La décision a été prise le 1er septembre 2025. Il est formellement interdit à partir de cette date les importations de la banane au Sénégal pour une durée de trois mois. Une décision inédite dans la filière banane prise par le ministère du commerce de l’industrie et du commerce via l’Agence de régulation des marchés (Arm). Dans un document rendu public, le directeur général de la structure, Babacar Sembène, a justifié ce choix par la volonté des autorités de réduire la dépendance aux importations et de renforcer la souveraineté alimentaire.
« La décision s’inscrit dans l’Agenda Sénégal 2050 et prévoit l’autosuffisance en bananes à l’horizon 2029. Elle est prise pour aider nos producteurs, qui sont près de 10.000 dans la filière, à mieux écouler leurs récoltes », avait-il expliqué non sans manqué de préciser que la production nationale tourne autour de 112.000 tonnes contre des besoins évalués à 130.000 tonnes, une différence pas très importante, selon les autorités.
Une mesure pas bien accueillie par les acteurs mais qui a produit les effets escomptés
Cependant, il faut reconnaitre que la décision ne faisait pas l’unanimité chez les acteurs du secteur de la filière banane. Si la mesure ouvre des perspectives inédites pour les producteurs sénégalais, elle soulève toutefois des inquiétudes sur la logistique et la commercialisation. Plusieurs acteurs n’ont pas accueilli à bras ouvert la mesure. Du moins, ils ont affiché une certaine réticence à l’idée de s’approvisionner localement faute de garanties sur la durée de conservation et la régularité des livraisons.
D’ailleurs, certains commerçants avaient déploré d’importantes pertes lors des livraisons durant les premières semaines. En effet, la production de bananes de qualité repose sur une maîtrise rigoureuse de chaque maillon de la chaîne mais, dans certains cartons, les bananes présentent une maturité prématurée ou un déclenchement de la maturation, vraisemblablement causé par une température excessive dans les camions. Des commerçants ont d’ailleurs estimé des pertes autour de 60 à 70% de la valeur des marchandises, ce qui représente des pertes de centaines de millions.
« L’objectif est largement atteint », selon le Directeur du Laboratoire de Politique Commerciale
Mais, un an après cette décision, pouvons-nous dire que cette mesure a eu l’effet escompté. « L’objectif est largement atteint », s’empresse de dire Malick Sané, Professeur Titulaire des Universités en Sciences économiques, Directeur du Laboratoire de Politique Commerciale (LAPOCOM), FASEG/UCAD. Joint par la rédaction, le spécialiste a été catégorique. « De mon point de vue l’objectif recherché à savoir favoriser l’écoulement de la production locale sur le marché sénégalais sans entrer en concurrence avec la banane importée est largement atteint ». Une telle mesure, poursuit-il, « est aussi en étroite harmonie avec les principes de l’organisation mondiale du commerce (OMC) en tant que mesure de sauvegarde pour maintenir une filière locale menacée par des importations ».
Serigne Gueye Diop, ministre du commerce et de l’industrie : « Cette mesure a eu des répercussions très positives »
D’ailleurs, le ministre du commerce et de l’industrie, Serigne Gueye Diop a, lors d’une visite chez les producteurs à Tambacounda révélé que ces derniers ont livré en moyenne 23.000 tonnes au niveau national soit un total estimé à 9 milliards de francs CFA. En d’autres termes, se réjouit-il, « cette mesure a eu des répercussions très positives en termes de création de revenus chez les petits producteurs et en termes de consolidation des emplois. Et selon le président du Collectif des producteurs de banane de Tambacounda, Yahya Mamadou Sall, « si le Sénégal importait plus de 55 % de ses besoins en banane en 2021, cette part est tombée à moins de 20 % en 2025 ».
« Si le Sénégal importait plus de 55 % de ses besoins en banane en 2021, cette part est tombée à moins de 20 % en 2025 »
Par rapport à l’impact de la mesure sur l’économie sénégalaise, sur la balance commerciale, le Directeur du Laboratoire de Politique Commerciale est catégorique : « non seulement les importations de banane ont été réduites préservant ainsi une dégradation plus approfondie de la balance commerciale mais aussi cela aura enrichi les producteurs locaux de banane qui ainsi générer plus de revenus que les années précédentes ». Par ailleurs, poursuit-il, « cela est favorable au développement de la production locale pour une souveraineté alimentaire tant recherchée et qui constitue l’un des crédos des autorités gouvernementales sénégalaises ».
« Cette mesure devrait être une source d’inspiration pour les pays de la sous-région…. Les résultats obtenus ont été à la hauteur des attentes », selon Malick Sané economiste
Bref, de l’avis de l’économiste, cette mesure devrait être une source d’inspiration pour les pays de la sous-région d’autant plus que « les résultats obtenus ont été à la hauteur des attentes ». Il faut, en outre préciser que certes cette mesure est une première dans le secteur de la banane mais le Sénégal n’est pas à sa première expérience. La même mesure est appliquée par les autorités sur l’oignon depuis plusieurs années sur des périodes de plus en plus longues d’ailleurs. Au bout du compte, estime M. Sané, « on pourrait arriver à une réduction drastique des importations permettant de limiter le déficit de la balance commerciale à défaut d’une autosuffisance favorisant même l’exportation du surplus générant un excédent de la balance commerciale ».
« Le gel des importations a eu un impact positif sur la filière banane », selon Mamadou Yaya Sall, président du Collectif des producteurs de bananes
Il faut savoir que le Sénégal est parvenu à écouler 12.500 tonnes de bananes au mois de septembre dernier, période coïncidant avec l’entrée en vigueur du gel des importations. Ce alors qu’il était à 9.600 tonnes un mois auparavant contre 700 tonnes au mois de juillet. « Donc, on peut dire que le gel des importations a eu un impact positif sur la filière banane, notamment sur l’écoulement de la production nationale », dira Mamadou Yaya Sall du Collectif des producteurs de bananes.
En outre, le gel des importations de banane, le ministre Serigne Gueye Diop a révélé que le gel des importations de la banane a permis à l’Etat du Sénégal de faire des économies de l’ordre de 9 milliards de francs CFA. « On a fermé la frontière pour la banane. Ça a marché parce qu’aujourd’hui, on est à 9 milliards d’économie. Quand vous regardez la balance commerciale du Sénégal, c’est plus de 1800 milliards de francs CFA de produits alimentaires importés en moyenne et 1000 milliards de francs CFA de produits agricoles», a-t-il dit aux députés lors du vote du budget de son ministère pour l’exercice 2026.
Pour rappel, en 2018, les importations de bananes étaient évaluées à 50.000 tonnes contre moins de 30.000 tonnes en 2024 soit une baisse de 20.000 tonnes en 6 ans.

