ 2 milliards de tonnes de réserves à haute teneur. Le projet doit également générer 700 emplois directs et 2 000 emplois indirects.

L’un des éléments les plus importants réside toutefois dans le niveau de transformation prévu sur le territoire national. Les autorités indiquent que 60 à 70 % de la production de Baniaka devrait être transformée localement. Cette orientation permettrait au Gabon de conserver une part plus importante de la valeur créée par son minerai, au lieu de se limiter à l’exportation de matières premières.

Le projet prévoit également des investissements liés à la santé, à l’éducation, aux routes, à l’énergie et à l’eau dans les zones concernées. Le défi sera désormais de transformer ces engagements en infrastructures effectivement opérationnelles et en retombées économiques durables.

Le véritable enjeu : passer de l’extraction à l’industrie

L’accélération de l’exploitation minière ne garantira pas automatiquement une transformation structurelle de l’économie. Le principal risque serait de remplacer une dépendance au pétrole par une nouvelle dépendance aux minerais bruts.

C’est précisément sur ce point que la stratégie gabonaise prend une dimension industrielle. La transformation locale suppose des unités de traitement, une alimentation électrique fiable, des routes, des chemins de fer et des infrastructures portuaires capables d’évacuer les productions.

Les projections économiques officielles illustrent l’importance de cette transformation. Le PIB gabonais est attendu en hausse de 7,9 % en 2026, après 3,2 % en 2025. Mais cette accélération devrait surtout venir du secteur hors pétrole, dont la croissance est projetée à 9,2 %, tandis que le PIB pétrolier devrait reculer de 3 %. Le secteur secondaire, qui bénéficie notamment des activités de transformation, est quant à lui attendu en progression de 24,8 % en 2026. Cette dynamique montre que l’avenir minier du Gabon ne se joue pas uniquement dans les carrières et les mines. Il se joue également dans les usines installées autour des gisements.

Des infrastructures indispensables à la réussite

Le développement de plusieurs mines simultanément va exercer une pression supplémentaire sur les infrastructures nationales. Les futurs opérateurs auront besoin de corridors fiables pour transporter les minerais depuis les zones de production vers les centres industriels et les ports.

Le réseau énergétique constitue également un facteur déterminant. Le gouvernement gabonais reconnaît déjà l’existence de contraintes dans la production et la distribution d’électricité. En 2024, le pays disposait d’une capacité de production de plus de 374 MW, mais faisait encore face à un déficit énergétique qui limitait certaines capacités productives.

Pour les investisseurs miniers, l’équation est donc simple : sans énergie compétitive, sans transport efficace et sans infrastructures portuaires adaptées, l’exploitation de nouveaux gisements risque de rester plus coûteuse et moins compétitive.

Une opportunité pour les finances publiques et l’emploi

La diversification minière présente aussi un intérêt budgétaire. Le développement de nouvelles exploitations doit accroître les recettes provenant des impôts, taxes, redevances et participations de l’État. À l’échelle macroéconomique, le gouvernement prévoit pour 2026 des recettes brutes de l’État de 4 327,2 milliards de FCFA, dont 1 525 milliards de FCFA de recettes pétrolières. Cette dernière enveloppe illustre encore le poids considérable des hydrocarbures dans les finances publiques.

La montée en puissance du secteur minier doit donc permettre, à terme, de diversifier également les sources de revenus de l’État. L’emploi constitue un autre enjeu majeur. Baniaka annonce déjà 2 700 emplois directs et indirects, tandis que l’ouverture de plusieurs mines devrait créer des milliers d’emplois supplémentaires. Mais l’impact réel dépendra de la capacité du pays à développer les compétences locales, la sous-traitance nationale et les entreprises capables de fournir biens et services aux compagnies minières.

Le défi de la chaîne de valeur gabonaise

Le succès de cette offensive minière ne pourra finalement pas être mesuré uniquement au nombre de mines ouvertes ou au volume de minerai extrait. Le véritable indicateur sera la part de richesse qui reste au Gabon. Pour maximiser cette valeur, le pays devra développer simultanément plusieurs maillons : extraction, traitement, transformation, transport, maintenance, ingénierie, formation professionnelle et sous-traitance. L’exemple de Baniaka, avec un objectif de 60 à 70 % de transformation locale, constitue à ce titre un précédent important.

La réussite de cette stratégie suppose également une gouvernance transparente des contrats miniers, une meilleure intégration des entreprises gabonaises et une redistribution effective des revenus vers les territoires producteurs.

Le Gabon ouvre une nouvelle séquence de sa politique économique. Avec huit projets miniers programmés entre 2026 et 2030 et un objectif de porter la contribution du secteur d’environ 6 % à 15-20 %, le pays veut faire du sous-sol un nouveau moteur de croissance. Le potentiel est considérable : fer de Baniaka et de Milingui, or d’Étéké, potasse et autres gisements peuvent élargir la base productive du pays et créer de nouvelles recettes ainsi que des emplois.

Mais le véritable tournant économique se situera en aval des mines. Extraire davantage ne suffira pas : le Gabon devra transformer davantage. La construction d’infrastructures, la disponibilité de l’énergie, la formation de la main-d’œuvre, le développement de la sous-traitance locale et la transparence des revenus miniers seront déterminants. Si ces conditions sont réunies, l’offensive minière pourrait devenir bien plus qu’un simple relais au déclin pétrolier : elle pourrait constituer le socle d’une nouvelle économie industrielle gabonaise.

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