Charbon : quand les tensions sur le gaz domestique relancent la demande au Cameroun

En 2026, le charbon conserve une place importante dans les habitudes de cuisson au Cameroun. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) estime que plus de 70 % des ménages dépendent encore du bois-énergie, tandis que le ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) prévoit de porter à 70 000 tonnes le volume légal de bois de feu et de charbon commercialisé cette année. Derrière ces chiffres se dessine une filière appelée à évoluer entre demande des ménages, pression sur les ressources forestières et développement du charbon écologique.

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Au Cameroun, le charbon reste un combustible largement utilisé pour la cuisson, particulièrement dans les zones urbaines. Cette réalité prend une nouvelle dimension avec les tensions ponctuelles observées sur l’approvisionnement en gaz domestique et avec la volonté affichée des pouvoirs publics de mieux structurer le secteur du bois-énergie.

Les données du ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE), du ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) et du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) permettent de suivre cette évolution sur plusieurs années.

Le charbon déjà fortement présent en milieu urbain

La Première Enquête Nationale sur l’Accès à l’Énergie, à l’Eau et à l’Assainissement au Cameroun (ENACE-1), réalisée en 2021, montre que 17,6 % des ménages camerounais avaient accès au charbon. Cette proportion atteignait 29,3 % en milieu urbain, contre 3,9 % en milieu rural.

Le charbon était principalement destiné à la cuisson : 93,7 % de son utilisation concernait la préparation des repas. Dans les grandes métropoles, il représentait le principal combustible de cuisson pour 18,3 % des ménages à Douala, contre 3,1 % à Yaoundé.

Les premières expériences de charbon issu des rebuts de scierie en 2022 et 2023

Une estimation citée par le PNUD évaluait les besoins annuels du Cameroun en charbon à environ 356 000 tonnes. Dans le même temps, les pouvoirs publics commençaient à expérimenter des solutions permettant de réduire la pression exercée sur les ressources forestières.

Le document de programmation du ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) indique qu’en 2022, 100 tonnes de charbon issues de rebuts de scierie, soit 2 000 sacs, ont été commercialisées à Maroua. En 2023, l’expérience s’est poursuivie à Kousséri avec 25 tonnes, soit 500 sacs.

La pression sur les ressources reste importante en 2024

Le diagnostic territorial du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) montre l’importance du charbon dans certaines régions. Dans l’Extrême-Nord, la consommation des ménages était estimée à 94 828 m³ de charbon par an, soit environ 66 379 tonnes.

Cette consommation s’ajoute à celle du bois de feu et aux usages professionnels. Elle illustre le poids du bois–énergie dans l’approvisionnement énergétique de plusieurs territoires, avec une pression particulièrement forte autour de Maroua, Kousséri et Yagoua.

Du gaz sous tension au retour du charbon

En 2026,les tensions ponctuelles observées sur l’approvisionnement en gaz domestique ont remis en lumière la dépendance des ménages camerounais à plusieurs sources d’énergie pour la cuisson. Dans certains quartiers, la difficulté à se procurer du gaz conduit des ménages à se tourner vers des solutions immédiatement disponibles, notamment le charbon.

Cette situation ne change pas la nature du marché du charbon, mais elle rappelle sa place dans le quotidien des ménages. Elle permet également de revenir sur le poids actuel du bois-énergie et sur les mesures prises pour encadrer et transformer la filière.

Une filière encore largement dépendante du bois-énergie

Le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) place désormais la cuisson propre parmi les priorités de la transition énergétique. Son Compact énergétique prévoit le développement des foyers améliorés, du charbon écologique, du biogaz et de nouvelles pratiques de valorisation du bois-énergie. Le document fixe l’objectif de porter l’accès à la cuisson propre de 23,4 % en 2022 à 40 % en 2030.

Le MINEE estime par ailleurs que plus de 70 % des ménages dépendent du bois-énergie, notamment du bois de feu et du charbon de bois, comme combustible principal de cuisson.

Du côté du ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF), le cadre de programmation prévoit de faire passer le volume de bois de feu et de charbon de bois d’origine légale commercialisé de 42 684,924 tonnes en 2022 à 65 000 tonnes en 2024, puis à 70 000 tonnes en 2026.

Ce volume concerne l’ensemble constitué du bois de feu et du charbon légalement commercialisés. Il traduit la volonté d’accroître l’offre légale et de mieux organiser la filière. Dans le même temps, les projets de charbon écologique se multiplient. Le PADFA II prévoit notamment l’équipement de quatre unités de production de charbon écologique, avec un marché attribué à plus de 60 millions de FCFA hors taxes.

À Gazawa, dans le Diamaré, un autre projet prévoit trois unités de production de charbon écologique, dans le cadre d’un programme global de 85 millions de FCFA, associé à des actions de reboisement et à la diffusion de foyers améliorés.

Une filière face à une double équation

Les données disponibles posent ainsi une question qui dépasse la seule disponibilité du charbon sur les marchés. D’un côté, la demande des ménages reste forte et le bois-énergie demeure une composante majeure de la cuisson. De l’autre, l’État cherche à réduire la pression sur les ressources forestières en développant des solutions plus propres et en renforçant la part du bois-énergie légal.

La transformation des résidus agricoles, forestiers et industriels peut-elle permettre au Cameroun de développer à grande échelle une production de charbon écologique capable de répondre à la demande des ménages ?

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