Sénégal : les facteurs qui maintiennent le prix du carburant malgré la production pétrolière

Depuis l’entrée du Sénégal dans le cercle des producteurs de pétrole en 2024, les volumes d’hydrocarbures commercialisés par le pays ont fortement progressé. Pourtant, la production nationale ne se traduit pas automatiquement par une baisse du prix de l’essence ou du gasoil. Le prix à la pompe résulte d’une chaîne comprenant le coût du pétrole brut, le raffinage, le transport, le stockage, les prélèvements fiscaux, la distribution et les mécanismes de stabilisation. L’enjeu est désormais de renforcer la part de la valeur pétrolière captée et transformée au Sénégal.

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Le Sénégal produit désormais du pétrole, mais il continue de fonctionner avec une chaîne d’approvisionnement énergétique qui doit absorber plusieurs coûts avant que le produit n’arrive au consommateur. La mise en production de Sangomar en juin 2024 a fait entrer le pays dans une nouvelle phase de son développement énergétique, tandis que les exportations de pétrole brut ont atteint 1 528 milliards de FCFA en 2025, contre 464,6 milliards de FCFA en 2024, selon les statistiques de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD).

Cette progression des exportations ne signifie toutefois pas que chaque baril produit devient directement un litre d’essence ou de gasoil vendu au Sénégal. Le brut doit être commercialisé, transporté et, lorsqu’il est destiné au marché intérieur, transformé dans une raffinerie avant d’être stocké puis distribué. À chaque étape, des coûts et des prélèvements interviennent. L’analyse du prix du carburant doit donc être déplacée du seul niveau de la production pétrolière vers l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique sénégalaise.

Le pétrole produit et le carburant consommé sont deux produits différents

Le premier élément à distinguer est la nature du produit. Le pétrole extrait de Sangomar est du pétrole brut. L’essence et le gasoil consommés par les ménages, les transporteurs et les entreprises sont des produits raffinés.

Entre les deux, plusieurs opérations sont nécessaires : raffinage, stockage, transport, distribution et commercialisation. Le coût du litre à la pompe ne peut donc pas être calculé uniquement à partir du prix auquel un baril de pétrole sénégalais est vendu. Cette distinction explique en partie pourquoi l’augmentation de la production nationale ne provoque pas mécaniquement une baisse du prix des carburants.

La capacité de raffinage reste un maillon stratégique

La Société Africaine de Raffinage (SAR) constitue l’un des principaux maillons de cette chaîne. La société indique disposer actuellement d’une capacité de raffinage de 1,5 million de tonnes par an.

La SAR a par ailleurs engagé un programme d’augmentation de ses capacités, avec un objectif annoncé de 5,5 millions de tonnes par an. Cette évolution doit permettre de mieux accompagner la montée en puissance des hydrocarbures produits au Sénégal et de renforcer la capacité de traitement locale. L’enjeu industriel est donc double : disposer de suffisamment de brut national et avoir les capacités techniques nécessaires pour le transformer en produits répondant aux besoins du marché intérieur.

Le stockage et le transport entrent également dans le prix final

Une fois raffinés ou importés, les produits pétroliers doivent être stockés puis acheminés vers les différents points de consommation du pays.

Cette chaîne mobilise des dépôts, des infrastructures de stockage, des moyens de transport et des réseaux de distribution. Ces activités génèrent des coûts qui sont intégrés dans la structure de commercialisation des produits pétroliers. Le Sénégal doit donc investir simultanément dans la production, le raffinage et les infrastructures qui permettent d’acheminer les produits jusqu’aux consommateurs.

La fiscalité représente une composante importante

Le prix du carburant comprend également plusieurs prélèvements publics. Parmi eux figure le Fonds de sécurisation des importations de produits pétroliers (FSIPP). Dans le projet de Loi de finances initiale 2026, le FSIPP est évalué à 66,77 milliards de FCFA, contre 65,16 milliards de FCFA en 2025. Le Prélèvement de soutien au secteur de l’énergie (PSE) constitue également une composante du dispositif. Pour 2026, son produit est projeté à 18,67 milliards de FCFA.

Le PSE est notamment appliqué au gasoil, au diesel oil et à certains fuels, avec un tarif de référence de 15 FCFA par litre ou kilogramme, selon le produit. Ces prélèvements participent à la structure du prix final et montrent que le coût du carburant ne correspond pas uniquement à la valeur du pétrole brut.

La stabilisation des prix absorbe une partie des variations internationales

Le marché sénégalais reste également exposé aux fluctuations des cours internationaux des produits pétroliers. Le mécanisme de sécurisation permet d’amortir certaines variations afin d’éviter que chaque mouvement des cours mondiaux ne soit immédiatement répercuté sur les consommateurs.

Cette politique a toutefois un coût budgétaire et financier. Elle doit être articulée avec les recettes issues des hydrocarbures et les dépenses nécessaires au fonctionnement du secteur énergétique. Pour un investisseur, cette situation crée un besoin de financement et d’efficacité sur plusieurs segments : stockage, logistique, raffinage, transport et infrastructures énergétiques.

Les revenus du pétrole ne sont pas directement affectés à la baisse du carburant

L’augmentation des recettes provenant des hydrocarbures ne signifie pas que ces ressources doivent automatiquement servir à réduire le prix à la pompe. Le régime pétrolier prévoit différents mécanismes de partage des revenus entre l’État et les sociétés exploitantes.

Les recettes publiques peuvent notamment provenir de la fiscalité, des participations de l’État et des mécanismes contractuels liés à la production. Dans le cas de Sangomar, Woodside détient 82 % de l’intérêt dans le projet et l’État du Sénégal 18 %, selon les données publiées par l’opérateur. Les recettes revenant à l’État sont donc distinctes de la formation du prix de vente des carburants.

Sangomar augmente les recettes pétrolières, mais l’enjeu dépasse le gisement

Sangomar constitue une source importante de production, mais le prix du carburant ne peut être analysé à travers ce seul projet. Le Sénégal développe parallèlement le champ gazier GTA, partagé avec la Mauritanie, ainsi que le projet Yakaar-Teranga, destiné notamment à soutenir l’utilisation du gaz dans le système énergétique national.

Cette diversification est importante pour le modèle énergétique du pays. L’objectif du Gas-to-Power est notamment de remplacer progressivement certains combustibles importés utilisés pour produire l’électricité par du gaz produit localement. L’impact recherché est donc différent de celui du pétrole destiné aux carburants routiers : il concerne principalement le coût de production de l’électricité et la compétitivité de l’industrie.

La production pétrolière nationale ne suffit pas, à elle seule, à faire baisser le prix du carburant. Au Sénégal, le coût final résulte de l’ensemble de la chaîne : production du brut, approvisionnement, raffinage, stockage, transport, fiscalité, distribution et mécanismes de stabilisation. Avec 1 528 milliards de FCFA d’exportations de pétrole brut en 2025, une capacité actuelle de raffinage de 1,5 million de tonnes par an et un objectif de 5,5 millions de tonnes, le Sénégal dispose désormais d’une base pour développer davantage sa chaîne de valeur énergétique.

Le prochain enjeu économique consiste donc à augmenter les capacités de transformation et de stockage, améliorer la logistique et accroître la part des hydrocarbures transformée localement. C’est sur cette capacité à passer d’un pays producteur de brut à un pays capable de transformer, stocker et distribuer davantage de produits énergétiques que se jouera une partie de la compétitivité future du Sénégal.

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