Afrique Centrale : le capital naturel, une richesse encore insuffisamment valorisée

Forêts, minerais, hydrocarbures et autres ressources naturelles constituent un patrimoine considérable pour les économies d’Afrique centrale. Pourtant, leur abondance ne se traduit pas encore par une transformation industrielle à la hauteur du potentiel de la sous-région. Le 15 octobre 2026, à Yaoundé, lors de la cérémonie de clôture de la 42ᵉ session du Comité intergouvernemental des hauts fonctionnaires et experts de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Dr Adama Ekberg Coulibaly, économiste et chef de la Section des initiatives sous-régionales au Bureau sous-régional de la CEA pour l’Afrique centrale, a présenté un exposé consacré à la valorisation du capital naturel et aux mécanismes de financement susceptibles d’accélérer la diversification économique.

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L’Afrique centrale dispose d’importantes ressources naturelles, mais leur présence dans les économies nationales ne garantit ni une industrialisation soutenue ni une création suffisante de valeur ajoutée. Cette difficulté constitue l’un des principaux enjeux de la transformation structurelle de la sous-région.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’exposé de Dr Adama Ekberg Coulibaly, présenté lors de la clôture de la 42ᵉ session du Comité intergouvernemental de la CEA, le 15 octobre 2026 à Yaoundé. Consacrée aux réformes économiques, à la valorisation du capital naturel du bassin du Congo et aux possibilités offertes par les nouveaux instruments monétaires et financiers, sa réflexion met en avant une priorité : mieux connaître les richesses disponibles, les intégrer aux outils de comptabilité économique et renforcer les mécanismes permettant de financer leur transformation locale.

Capital naturel : mesurer la richesse pour mieux la valoriser

Le bassin du Congo représente un patrimoine stratégique pour l’Afrique centrale. À côté des forêts, la sous-région dispose de ressources minières et énergétiques, notamment le cobalt, le manganèse, l’uranium, l’or et le diamant. Ces matières premières peuvent contribuer au développement industriel, à condition que leur exploitation s’accompagne d’une véritable stratégie de création de valeur ajoutée.

Dans son exposé, Dr Adama Ekberg Coulibaly a insisté sur l’importance de mesurer et de publier la valeur du capital naturel. L’objectif est de mieux intégrer les ressources du sol, du sous-sol et des écosystèmes dans les outils d’évaluation de la richesse des États.

Donc il faut la mesurer et il faut la publier,

a souligné l’économiste.

Cette approche renvoie à la comptabilité environnementale et économique. Elle vise à compléter les indicateurs économiques traditionnels en tenant compte du patrimoine naturel, de son évolution et de sa contribution à l’activité économique.

Pour les pays d’Afrique centrale, cette démarche représente un enjeu de gouvernance économique. Une meilleure connaissance des ressources disponibles peut contribuer à éclairer les décisions publiques, à améliorer la planification des investissements et à renforcer la transparence dans la gestion du patrimoine naturel.

La difficulté reste toutefois liée à la disponibilité des données, aux capacités techniques des administrations et aux moyens nécessaires pour mettre en place des systèmes de comptabilité environnementale fiables. La coopération entre les États et les institutions régionales apparaît dès lors essentielle pour progresser vers des méthodes de mesure comparables.

Des ressources naturelles à la transformation industrielle

La valorisation du capital naturel prend tout son sens au regard de la structure des économies de la sous-région. Selon les données de cadrage publiées par la CEA pour sa 42ᵉ session, les industries extractives représentent environ 75 % des exportations totales des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).

Dans le même temps, la valeur ajoutée manufacturière par habitant reste inférieure à 250 dollars dans la plupart des États membres, contre plus de 2 700 dollars en Malaisie.

Ces écarts illustrent le défi auquel sont confrontés les pays de la région : disposer de ressources naturelles importantes sans parvenir à développer suffisamment les activités industrielles qui permettent de les transformer localement.

L’enjeu consiste donc à renforcer les capacités productives, à développer les chaînes de valeur et à favoriser l’émergence d’activités capables de générer davantage de revenus et d’emplois sur le territoire. La transformation locale des matières premières constitue ainsi un levier de diversification économique et de réduction de la dépendance aux exportations de produits peu transformés.

Les réformes économiques au cœur de la création de richesse

Le Dr Adama Ekberg Coulibaly a également mis en avant le rôle des réformes dans l’amélioration des performances économiques. Son analyse s’appuie notamment sur l’expérience de pays asiatiques, dont la Chine, Singapour et la Malaisie, qui ont connu d’importantes transformations économiques.

L’idée défendue est que les réformes doivent permettre de renforcer les capacités productives, de soutenir l’investissement et d’améliorer les conditions de création de richesse. Pour les économies d’Afrique centrale, il ne suffit donc pas d’adopter des stratégies : leur mise en œuvre effective demeure déterminante.

Il faudrait qu’on puisse créer la richesse pour pouvoir partager cette richesse,

a déclaré l’économiste.

Cette exigence rejoint les constats dressés par la CEA à mi-parcours de la Décennie de la diversification économique. Malgré les avancées institutionnelles enregistrées dans plusieurs pays, les résultats en matière d’industrialisation et de développement du secteur privé restent limités.

La priorité est désormais de mieux articuler les réformes, les financements et les projets productifs. Une meilleure coordination des politiques publiques, le renforcement des capacités institutionnelles et l’amélioration du climat des affaires doivent contribuer à transformer les orientations économiques en résultats concrets.

Nouvelles monnaies et financement : passer du diagnostic à l’action

Le second axe de l’exposé porte sur les évolutions du système monétaire et financier international. Le Dr Adama Ekberg Coulibaly invite à examiner les possibilités offertes par les nouveaux instruments financiers et les transformations monétaires pour mieux mobiliser les capitaux nécessaires au développement des économies africaines.

Cette réflexion s’inscrit dans une problématique plus large : la capacité des pays d’Afrique centrale à financer leurs investissements, à valoriser leurs ressources naturelles et à soutenir leur industrialisation.

Au cours de sa présentation, l’économiste a résumé cet enjeu en une formule :

Comment passer du pourquoi diversifier au comment financer.

La mobilisation de financements innovants suppose des mécanismes institutionnels adaptés, une meilleure connaissance des instruments disponibles et une coordination entre les banques centrales, les États et les autres acteurs financiers.

L’enjeu est de déterminer comment ces évolutions peuvent contribuer au financement des infrastructures, au développement des capacités industrielles et à la diversification des activités économiques. Il s’agit également de renforcer la capacité des économies de la sous-région à tirer davantage profit de leurs ressources et des échanges internationaux.

La réflexion sur les nouvelles monnaies ne peut donc être dissociée de celle portant sur la souveraineté économique, la mobilisation des capitaux et la maîtrise des instruments de financement. Elle appelle à une analyse approfondie des opportunités disponibles, mais aussi des conditions nécessaires à leur utilisation effective.

La valorisation du capital naturel constitue un enjeu majeur pour l’avenir économique de l’Afrique centrale. À travers son exposé, le Dr Adama Ekberg Coulibaly met en avant la nécessité de mieux mesurer les ressources disponibles, de renforcer les réformes économiques et d’explorer de nouveaux mécanismes de financement. L’objectif est de faire évoluer les économies de la sous-région vers un modèle davantage fondé sur la transformation locale, l’industrialisation et la diversification productive.

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