Valorisation de l’or : un caillou dans la chaussure des Etats ouest-africains

Entre exportations non déclarées, insuffisance du raffinage local…., la région produit beaucoup d’or, mais, elle capte une partie limitée de la valeur créée par cette ressource.

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L’Afrique de l’Ouest dispose d’un potentiel aurifère considérable. Le secteur fait vivre des millions de personnes en Afrique subsaharienne mais, son caractère informel facilite la contrebande et rend plus difficile la perception des taxes. Exportations non déclarées, insuffisance du raffinage local, poids de l’exploitation artisanale, faiblesse de la traçabilité et tensions autour de la gouvernance minière constituent les principaux obstacles à une meilleure valorisation de l’or.

L’insuffisance du raffinage locale demeure le principal facteur bloquant en Côte d’Ivoire. Selon le portail économique, la production est « essentiellement exportée à l’état brut ». Le pays tire principalement des revenus de l’extraction et de l’exportation, alors qu’une partie beaucoup plus importante de la valeur pourrait être captée à travers l’affinage, la transformation, les services miniers et le développement d’une industrie aurifère locale.

L’insuffisance du raffinage locale, premier facteur bloquant de la valorisation de l’or ivoirien

Autres facteurs bloquants de l’or ivoirien, le poids de l’exploitation artisanale et l’orpaillage informel. Selon les chiffres de la Banque mondiale, environ 40 tonnes d’or avaient quitté illégalement la Côte d’Ivoire en 2022, pour une valeur supérieure à 2 milliards de dollars soit 1150 milliards de Fcfa. « Ce volume illégal représente une perte considérable en matière de recettes publiques », indique la structure financière.

Face à cette situation, le gouvernement a engagé des réformes dans ce domaine. Ainsi, 456 autorisations d’exploitation artisanale et à petite échelle ont été délivrées entre 2022 et 2025, contre 229 entre 2015 et 2021. Malgré cette progression, la production officiellement enregistrée de la petite mine demeure faible : 730 kg en 2024, soit seulement 1,2 % des 59 tonnes de production minière nationale.

En Guinée, le chef de l’Etat, Mamadi Doumbouya a interdit l’exportation de l’or brut depuis juin 2026. Une manière, pour lui, de contraindre les opérateurs miniers à raffiner sur place la production aurifère guinéenne, afin d’en accroître la valeur ajoutée. « Le peuple de Guinée mérite de voir sa richesse participer à son développement », estime le Président guinéen. Cette décision s’inscrit dans la politique de reprise en main du secteur minier engagée par les autorités guinéennes. Dans cette perspective, le président guinéen a annoncé la prochaine mise en service de la Nimba Gold Refinery, la première raffinerie d’or guinéenne. Il faut savoir que près de 50 tonnes d’or sont issues de la filière artisanale en Guinée.

La Guinée interdit l’exportation de l’or brut

Au Sénégal, aussi, le trafic de l’or n’est pas un commerce secret. D’ailleurs, Dr Ibrahima Gassama, directeur régional des mines et de la géologie d’alors, avait fait état d’une perte variant entre 5 et 7 tonnes d’or par an.

La commercialisation de l’or sans contrôle ni taxe payée fait perdre à l’Etat du Sénégal 250 milliards CFA chaque année,

A-t-il déclaré dans une de ses sorties. Pour faire face au fléau, l’État du Sénégal a initié en 2024-2025 des audits sur les permis d’exploitation délivrés entre 1959 et septembre 2024. Ces audits ont révélé l’existence de 228 sites clandestins, 275 titres inactifs et de graves manquements administratifs, selon le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines d’alors, Birame Souleye Diop.

L’enquête du gouvernement a également mis en évidence plusieurs dysfonctionnements : exploitation de titres expirés, absence de renouvellement, titres non enregistrés au cadastre, octroi irrégulier par dérogation aux procédures établies, non-paiement de taxes et redevances, non-exécution d’engagements contractuels par certains opérateurs et non-respect des exigences de la loi sur la sous-traitance des permis d’exploitation.

Les relations entre l’État et les compagnies minières à l’origine des difficultés de production industrielle de l’or malien

De même l’exploitation illégale de l’or, principalement sous forme d’orpaillage artisanal clandestin, est un phénomène récurrent au Bénin. Bien que le pays dispose d’une production minière d’or locale relativement modeste, les activités clandestines se concentrent dans des zones spécifiques et s’inscrivent dans des réseaux de trafic transfrontaliers. Ce qui montre que la production artisanale n’est plus un phénomène marginal. Elle représente une composante majeure de l’approvisionnement aurifère. Mais elle reste difficile à contrôler en raison de la multiplicité des sites, du caractère informel de nombreuses opérations, de la faiblesse des moyens techniques et des difficultés de traçabilité.

Au Mali, par contre, le problème se situe au niveau de la gouvernance et des relations entre l’État et les compagnies minières. La suspension prolongée des opérations de Loulo-Gounkoto de Barrick a fortement pesé sur les résultats de la production industrielle de l’or. La mine, qui avait produit 22,5 tonnes en 2024, n’en a produit que 5,5 tonnes en 2025. La production industrielle est passée de 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes en 2025, soit une chute de 22,9 %, selon des données provisoires du ministère malien des Mines rapportées par Reuters. Pendant ce temps, la production totale, artisanale comprise, s’est établie à 48,2 tonnes, contre un objectif gouvernemental de 54 tonnes.

Les autorités maliennes ont également mis en place en 2026 un organisme public destiné à réguler le commerce de l’or artisanal, après avoir constaté des écarts importants entre exportations déclarées et données des pays importateurs.

Le Burkina Faso donne espoir d’une meilleure gouvernance du secteur de l’or

Contrairement aux autres pays, le Burkina Faso se démarque des autres pays depuis 2025. Et il faut dire qu’il donne espoir d’une meilleure gouvernance du secteur de l’or en Afrique de l’ouest. En effet, les autorités, conscientes que le pays n’a pas de problème de production, ont, très tôt, mis le cap sur la transformation de l’or. Elles ont, ainsi, opté pour la mise en place d’une raffinerie afin de réduire les exportations d’or brut, renforcer la captation de revenus au niveau national et améliorer les recettes de l’Etat.

La structure, inaugurée le 28 septembre 2026, est développée dans le cadre du partenariat entre l’Etat burkinabais et Marena Gold et comprend une fonderie, un laboratoire d’analyse, des espaces sécurisés de stockage et une bijouterie. Avec un coût d’investissement estimé à 15 millions de dollars soit 8,6 milliards de Fcfa, la structure prévoit une capacité de transformation de 400 kg par jour soit un objectif de 150 tonnes par an avec une pureté pouvant atteindre jusqu’à 99,99%. Outre la raffinerie, le Burkina Faso a, aussi, adopté un nouveau code minier en juillet 2024. Celui-ci va également dans le sens d’une plus grande transformation locale et d’un renforcement de la participation nationale dans le secteur minier.

Une raffinerie avec une capacité de transformation de transformation de 400 kgs d’or par jour inaugurée au Burkina

A noter qu’en 2025, le Burkina Faso a produit plus de 94 tonnes d’or dont environ 42 tonnes provenant de l’exploitation artisanale. Une dynamique qui s’est poursuivie jusqu’à fin juin 2026 avec une production industrielle qui a atteint 26,7 tonnes soit une hausse de 10,3 % sur un an. La stratégie de valorisation engagée par les autorités repose donc sur un changement de modèle c’est-à-dire passer d’un pays principalement producteur et exportateur à un pays qui maîtrise davantage la chaîne de valeur de son or. Et la raffinerie, la formalisation de l’or artisanal, la lutte contre la fraude, le nouveau Code minier et la montée en puissance des acteurs nationaux constituent les principaux instruments de cette stratégie.

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