L’enjeu dépasse la construction d’une usine à Abidjan. Avec la SIMEP, la Côte d’Ivoire met en place un dispositif qui doit regrouper l’achat, la traçabilité, l’affinage, la commercialisation de l’or et, à terme, l’exploitation de mines semi-industrielles. Le projet intervient alors que la production ivoirienne d’or brut est passée à 59,124 tonnes en 2024, contre 12,35 tonnes en 2011, selon le bilan officiel du gouvernement.
Le gouvernement annonce désormais une capacité d’affinage de 100 tonnes par an à partir du premier semestre 2027. À plein régime, cette capacité serait donc supérieure de près de 69 % à la production nationale d’or brut enregistrée en 2024. Il s’agit toutefois d’une capacité industrielle et non d’une prévision de production annuelle de la raffinerie.
5 milliards de FCFA pour transformer localement l’or
Le Conseil des ministres ivoirien a fixé le cadre financier initial de la SIMEP. La société dispose d’un capital social de 5 milliards de FCFA, tandis que son plan de développement prévoit également une unité d’affinage dont le coût est estimé à 5 milliards de FCFA. Le même plan prévoit un comptoir national d’achat d’or et la promotion d’une unité de joaillerie.
Le montant de 5 milliards de FCFA annoncé pour l’affinerie permet de mesurer l’ordre de grandeur du projet : rapporté à la capacité annoncée de 100 tonnes par an, il correspond à environ 50 millions de FCFA de capacité théorique d’affinage par tonne annuelle installée. Ce ratio ne constitue pas une rentabilité ni un coût de traitement par tonne : il s’agit uniquement d’un rapport entre l’investissement annoncé et la capacité nominale.
59,1 tonnes produites en 2024 : le marché existe déjà
La question de l’approvisionnement est centrale. En 2024, la Côte d’Ivoire a produit 59,124 tonnes d’or brut, contre 12,35 tonnes en 2011. Le pays comptait alors 22 mines, contre seulement trois en 2011, selon le bilan du gouvernement.
La capacité annoncée de 100 tonnes représente donc environ 1,69 fois la production aurifère nationale de 2024. Cette différence donne une indication importante sur le modèle recherché : l’affinerie n’est pas nécessairement dimensionnée uniquement pour l’or actuellement produit par les mines industrielles ivoiriennes. Son alimentation doit également intégrer l’or issu de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), ainsi que les futures productions minières.
Le gouvernement estime d’ailleurs que la production aurifère ivoirienne, actuellement autour de 60 tonnes par an, pourrait atteindre 100 tonnes à l’horizon 2030.
Un comptoir national pour capter l’or de la petite mine
La SIMEP ne se limite pas à l’affinage. Le gouvernement prévoit la création d’un comptoir national d’achat d’or chargé d’agréger l’or produit par les exploitations artisanales et à petite échelle selon les procédés autorisés et d’en assurer la traçabilité.
Cette fonction peut modifier le fonctionnement de la chaîne d’approvisionnement. L’objectif affiché est de disposer d’un point organisé de collecte avant l’étape d’affinage et de commercialisation. Pour les acteurs économiques, cela crée surtout un nouveau maillon industriel autour de la collecte, du transport sécurisé, de la certification, de la traçabilité, de l’analyse du minerai et des services financiers associés.
L’autre élément du modèle est la commercialisation. Selon le gouvernement ivoirien, l’or affiné par la SIMEP doit être commercialisé sur le marché international avec l’appui de StoneX, dont l’expertise financière et le réseau dans la chaîne mondiale de l’or doivent contribuer à la vente du métal.
Le gouvernement présente ce partenariat comme un moyen de rechercher de meilleures conditions de commercialisation et, par conséquent, de permettre un prix d’achat compétitif pour l’or brut. La logique économique devient ainsi plus large : acheter l’or, le tracer, l’affiner puis le commercialiser au lieu de limiter la création de valeur à l’étape de production minière.
100 tonnes de capacité : une infrastructure dimensionnée pour la croissance
Le choix d’une capacité de 100 tonnes prend un relief particulier lorsqu’on le rapproche des objectifs de production du pays. La Côte d’Ivoire a produit 59,124 tonnes en 2024 et le gouvernement projette une production de 100 tonnes à l’horizon 2030.
Par ailleurs, plusieurs nouveaux projets doivent accroître l’offre nationale. En février 2026, le gouvernement a notamment annoncé deux projets aurifères représentant ensemble une production annuelle moyenne de 14,42 tonnes, pour des investissements cumulés de 732,71 milliards de FCFA : 7,99 tonnes par an pour Assafo-Didibango, avec 451,31 milliards de FCFA d’investissement, et 6,43 tonnes pour le projet de Doropo concerné, avec 281,4 milliards de FCFA.
En juin 2025, le projet aurifère de Doropo avait également été présenté avec une capacité de production de plus de 100 tonnes sur la durée du projet et un investissement annoncé de 300 milliards de FCFA. La capacité de 100 tonnes de la SIMEP s’inscrit donc dans un secteur dont l’offre est appelée à augmenter.
Une participation nationale de 70 % au capital
La structure de l’actionnariat constitue un autre élément du dispositif. La SIMEP est une société à participation financière publique. Le gouvernement indique que l’État et la SODEMI détiennent ensemble 49 % du capital, tandis que la participation nationale atteint 70 %.
Le décret adopté en décembre 2025 autorisait précisément une participation de 10 % pour l’État et de 39 % pour la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI). La Société ivoirienne des métaux précieux devient ainsi un outil public-privé positionné non seulement sur la transformation du métal, mais également sur son approvisionnement et sa commercialisation.
Au-delà de l’affinerie, une chaîne de valeur complète
Le périmètre annoncé comprend aussi l’exploitation de mines semi-industrielles, le comptoir national d’achat, la transformation, la commercialisation et la constitution d’un stock d’or pour le compte de l’État. L’unité de joaillerie prévue dans le plan de développement ajoute un autre niveau de transformation. Le métal peut ainsi passer progressivement de la production minière à l’affinage, puis à la fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée.
L’intérêt économique du dispositif ne se situe donc pas uniquement dans les revenus liés à l’affinage. Il se trouve également dans les activités périphériques : collecte, transport sécurisé, contrôle de qualité, certification, stockage, services financiers, commercialisation et transformation en produits finis.
Avec 5 milliards de FCFA d’investissement annoncé pour l’affinerie, une capacité de 100 tonnes par an, une production nationale déjà supérieure à 59 tonnes en 2024 et un objectif gouvernemental de 100 tonnes de production à l’horizon 2030, la SIMEP est dimensionnée autour d’une filière aurifère appelée à s’élargir.
Le véritable changement se situe dans le modèle : la Côte d’Ivoire veut disposer d’un dispositif allant de l’achat et de la traçabilité de l’or jusqu’à son affinage et sa commercialisation internationale, avec StoneX comme partenaire annoncé pour cette dernière étape. La prochaine donnée déterminante sera donc le niveau réel d’approvisionnement de l’affinerie à partir de 2027 et la part de la capacité de 100 tonnes effectivement utilisée.

