L’exploitation forestière représente une activité économique importante pour les pays du bassin du Congo. Pourtant, la disponibilité de la ressource ne garantit pas à elle seule la création de valeur industrielle. La capacité à transformer le bois sur place, à développer des entreprises spécialisées et à commercialiser des produits finis ou semi-finis demeure déterminante pour renforcer les revenus tirés de cette filière.
C’est l’un des enjeux qui s’inscrivent dans les réflexions de la CEA sur la diversification productive de l’Afrique centrale. Réunis à Yaoundé du 13 au 15 octobre 2026, les représentants des États, les experts et les acteurs économiques examinent les réformes susceptibles de dynamiser le secteur privé et de favoriser les investissements productifs.
Le Cameroun a exporté 762 007 tonnes de bois scié en 2025
Les données de l’Institut national de la statistique (INS) permettent de mesurer les évolutions récentes du commerce extérieur au cameroun. En 2025, les exportations de bois scié se sont établies à 762 007 tonnes, pour une valeur d’environ 157,67 milliards de FCFA, contre 895 572 tonnes et 180,28 milliards de FCFA en 2024. Le volume a ainsi diminué d’environ 14,9 %, tandis que les recettes ont baissé de près de 12,5 %.
Les exportations de grumes ont également enregistré un recul. Elles sont passées de 475 401 tonnes en 2024 à 349 611 tonnes en 2025, soit une baisse d’environ 26,5 %. Dans le même temps, les exportations de placages de bois ont progressé, passant de 50 803 à 53 511 tonnes.
Ces évolutions montrent que les différentes catégories de produits forestiers ne suivent pas la même trajectoire. Elles soulignent surtout l’importance de renforcer les capacités industrielles afin que la ressource forestière alimente davantage les unités de transformation installées au Cameroun.
L’Afrique centrale exporte du bois, mais transforme encore peu
Le déséquilibre est également visible à l’échelle régionale. Selon les données présentées par la CEA dans le cadre de ses travaux sur l’industrialisation durable de la filière bois, l’Afrique centrale représente environ 20 % des exportations mondiales de grumes tropicales, mais seulement 1 % de la production mondiale de bois scié. La région ne représente par ailleurs qu’environ 7 % de la production mondiale de placages tropicaux et 1 % de celle du contreplaqué tropical.
Ce contraste met en évidence une difficulté économique : la sous-région dispose d’une ressource forestière considérable, mais sa place dans la transformation industrielle mondiale demeure limitée. Or, le sciage, la fabrication de placages, le contreplaqué et les autres produits dérivés peuvent alimenter des chaînes de valeur plus diversifiées, avec des besoins en équipements, en compétences et en infrastructures.
L’enjeu est donc de développer les capacités de transformation sans dissocier l’activité industrielle de la gestion durable des forêts. Cela suppose des investissements dans les unités de production, une meilleure organisation des chaînes d’approvisionnement et un environnement économique favorable aux entreprises.
La CEA mise sur les réformes pour développer les secteurs productifs
La cérémonie du 13 octobre s’inscrit dans une réflexion plus large sur les conditions nécessaires à la diversification économique. Le directeur du Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, Jean Luc Mastaki Namegabe, a insisté sur la nécessité de faire avancer les réformes afin que les secteurs prioritaires contribuent davantage à la croissance. Il a notamment déclaré :
Ce sera beaucoup plus, encourager nos pays dans cette deuxième moitié de la deuxième décennie de la diversification à mettre en place des réformes qui permettent à ce secteur de générer les attentes qui ont été cernées et définies par la CEA.
Cette déclaration met l’accent sur la mise en œuvre des réformes. Dans la filière bois, cette orientation renvoie notamment aux conditions permettant aux entreprises d’investir dans les équipements de transformation, d’accéder aux financements et de développer leurs débouchés commerciaux.
Le ministre délégué chargé de la Planification, Paul Tasong, a pour sa part expliqué que les travaux de la session doivent aboutir à des recommandations destinées aux décideurs politiques. Il a souligné l’intérêt d’une coopération entre les États pour mieux exploiter leurs potentialités économiques et tirer parti des complémentarités régionales.
La transformation locale au centre des enjeux industriels
Le recul des exportations de grumes ne signifie pas automatiquement que les pays producteurs transforment davantage leur bois sur place. Les chiffres camerounais montrent que les exportations de bois scié ont elles aussi diminué en 2025. La progression des placages reste, quant à elle, limitée en volume.
Pour augmenter la valeur créée localement, les entreprises doivent pouvoir moderniser leurs équipements, disposer d’un approvisionnement régulier et accéder à des financements adaptés à leurs besoins. Le développement des unités de transformation nécessite également des infrastructures énergétiques et logistiques fiables, ainsi qu’une main-d’œuvre qualifiée.
La perspective de l’interdiction des exportations de grumes dans la sous-région à compter du 1er janvier 2028 renforce l’importance de ces préparatifs. Une telle orientation ne pourra produire les effets industriels attendus que si les capacités de transformation et les débouchés commerciaux sont suffisamment développés.
Les travaux de la CEA sur l’industrialisation durable du bois placent ainsi la filière parmi les secteurs susceptibles de contribuer à la diversification économique de l’Afrique centrale. Le défi consiste à faire évoluer le modèle, de l’exportation de ressources peu transformées vers une production locale plus diversifiée.
La CEA remet la transformation productive au cœur des priorités économiques de l’Afrique centrale. Dans la filière bois, le poids de la région dans les exportations mondiales de grumes contraste avec sa faible contribution à la production de produits transformés. Au Cameroun, le recul des exportations de bois scié en 2025 rappelle que le potentiel forestier ne suffit pas à garantir une progression de l’activité industrielle. L’enjeu est désormais de réunir les conditions financières, techniques et réglementaires permettant aux entreprises de transformer davantage le bois localement et de mieux valoriser cette ressource sur les marchés.

