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Sénégal : les usines de production du fer à béton tournent à moins de 30% de leurs capacités à cause des importations

Fabrimetal, Someta et Metalsen, les trois principaux producteurs, peuvent pourtant satisfaire la demande nationale et conquérir des marchés extérieurs.

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Le saviez-vous ? Les trois principaux producteurs de fer à béton au Sénégal que sont Fabrimetal, Someta et Metalsen affichent des capacités installées cumulées de 1,1 million de tonnes par an, pour une demande nationale officiellement estimée à environ 600 000 tonnes. Autrement dit, ces trois opérateurs de la filière sidérurgie peuvent produire pratiquement deux fois la quantité de fer à béton requise pour approvisionner tout le marché sénégalais, et s’offrir des marges de manœuvre pour conquérir d’autres marchés en Afrique de l’Ouest, dans le sillage de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), qui ouvre aux industriels africains un marché de 1,3 milliard de consommateurs.

Mais, en dépit de ces opportunités existantes, la réalité sur le marché sénégalais du fer à béton est toute particulière : malgré des capacités installées doublant pratiquement le volume de la demande nationale, les producteurs locaux n’ont commercialisés que 259 000 tonnes de fer à béton au cours de l’année 2024, révèle une note d’analyse du marché. Mathématiquement, le volume de produits commercialisés par les sidérurgistes sénégalais en 2024 représente 22% de leurs capacités de production, soit un peu plus de 1/3 du taux d’utilisation mondial des usines, estimé à 70%.

Traduction : pour s’arrimer au niveau d’utilisation des usines selon la norme mondialement admise, les sidérurgistes sénégalais doivent au moins tripler leur niveau actuel de production du fer à béton. Cependant, Fabrimetal, Someta et Metalsen tardent à franchir le pas. En effet, indiquent des sources internes à la filière sénégalaise, ces trois producteurs sont échaudés par la météo sur le marché local. Celle-ci est caractérisée par des flux d’importation à bas prix, qui mettent en péril la compétitivité des produits locaux, d’une part, et la viabilité des investissements déjà réalisés par ces opérateurs, d’autre part.

Près de 200 000 tonnes de fer à béton importées en 2021

En effet, stimulée par les prix très attractifs du fer à béton sur le marché international, suite à l’explosion des exportations chinoises qui ont plus que doublé pour atteindre 117 millions de tonnes entre 2020 et 2024, l’activité d’importation de ce matériau de construction aiguise les appétits des opérateurs économiques sénégalais. « L’importation de fer à béton reste un segment très actif au Sénégal, mobilisant une quarantaine d’entreprises formelles et plus de 500 acteurs informels », informe une note d’analyse du marché local.

Selon les chiffres obtenus des acteurs de la filière, cette armada d’importateurs a déversé sur le marché sénégalais près de 200 000 tonnes de fer à béton en 2021. En 2024, renseignent les mêmes sources, ces importations sont retombées à 58 000 tonnes, sous « l’effet combiné d’une production locale plus abondante et le ralentissement (des activités dans le) secteur de la construction ». En effet, après avoir affiché un taux de croissance annuel d’environ 19% entre 2021 et 2023, le secteur de la construction au Sénégal a ralenti à partir de l’année 2024, à cause du report de plusieurs projets publics. Ce repli de l’activité s’est poursuivi en 2025, avec un ralentissement de 16% dès le premier semestre.

Le fer importé moins cher que le produit local

Mais, avec la reprise attendue dans le secteur du BTP en 2026, du fait d’un programme d’infrastructures publiques évalué à 716 milliards de FCfa, les inquiétudes des producteurs locaux de fer à béton ont refait surface. Ces derniers redoutent une remontée des importations, sous l’effet combiné cette fois-ci de la baisse des cours de ce matériau sur le marché international et la politique douanière accommodante mise en place par le gouvernement sénégalais depuis l’année 2025.

Cette année-là, le gouvernement a décidé de supprimer l’application sur le fer à béton de la valeur de référence douanière, plus dissuasive pour les importateurs. Celle-ci a été remplacée par la valeur transactionnelle, qui tend plus à encourager les importations, notamment dans un contexte de baisse des cours mondiaux comme c’est le cas actuellement. Conséquence : sur le marché local, le fer à béton importé devient moins cher que le produit local. En octobre 2025, par exemple, dans la ville de Dakar, le fer FE500 importé était de 3% moins cher que le matériau produit localement, selon les relevés métrologiques officiels.

A l’aune de cette réalité encore observée sur le marché local, les sidérurgistes sénégalais craignent de devoir maintenir leurs usines en sous capacités pendant des années encore, en l’absence de mesures de sauvegarde du gouvernement. Ceci dans la mesure où l’opportunité offerte à l’industrie locale du fer à béton par la reprise des activités dans le BTP sera inéluctablement plombée par les importations bon marché, qui menacent la viabilité des investissements locaux.

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