Raffinage du pétrole : champ d’opportunités pour l’investissement en Afrique

Plusieurs pays producteurs de brut dépendent encore des importations de carburants, faute d'infrastructures de raffinage adaptées.

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L’Afrique exporte son pétrole, mais importe encore une part importante des carburants qu’elle consomme. Chaque année, plus de 30 milliards de dollars, soit environ 17 585 milliards de FCFA, sont consacrés à l’importation de produits pétroliers raffinés, selon Afreximbank (Banque africaine d’import-export). Cette dépendance révèle une faiblesse structurelle des économies du continent, mais aussi un marché considérable pour les investisseurs.

Derrière ce paradoxe se dessine une équation économique : comment transformer les ressources pétrolières africaines en produits finis, en emplois et en valeur ajoutée locale ? Pour les investisseurs privés, les institutions financières et les partenaires industriels, le raffinage apparaît comme un secteur stratégique, porté par les besoins énergétiques, l’industrialisation et le développement des échanges intra-africains.

Sénégal : Une nouvelle raffinerie en perspective

Devenu producteur de pétrole en 2024 avec l’exploitation du champ de Sangomar, le Sénégal se trouve face à un défi majeur : valoriser davantage son brut sur le territoire national. Il faut préciser que le pays continue d’importer d’importants volumes de produits pétroliers finis. En 2025, ils représentaient 18,8% des importations du pays. À fin juin 2026, la facture des importations de ces produits atteignait 207,1 milliards de FCFA.

Cette situation met en évidence plusieurs opportunités d’investissements : la construction et la modernisation d’infrastructures de raffinage, le stockage de carburants, la logistique pétrolière, la distribution ainsi que la production de dérivés destinés à l’industrie.

Le projet porté par la Société africaine de raffinage (SAR) et le groupe turc Yamata constitue une nouvelle étape dans cette perspective. En effet, un protocole d’accord signé le 23 septembre 2026 prévoit la construction d’une deuxième raffinerie d’une capacité de 4 millions de tonnes par an, pour un investissement estimé entre 2 et 3 milliards de dollars soit entre 1171,5 milliards de Fcfa et 1757 milliards de Fcfa. Initialement conçu pour augmenter les capacités de traitement de la raffinerie de Mbao, il doit notamment permettre de traiter le brut de Sagomar, développant ainsi les capacités locales de raffinage et de pétrochimie.

Pour les investisseurs, ce programme ouvre des perspectives dans l’ingénierie, les équipements industriels, la maintenance, le transport, les infrastructures de stockage et les services spécialisés. Le développement de la pétrochimie pourrait également favoriser l’émergence d’activités de transformation utilisant les dérivés du pétrole comme matières premières.

Angola : L’insuffisance de la capacité de transformation à l’origine de la dépendance aux importations

En Afrique australe, l’Angola illustre lui aussi le paradoxe entre production de pétrole brut et approvisionnement en carburants. En 2025, le pays produisait environ 1,03 million de barils de pétrole brut par jour selon les données de la Banque Africaine de Développement et du Ministère de l’Économie et des Finances. Mais il reste dépendant des importations de produits raffinés. Selon Edson Pongolola, directeur de la planification et du contrôle de gestion de la Sonangol, la compagnie publique angolaise du pétrole, le pays avait importé environ 1,8 million de tonnes de produits raffinés au cours du premier semestre 2026, pour un coût avoisinant 1,96 milliard de dollars soit 1147 milliards de Fcfa.

Et pourtant, le pays dispose de la raffinerie de Luanda, d’une capacité de 65 000 barils par jour. Mais, le secrétaire exécutif de l’Association des raffineurs et distributeurs africains (ARDA), qui s’est exprimé lors d’une rencontre avec la presse en septembre 2026, l’Angola ambitionne de porter cette capacité de raffinage de 425 000 b/j grâce à un ensemble d’installations existantes et projetées.

Par ailleurs, selon l’agence d’information sur l’énergie (U.S. Energy Information Administration EIA), la raffinerie de Cabinda, inaugurée en septembre 2025, transforme 30 000 b/j de brut en gazole, carburéacteur, naphta et fioul lourd. Une seconde phase visant à doubler la capacité et à ajouter la production d’essence est au stade final. Opérationnelle en décembre 2027, la raffinerie de Lobito a une capacité de traitement 200 000 barils de pétrole brut par jour selon le directeur du projet, Guiomar Correia.

Mais, au-delà de la construction des raffineries, les opportunités concernent les infrastructures portuaires, le stockage, le transport des produits finis, la maintenance industrielle et les services techniques.

Nigeria : Un pays qui renforce ses exportations de produits raffinés

Le Nigeria, par contre, se trouve dans une situation totalement différente. Le pays montre qu’un changement d’échelle dans le raffinage peut modifier la position commerciale d’un pays producteur de pétrole. Longtemps dépendant des importations de carburants malgré ses importantes ressources pétrolières, le pays bénéficie désormais de la montée en puissance de la raffinerie Dangote. D’après le directeur des communications de Dangote Group, Anthony Chiejina, après les travaux de maintenance, les opérations ont porté sa capacité de distillation à 650 000 à 700 000 barils par jour. Selon Sikafinance, qui cite l’agence américaine d’information sur l’énergie, celles-ci sont passées de près de 400 000 barils par jour en 2023 à moins de 130 000 barils par jour au deuxième trimestre 2026.

Ainsi, Nigeria ne se limite plus à vouloir satisfaire sa consommation intérieure : il renforce également ses exportations de produits raffinés. Au deuxième trimestre 2026, indique la même source, les exportations maritimes de produits pétroliers vers d’autres pays africains avoisinaient 120 000 barils par jour. Cette évolution ouvre des perspectives pour les opérateurs de transport maritime, les négociants en produits pétroliers, les distributeurs, les entreprises de stockage et les acteurs du financement du commerce.

A noter que le groupe Dangote prévoit par ailleurs d’ajouter une deuxième unité de distillation de 750 000 barils par jour à l’horizon 2028. Si ce projet se concrétise, la capacité de traitement du complexe pourrait atteindre environ 1,4 million de barils par jour. Pour les investisseurs, l’enjeu n’est donc plus uniquement de financer la transformation du brut, mais aussi d’accompagner la distribution et la commercialisation des produits finis.

Côte d’Ivoire : Les ventes ont atteint 5,16 millions de tonnes en 2024

Pour sa part, la Côte d’Ivoire a développé une industrie de raffinage qui approvisionne son marché intérieur et exporte des produits finis vers plusieurs pays, notamment le Mali et le Burkina Faso. Ses ventes ont atteint 5,16 millions de tonnes en 2024, selon le portail d’information et de promotion de l’économie de la Cote d’Ivoire. Mais, la Côte d’Ivoire veut passer à l’étape supérieure, elle prévoit une deuxième raffinerie de 170 000 b/j à San Pedro, selon Madisinvest qui cite le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly. Si le projet aboutit, il pourrait aussi renforcer la capacité du pays à approvisionner les marchés voisins. Pour les investisseurs, la Côte d’Ivoire offre ainsi une perspective qui dépasse la simple substitution aux importations : développer une plateforme industrielle et commerciale tournée vers l’Afrique de l’Ouest.

Privé de sa raffinerie inadaptée, le Cameroun contraint de se tourner vers les importations

Le paradoxe est aussi saisissant au Cameroun. Selon le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), la Cemac, qui regroupe le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la RCA dépense chaque année environ 2000 milliards de FCFA pour importer les produits pétroliers (super, gasoil, pétrole lampant, gaz domestique). Producteur de pétrole brut, le Cameroun dispose pourtant d’une raffinerie depuis plus de quatre décennies.

Implantée à Limbé, dans la région du Sud-Ouest, la SONARA a été créée en 1973 et inaugurée en 1981. Avec une capacité théorique de 2,1 millions de tonnes de pétrole brut par an, elle constituait un maillon essentiel du dispositif d’approvisionnement énergétique camerounais. Mais derrière cette capacité industrielle se cachait une contrainte technique majeure : la raffinerie n’était pas adaptée aux caractéristiques d’une partie importante du brut produit dans le pays. Selon les informations publiées par les responsables, la raffinerie de Limbé avait initialement été conçue pour traiter du pétrole brut léger or, le Cameroun produit des bruts plus lourds, dont les caractéristiques ne correspondent pas pleinement aux capacités de ses installations. Conséquence, le Cameroun exportait une partie de son pétrole brut tout en important du brut mieux adapté à sa raffinerie pour produire de l’essence, du gasoil, du kérosène.

Malheureusement, le 31 mai 2019, un incendie majeur se déclare dans les installations de la SONARA à Limbé, interrompant l’ensemble des opérations de raffinage. Le bilan des dégâts est lourd : quatre unités de production sont entièrement détruites et trois autres partiellement endommagées, sur les treize que comptait le site, selon Cameroon-Tribune. L’incident prive alors le Cameroun de son unique raffinerie opérationnelle. Pour éviter les ruptures d’approvisionnement, les autorités se tournent vers les importations de produits pétroliers finis. Une solution indispensable à court terme, mais qui installe durablement le pays dans une situation de dépendance extérieure.

Selon le ministère camerounais de l’Eau et de l’Énergie camerounais, le pays a importé 1 580 850 tonnes de produits pétroliers liquides pour sa consommation entre 1er janvier au 31 octobre 2025.

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