Le financement des infrastructures de télécommunications constitue un enjeu économique majeur au Cameroun, où les opérateurs doivent développer leurs réseaux tout en assurant leur fonctionnement. Le programme d’AktivCo Cameroun repose sur un modèle dans lequel une entreprise spécialisée finance et exploite des infrastructures énergétiques et passives nécessaires aux réseaux mobiles. Signé le 14 août 2026 à Douala, l’accord de financement associe 12,015 milliards de FCFA de dette bancaire à 5,150 milliards de FCFA de fonds propres. Au-delà de cette enveloppe, l’enjeu consiste à déterminer dans quelle mesure les 300 sites annoncés contribueront à l’activité économique nationale.
Un investissement à replacer dans un marché de plus de 1 000 milliards de FCFA
Selon l’Observatoire annuel 2024 de l’ART, le chiffre d’affaires du secteur camerounais des communications électroniques a dépassé 1 022 milliards de FCFA en 2024. Les investissements ont atteint près de 194,5 milliards de FCFA, en progression de plus de 35 % sur un an. Le secteur représentait également 3,16 % du produit intérieur brut (PIB).
Dans ce contexte, les 17,165 milliards de FCFA prévus pour les 300 sites correspondent à environ 8,8 % des investissements sectoriels enregistrés en 2024.
Le même observatoire recense plus de 4 700 sites d’infrastructures passives dans le pays. Les 300 installations annoncées représentent environ 6,4 % de ce parc de référence, sous réserve que les catégories de sites soient comparables. Leur effet sur la couverture nationale dépendra de leur localisation et de leur mise en service effective.
12 milliards de FCFA de dette bancaire dans le montage financier
Le programme repose sur une enveloppe totale de 17,165 milliards de FCFA. Les emprunts contractés auprès de SCB Cameroun et de BICEC représentent 12,015 milliards de FCFA, soit environ 70 % du financement. Les fonds propres s’élèvent à 5,150 milliards de FCFA, correspondant aux 30 % restants.
Cette structure permet de combiner capitaux propres et ressources empruntées pour financer les infrastructures. Elle implique également des obligations de remboursement pour AktivCo Cameroun. La durée du crédit, son taux d’intérêt, les garanties et les échéances ne figurant pas dans les informations disponibles, le coût total de la dette ne peut pas être établi.
Rapporté aux 300 sites annoncés, le coût moyen théorique atteint environ 57,2 millions de FCFA par site. Cette moyenne constitue un indicateur de comparaison et non le coût réel de chaque installation, les équipements et les travaux pouvant varier d’un site à l’autre.
Des infrastructures susceptibles de soutenir l’activité économique
Le programme s’appuie sur le modèle ESCO, pour Energy Service Company, ou entreprise de services énergétiques. Dans ce modèle, un prestataire prend en charge le financement, le déploiement et la gestion d’infrastructures énergétiques et passives nécessaires au fonctionnement des réseaux de télécommunications.
AktivCo intervient notamment sur les installations d’alimentation électrique, les structures de support et les équipements de refroidissement. Les opérateurs peuvent ainsi concentrer leurs ressources sur les équipements de réseau et les services proposés aux abonnés.
Lorsque ces infrastructures améliorent effectivement la disponibilité et la qualité de la connexion, elles peuvent faciliter les activités qui dépendent du numérique, notamment le commerce, les paiements électroniques et les services aux entreprises. Toutefois, les retombées dépendront de la localisation des sites, de leur capacité et de leur mise en service. Un site implanté dans une zone déjà bien couverte n’aura pas nécessairement le même effet qu’une installation desservant une localité insuffisamment connectée.
Emplois et marchés locaux : des retombées à quantifier
La construction, l’installation et la maintenance des 300 sites peuvent générer des contrats dans les travaux, le transport, l’électricité, la fourniture d’équipements et les services techniques. Ces activités représentent des débouchés potentiels pour les entreprises établies au Cameroun.
Pour mesurer l’apport du programme à l’économie nationale, il faudra donc examiner les contrats attribués localement, les emplois effectivement créés et les dépenses réalisées sur le territoire. Le montant global de l’investissement ne peut pas être assimilé à des revenus qui reviendraient intégralement aux entreprises nationales.
La rentabilité dépendra des revenus générés par les sites
Le recours à la dette bancaire place la capacité de remboursement au centre de l’analyse financière. Les revenus issus des contrats conclus avec les opérateurs devront permettre de couvrir les charges d’exploitation, la maintenance des installations et les échéances de crédit.
L’évaluation de la rentabilité nécessite notamment de connaître les tarifs des prestations, la durée des contrats, les dépenses énergétiques et les coûts de maintenance. Sans ces données, il n’est pas possible de calculer le rendement des capitaux engagés ni la capacité de remboursement du projet.
Le suivi devra également porter sur le nombre de sites effectivement construits et mis en service, leur répartition géographique et l’évolution de la couverture dans les zones concernées. Ces indicateurs permettront de distinguer les investissements annoncés des résultats économiques obtenus.
Conclusion
Avec 17,165 milliards de FCFA prévus pour 300 sites, le programme d’AktivCo Cameroun s’inscrit dans un marché des communications électroniques dont le chiffre d’affaires dépassait 1 022 milliards de FCFA en 2024. Son apport à l’économie nationale dépendra des infrastructures effectivement mises en service, de leur contribution à la couverture numérique et de la part des dépenses captée par les entreprises locales. Les emplois créés, les contrats attribués au Cameroun et les revenus générés par l’exploitation des sites permettront de mesurer les retombées réelles de cet investissement.

