Sangomar : ce que le pétrole rapporte réellement au Sénégal

Le Sénégal veut clarifier la réalité des revenus générés par le champ pétrolier de Sangomar. Alors que des affirmations font état d’un gain de seulement « 25 FCFA sur 1 million de francs CFA de pétrole vendu », le ministère de l’Énergie et du Pétrole rejette cette lecture, jugée manifestement erronée. Les données communiquées par les autorités sénégalaises montrent qu’au premier trimestre 2026, Sangomar a produit 8 963 359 barils, pour une valeur brute estimée à 759,2 millions de dollars. Sur ce volume, 437 839 barils, représentant environ 37,1 millions de dollars, ont été directement attribués à l’État.

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L’entrée en production de Sangomar en juin 2024 a marqué une étape majeure pour l’économie sénégalaise. Avec une capacité nominale de 100 000 barils par jour, le champ offshore est devenu l’un des principaux actifs pétroliers du pays. Selon le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, les ressources du gisement sont estimées à plus de 2,5 milliards de barils, dont environ 560 millions de barils de réserves économiquement exploitables. La première phase du projet prévoit une production de 210 millions de barils.

Mais l’augmentation des volumes produits pose une question essentielle : quelle part de la richesse créée par Sangomar revient réellement au Sénégal ?

Cette interrogation est au cœur de la polémique actuelle. Pour comprendre les revenus pétroliers sénégalais, il faut cependant dépasser la simple comparaison entre la valeur du pétrole vendu et la quantité de barils directement attribuée à l’État.

Une production pétrolière qui monte en puissance

Les chiffres officiels témoignent d’une progression rapide de la production de Sangomar. Le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines indique qu’à fin décembre 2025, le champ avait produit environ 53 millions de barils, dont 51,9 millions de barils commercialisés.

La dynamique s’est poursuivie en 2026. Selon le rapport officiel de production du ministère, la production cumulée avait atteint environ 56,13 millions de barils au 31 janvier 2026, tandis que le volume commercialisé s’établissait à environ 55,77 millions de barils. Quatre cargaisons représentant environ 3,8 millions de barils avaient alors été chargées au cours du mois.

En février 2026, la production cumulée a continué de progresser. Le rapport du ministère fait état d’environ 58,9 millions de barils produits au 28 février 2026, avec trois cargaisons représentant près de 2,9 millions de barils chargées durant le mois.

Cette montée en puissance confirme que Sangomar constitue désormais un actif stratégique pour l’économie sénégalaise.

759,2 millions de dollars de pétrole produits au premier trimestre

Selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Énergie et du Pétrole dans sa mise au point du 4 août 2026, Sangomar a produit 8 963 359 barils au premier trimestre 2026, pour une valeur brute estimée à 759,2 millions de dollars américains.

Sur cette production, 437 839 barils ont été directement attribués à l’État du Sénégal, pour une valeur estimée à 37,1 millions de dollars.

Ce chiffre est important, mais il doit être correctement interprété. Les 37,1 millions de dollars ne représentent pas l’ensemble des revenus économiques du Sénégal issus de Sangomar. Le ministère précise que cette part directe ne prend notamment pas en compte la quote-part économique revenant à PETROSEN, ainsi que les impôts, taxes, droits et autres prélèvements générés par le projet.

Autrement dit, il serait économiquement incorrect de comparer uniquement les 759,2 millions de dollars de valeur brute avec les 37,1 millions de dollars directement attribués à l’État, puis d’en conclure que le Sénégal ne bénéficie que d’une faible fraction de la richesse pétrolière.

La récupération des coûts change la lecture des revenus

Le fonctionnement d’un projet pétrolier repose sur un mécanisme différent d’une simple vente de pétrole suivie d’un partage immédiat des recettes. Selon les explications du ministère, le Contrat de recherche et de partage de production prévoit d’abord la récupération des coûts pétroliers admissibles.

Ces coûts correspondent notamment aux dépenses engagées pour la recherche, le développement et la mise en production du champ. Ils comprennent les investissements réalisés sur les installations, l’exploitation et la maintenance, les opérations techniques, les services liés au FPSO, la sous-traitance ainsi que les dépenses nécessaires à la continuité et à la sécurité de la production.

Une partie de la production sert donc d’abord à récupérer ces coûts, dans les limites prévues par le contrat. Ce mécanisme explique pourquoi les volumes attribués aux partenaires ne peuvent pas être considérés automatiquement comme des bénéfices nets.

Après cette phase intervient le « profit oil », c’est-à-dire le pétrole restant après récupération des coûts admissibles. Selon le ministère, cette production résiduelle est ensuite partagée entre l’État et les partenaires conformément aux modalités prévues par le Contrat de recherche et de partage de production.

Petrosen et la fiscalité élargissent les revenus du Sénégal

L’analyse des retombées de Sangomar ne doit donc pas s’arrêter aux barils directement attribués à l’État. Selon le ministère de l’Énergie et du Pétrole, le Sénégal bénéficie également de la participation économique de PETROSEN, fixée à 18 %, ainsi que de l’ensemble des recettes fiscales et non fiscales générées par le projet.

Cette distinction est fondamentale pour évaluer le rendement économique du champ. Les revenus publics peuvent provenir de plusieurs canaux : la part directe de pétrole attribuée à l’État, la participation de PETROSEN, les impôts, les taxes, les droits et les autres prélèvements liés aux activités pétrolières.

Le chiffre de 37,1 millions de dollars constitue donc une composante des revenus publics et non leur total.

Pour mesurer véritablement la rentabilité de Sangomar pour les finances publiques, il faudrait agréger l’ensemble de ces flux et les comparer aux dépenses récupérables, aux investissements et aux coûts liés au projet.

Une faible part temporaire ne signifie pas une faible rentabilité définitive

Le ministère apporte également une précision importante sur la quote-part nette de production temporairement déclarée par l’opérateur. Selon les autorités sénégalaises, cette situation s’explique notamment par la récupération accélérée de dépenses engagées avant la décision finale d’investissement.

Cette donnée doit donc être replacée dans le cycle économique du projet. Une part relativement faible de pétrole revenant temporairement à l’État ne signifie pas nécessairement que cette répartition restera identique pendant toute la durée de vie du champ.

Le ministère souligne ainsi que cette situation ne traduit ni la répartition définitive des bénéfices de Sangomar ni la part globale revenant au Sénégal.

Pour un pays producteur récemment entré dans l’industrie pétrolière, cette distinction est essentielle. La rentabilité publique doit être appréciée sur la durée du projet et non à partir d’une seule période comptable.

L’enjeu désormais : transformer le pétrole en richesse durable

Au-delà de la polémique sur les « 25 FCFA sur 1 million », le véritable enjeu pour le Sénégal est celui de la transformation de la rente pétrolière en richesse durable.

Le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines souligne d’ailleurs que le Sénégal se trouve à un tournant de son histoire économique avec l’entrée en production de Sangomar et de GTA. Les autorités mettent désormais l’accent sur une meilleure valorisation des ressources naturelles, le contenu local et l’investissement national dans les activités pétrolières et gazières.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien de barils sont produits, mais combien de valeur reste réellement dans l’économie sénégalaise. Cela passe par la fiscalité, la participation de PETROSEN, les entreprises locales, les emplois, les investissements et la transformation des recettes pétrolières en infrastructures et en activités productives.

Les chiffres disponibles montrent que Sangomar génère une valeur considérable. Au premier trimestre 2026, 8 963 359 barils ont été produits pour une valeur brute estimée à 759,2 millions de dollars, tandis que 437 839 barils, évalués à 37,1 millions de dollars, ont été directement attribués à l’État.

Mais ces 37,1 millions de dollars ne constituent pas l’ensemble des revenus du Sénégal. Ils doivent être analysés avec la participation de 18 % de PETROSEN, les impôts, taxes, droits et autres recettes publiques, ainsi qu’avec le mécanisme de récupération des coûts et de partage du « profit oil ».

L’affirmation selon laquelle le Sénégal ne percevrait que « 25 FCFA sur 1 million de francs CFA » ne permet donc pas de rendre compte de la réalité économique du projet. La véritable mesure de la performance de Sangomar devra être appréciée à travers l’ensemble des revenus nets captés par l’État sur la durée du projet, mais aussi à travers la capacité du Sénégal à transformer cette ressource pétrolière en investissements, emplois et croissance durable.

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