Les artistes africains ont trouvé un moyen de rentabiliser leur musique en dehors des concerts. Avec les plateformes comme Spotify, Boom Play, Audiomack, Apple Music, YouTube entre autres, les artistes ont la possibilité de gagner de l’argent pour chaque Stream comptabilisé.
Le Streaming est la seule source de revenu régulière pour les artistes
« Le Streaming est une nécessité pour l’artiste. C’est la seule source de revenu régulière qu’il a. Certes, les concerts payent mieux mais se font par période. Avec le stream, l’artiste s’assure un gain mensuel sur chaque plateforme de streaming. La période du covid 19 a d’ailleurs permis aux artistes de mieux comprendre l’importance du streaming », confie Amadou Thioune, manager d’artistes et directeur du label Def Music au Sénégal.
En dehors d’assurer une source de revenus régulière aux artistes, les plateformes de streaming sont aussi un exemple de révolution de l’industrie musicale africaine et profitent également aux consommateurs. « Le streaming reste hyper important. Aujourd’hui, à l’ère du digital, c’est le canal principal par lequel le public se balade avec la musique. C’est à l’opposé des supports physiques comme le CD et la cassette.
Concernant les artistes, c’est un autre moyen de se faire de l’argent. A la base, ils ont les droits d’auteurs, les cachets des concerts, le brainding, les contrats avec les marques, le marchandizing entre autres », soutient Idrissa Fall, professionnel du marketing et de la communication, manager d’artistes centre Africains, ouest Africains et gérant de la plateforme de diffusion ONErpm en Afrique francophone.
Le coût d’un stream dépend du critère de streaming.
En Afrique centrale comme en Afrique de l’Ouest, il n’y a pas un montant fixe pour le prix d’un stream. « Le streaming musical ne fonctionne pas comme une campagne publicitaire classique au coût par clic. C’est valable pour toute l’Afrique. Les plateformes mettent en commun une partie de leurs revenus puis attribuent des royalties aux ayant-droits selon leurs modèles respectifs », soutient Amadou Thioune.
Idrissa Fall affirme que, « il n’y a pas une estimation exacte sur le prix unitaire d’un stream. Ça varie selon le type de consommateur et de sa position mais aussi en fonction de chaque plateforme. Les 1000 vues sur Deezer, Boom Play ou Audiamack partagent le même nombre de vues mais payent selon la plateforme. Le consommateur qui payent l’abonnement rémunère mieux l’artiste. »
Il y’a deux modèles de streaming sur les plateformes.
« Le premium paye le mieux », dit Amadou Thioune. Il poursuit, « Il s’agit d’un abonnement mensuel ou annuel pour avoir accès à toutes les fonctionnalités et sans avoir affaire aux publicités. Le freemium est gratuit pour le consommateur mais il faut d’abord consommer de la publicité avant d’accéder au contenu recherché. C’est à travers ces publicités que les plateformes payent les artistes. A la différence du premium, les revenus que génèrent ces publicité sont payés par des entreprises qui cherchent de la visibilité. Alors, les revenus sont partagés entre 75 à 80% pour les artistes et 20 à 25% pour les plateformes. »
Toutes les visites sur un produit de l’artiste ne payent pas sur les plateformes de streaming.
« Pour qu’un Stream puisse payer l’artiste, il faut que le consommateur soit abonné à la plateforme avec une carte bancaire ou par mobile money. Il y’a aussi une différence sur les revenues selon la position de chaque abonné », indique le gérant de la plateforme de diffusion ONErpm
« Spotify ne garantit pas un montant fixe par stream », d’après le directeur du label Def Music. Selon lui, « les titulaires de droits sont payés selon leur part du total des streams dans un marché et sur une période donnée. Si un artiste représente 1 % des streams donnant droit aux royalties dans un pays au cours d’un mois, ses titulaires de droits reçoivent 1 % du pool de royalties d’enregistrement correspondant à ce marché ».
Avec Apple, poursuit-il, « le taux moyen de rémunération était de 0,01 USD par lecture en 2020 pour les abonnements individuels payants. Ce montant varie selon le pays ou la région et le type d’abonnement. Elle inclut les royalties du label et de l’éditeur. Par contre, avec YouTube et YouTube Music, la plateforme ne fonctionne pas avec un tarif fixe par vue.
Les revenus peuvent provenir de la publicité, de YouTube Premium et des mécanismes de gestion des droits comme Content ID. Une vue ou une écoute ne peut pas être convertie automatiquement en un montant universel à la monnaie du pays où l’on est situé. Le taux de référence d’environ 560 FCFA pour 1 USD, 0,01 USD représente environ 5,6 FCFA. Ce chiffre ne doit PAS être présenté comme le tarif actuel d’un Stream. »
On a pas encore la culture du streaming dans nos pays
Il est important de savoir que, souligne Idrissa Fall, « pour la plus part en Afrique, le streaming est encore en développement. Les Streams d’abonnés depuis l’Europe payent mieux qu’en Afrique. Les 1000 streams comptabilisés en France n’ont pas la même valeur qu’au Congo ou en Côte d’Ivoire. La situation s’explique : Les artistes européens ont des millions d’auditeurs alors qu’au Sénégal par exemple, les artistes fars sont en moyenne dans les 100.000 abonnés. Spotify et d’Apple music ont existé pendant des dizaines d’années en Europe avant de s’installer récemment en Afrique. Un abonnement Spotify ou YouTube en Euro coûte plus cher qu’en Afrique. Les réalités sont différentes. »
Cette réalité est aussi présente dans certains pays d’Afrique centrale ou les droits d’auteurs payent très peu. Les revenus des artistes passent donc essentiellement par la monétisation de leurs prestations. Malheureusement, les plateformes de streaming ne leur payent pas aussi bien. « C’est à travers les concerts, les invitations officielles et nos partenaires. Mais on ne gagne pas vraiment d’argent via les plateformes de téléchargement», explique Ozaguin à travers un entretien avec la RFI. Il est l’un des artistes les plus en vue de Centrafrique.
Il y’a encore beaucoup de sensibilisation à faire.
Idrissa Fall informe que, « Spotify et Apple se sont installées en Afrique depuis plus de trois ans maintenant mais ne motivent pas assez à s’intéresser au streaming. Résultat : Certains pays comme l’Afrique du Sud et le Nigeria sont en avance dans le streaming comparés aux autres pays d’Afrique. Exceptés le Sénégal et le Nigeria , YouTube n’est pas monétisé en Afrique de l’Ouest. Il y’a encore beaucoup de sensibilisation à faire. Les gens doivent aussi savoir qu’il faut un abonnement pour que leurs streams puissent payer l’artiste. »

