Le Sénégal ne veut pas limiter les retombées de ses hydrocarbures aux revenus tirés de Sangomar et de GTA. Le pays cherche désormais à préparer la prochaine génération de projets, avec PETROSEN au centre de cette stratégie. La compagnie nationale veut renforcer son rôle d’opérateur et mobiliser des financements pour développer des actifs encore non exploités. Parmi les projets prioritaires figure Yakaar-Teranga, dont le développement nécessite des moyens financiers et techniques considérables. PETROSEN cherche donc à convaincre les investisseurs privés, les institutions financières mais également l’épargne nationale de participer à cette nouvelle étape.
Yakaar-Teranga, un projet à près de 3 000 milliards FCFA
Le principal enjeu financier se trouve aujourd’hui autour de Yakaar-Teranga. PETROSEN estime à environ 5 milliards de dollars, soit près de 3 000 milliards de FCFA, le coût du développement de la première phase du projet. La compagnie nationale veut mobiliser une partie de ces ressources à travers des mécanismes de financement endogène, avec notamment l’appui du Fonds souverain d’investissements stratégiques (FONSIS).
Cette approche traduit un changement de stratégie. PETROSEN ne souhaite plus seulement participer à des projets portés par de grandes compagnies internationales. Elle ambitionne progressivement de devenir opérateur de certains actifs et de capter une part plus importante de la valeur créée par l’exploitation des ressources nationales. Yakaar-Teranga constitue à ce titre un test grandeur nature de cette nouvelle orientation.
Les performances de Sangomar et GTA servent de vitrine
Pour convaincre les investisseurs, le Sénégal dispose désormais d’un premier argument : la production effective de ses hydrocarbures. À Sangomar, les résultats de 2025 ont dépassé les prévisions initiales. PETROSEN estime la production annuelle à 36,1 millions de barils de pétrole brut, contre une prévision initiale de 30,53 millions de barils. En janvier 2026, quatre cargaisons représentant 3,8 millions de barils ont encore été expédiées vers le marché international.
Du côté du gaz, GTA est également entré dans sa phase de production et d’exportation. La première cargaison de GNL a été chargée en avril 2025 avec un volume de 163 259 m³. En janvier 2026, trois cargaisons totalisant 0,5 million de m³ de GNL ont été exportées. Ces performances donnent au Sénégal des références concrètes pour présenter son potentiel aux futurs partenaires financiers et industriels.
309 milliards FCFA de recettes attendues des hydrocarbures
L’enjeu de l’investissement dépasse toutefois le seul financement des champs pétroliers et gaziers. Les hydrocarbures sont désormais intégrés aux perspectives budgétaires de l’État sénégalais. Selon les documents officiels de programmation budgétaire, les recettes de référence issues de l’exploitation des hydrocarbures sont projetées à 76 milliards de FCFA en 2026, 128,6 milliards en 2027 et 104,4 milliards en 2028, soit un total de 309 milliards de FCFA sur la période.
Ces montants montrent l’importance croissante du secteur dans les finances publiques, même si les recettes restent sensibles aux fluctuations des cours internationaux. Le gouvernement a d’ailleurs révisé ses projections en tenant compte de la baisse des prix du pétrole. Pour Dakar, la priorité consiste donc à développer suffisamment les capacités de production et de transformation pour inscrire les hydrocarbures dans la durée.
PETROSEN veut élargir le portefeuille des ressources
La stratégie ne se limite pas à Yakaar-Teranga. PETROSEN prévoit également d’investir 100 millions de dollars en 2026, soit environ 55 milliards de FCFA, dans l’exploration onshore. L’objectif est de rechercher de nouvelles réserves de pétrole et de gaz et de renouveler progressivement le portefeuille national.
Cette orientation répond à une logique économique : les ressources actuellement en production ne sont pas éternelles. En investissant dans l’exploration, PETROSEN cherche à préparer les futurs relais de croissance du secteur et à renforcer la souveraineté énergétique du Sénégal. La compagnie veut ainsi passer d’une logique centrée sur l’exploitation des découvertes existantes à une stratégie intégrant également la recherche de nouveaux gisements.
Un pari sur le financement national
La mobilisation des investisseurs internationaux reste nécessaire, mais PETROSEN veut également faire appel aux capitaux sénégalais. La compagnie a déjà travaillé avec le FONSIS sur la mise en place d’un mécanisme destiné à favoriser le financement endogène des projets pétro-gaziers. L’objectif est de permettre aux Sénégalais de prendre directement part au financement et, à terme, aux retombées économiques des projets.
Cette stratégie intervient dans un contexte où l’État cherche à renforcer ses ressources propres. La loi de finances 2026 prévoit 6 188,79 milliards de FCFA de recettes, tandis que le gouvernement table sur une croissance de 7,8 % en 2025 et une moyenne de 5,5 % sur 2026-2028, notamment grâce au démarrage de la production pétrolière et gazière. Les hydrocarbures doivent donc contribuer à soutenir cette trajectoire tout en participant au redressement des finances publiques.
La prochaine bataille sera celle de la confiance
Pour PETROSEN, attirer les capitaux ne dépendra cependant pas uniquement du potentiel géologique du Sénégal. Les investisseurs regarderont également la rentabilité des projets, la stabilité du cadre réglementaire, la transparence des contrats, la gouvernance des revenus et la capacité de la compagnie nationale à conduire des projets de plusieurs milliards de dollars.
Le gouvernement sénégalais veut justement inscrire cette nouvelle phase dans une logique de souveraineté énergétique. Il prévoit notamment de faire du gaz une ressource stratégique pour alimenter davantage la production électrique nationale et réduire les coûts de l’énergie. Yakaar-Teranga, Sangomar, GTA et le futur Réseau gazier du Sénégal doivent ainsi s’inscrire dans une chaîne de valeur plus intégrée.
Avec Sangomar et GTA, le Sénégal a franchi le cap de la production pétro-gazière. Le défi est désormais de transformer ces premières performances en capacité durable d’investissement. En plaçant près de 3 000 milliards de FCFA au cœur de la recherche de financements pour Yakaar-Teranga et en prévoyant 55 milliards de FCFA pour l’exploration onshore en 2026, PETROSEN affiche une ambition plus large : devenir un acteur central du développement des ressources sénégalaises.
La réussite de cette stratégie dépendra toutefois de la capacité du Sénégal à transformer l’intérêt des investisseurs en engagements financiers concrets. Pour PETROSEN, la campagne de séduction ne constitue donc pas une simple opération de communication. Elle marque le début d’une bataille pour les capitaux, les technologies et les partenariats qui permettront au pays de préparer son prochain cycle pétro-gazier.

